Les 10 raisons qui font de Twin Peaks une oeuvre culte

Annoncé depuis plus de deux ans maintenant, le retour de Twin Peaks – vingt-cinq ans après la diffusion des deux premières saisons – fait trépigner d’impatience tous les fans de cette série devenue culte signée David Lynch. Le réalisateur reprend les rênes d’une troisième saison qui se déroule de nos jours et devrait mettre un point final au mystère Twin Peaks. Le suspense est à son comble, d’autant plus que l’on ne sait toujours rien de l’intrigue. Alors avant de se plonger dans cette ultime saison, retour en 10 points sur ce qui fait la saveur si particulière d’une série qui a su transcender les générations.

Un mélange des genres unique

Comment expliquer que 25 ans après sa création, Twin Peaks fascine toujours autant ? Souvent imitée, parfois pour le meilleur (Zone Blanche), parfois pour le pire (Happy Town, Wayward Pines), mais jamais égalée, elle est le fruit de la rencontre entre ses deux créateurs, le réalisateur David Lynch et le producteur Mark Frost. A eux deux ils ont su créer un univers singulier où le mélange des genres est permanent, où la banalité du quotidien se laisse peu à peu contaminer par une inquiétante étrangeté tandis que des digressions comiques viennent alimenter le thriller, et que des échappées romantiques donnent les clés de la résolution d’une énigme.


Des personnages aussi déglingués qu’attachants

Afin d’habiter la petite ville de Twin Peaks, les deux créateurs ont inventé une pléiade de personnages, un peu à la façon d’un soap opera (dont Lynch raffole), chacun apportant à l’univers son petit grain de folie. Impossible par exemple d’oublier Nadine Hurley et son désir obsessionnel de fabriquer un système de rideaux silencieux, avant qu’un choc à la tête ne la fasse régresser à ses années adolescentes. Ou encore l’adjoint Andy Brennan, qui ne peut s’empêcher de pleurer devant un cadavre ; Lucy Moran, la réceptionniste du poste de police, sa voix haut perchée et sa manie de tout expliquer jusque dans les moindres détails, même inutiles ; le Docteur Jacoby qui voue une passion aux chemises hawaïennes et aux lunettes à verres colorés ; ou encore le patron de l’hôtel, Benjamin Horne, qui perd la tête et s’enferme pour reconstituer avec des soldats de plomb la Guerre de Sécession en faisant gagner, cette fois-ci, les troupes sudistes.


Un résumé de l’univers de Lynch

De par son étendue (29 épisodes de 45 minutes et une quarantaine de personnages), Twin Peaks concentre toutes les singularités de l’œuvre de David Lynch. Parsemée d’indices énigmatiques, de personnages à la limite du surnaturel et de phrases hermétiques (si quelqu’un a compris ce qu’au final signifie « Les hiboux ne sont pas ce que l’on pense », merci de me contacter au 06 11 76 22 25), la série se joue des apparences, forcément trompeuses – les personnages ayant souvent une deuxième nature – et exploite la thématique du double (déjà présente dans des films comme Lost Highway ou Mulholland Drive). Son point d’orgue étant la découverte de la Chambre Rouge ou Black Lodge, espace mental de transition vers un au-delà, dans lequel l’agent du FBI Dale Cooper confronte son double maléfique et d’autres personnages désincarnés (dont un nain dansant !).


La gastronomie locale

Parmi les digressions humoristiques qui parsèment la série, l’obsession pour la nourriture est sans doute celle qui marque le plus par son comique de répétition. Alors qu’il débarque dans la petite ville de l’Etat de Washington, l’agent du FBI Dale Cooper se prend d’une passion instantanée pour la « gastronomie » locale : les tartes aux cerises qui font la réputation du Double R Diner (« C’est là que doivent aller les tartes quand elles meurent », dit-il), mais aussi les donuts, qui font l’objet d’une vénération quasi absurde et qu’on retrouve par dizaines (et sous toutes ses déclinaisons) à chaque réunion de travail au commissariat. Autre plaisir obsessionnel : le café, que Cooper aime « noir comme une nuit sans étoiles », et auquel tous les habitants de Twin Peaks semblent vouer un culte.


La femme à la bûche

Parmi les seconds rôles qui font tout le piquant de la série, il y a Margaret Lanterman, personnage aussi drôle qu’énigmatique, persuadée que son mari s’est réincarné dans la bûche qu’elle porte dans ses bras en permanence, et qui semble avoir bien des choses à révéler sur les mystères qui entourent Twin Peaks. Lors de la rediffusion de la série en 1993 sur la chaîne Bravo, David Lynch décide d’ouvrir chacun des 29 épisodes par une introduction sibylline de la femme à la bûche, préambules aussi impénétrables que révélateurs, qui ont fait d’elle un personnage mythique de la série (elle avait d’ailleurs fait une apparition lors de la cérémonie des Emmy Awards en 1990). Mais le décès de son interprète, Catherine E. Coulson, en 2015 laisse penser qu’elle ne serait malheureusement pas de retour dans la troisième saison…


L’univers musical

Pour parfaire l’univers si particulier de Twin Peaks, David Lynch a fait appel à Angelo Badalamenti, avec qui il avait déjà collaboré sur Blue Velvet et avec qui il collaborera ensuite sur la quasi-totalité de ses films. Le compositeur signe des mélodies simples, entêtantes et immédiatement reconnaissables, qui ont durablement marqué la série. A cela s’ajoute la présence de la chanteuse Julee Cruise (qui avait déjà travaillé avec le duo Lynch-Badalamenti sur Blue Velvet), qui signe le mythique « Falling » du générique d’ouverture, et dont les interprétations lancinantes et douloureuses de ses titres « Rockin’ Back Inside my Heart », « The World Spins » ou encore « The Nightingale » à la Taverne du coin apportent aussi leur part d’ombre.


Des hauts et des bas

Diffusée pour la première fois sur la chaîne ABC entre avril 1990 et juin 1991, Twin Peaks a immédiatement été considérée comme une révolution télévisuelle et a connu un véritable engouement de la part du public, avec près de 35 millions de téléspectateurs lors de la diffusion du pilote. Cependant, son audience s’effrite au fil des épisodes suivants et se stabilise autour de 15 millions de téléspectateurs. Mais lors de la deuxième saison, les audiences commencent sérieusement à chuter, et les programmateurs demandent au duo Lynch-Frost de résoudre le mystère au plus vite. Plusieurs fois, la série sera déprogrammée, avant que la pression de fans et des deux créateurs ne poussent ABC à diffuser les six derniers épisodes. Malgré ses quatorze nominations, la série ne reçoit que deux statuettes lors de la cérémonie des Emmy Awards en 1990, pour son montage et ses costumes. Heureusement, les Golden Globes de janvier 1991 consacrent Twin Peaks meilleure série dramatique, Kyle MacLachlan meilleur acteur dans une série dramatique et Piper Laurie meilleure actrice dans un second rôle.


Le film, un prequel à regarder… après

Pour cause d’audiences en berne, David Lynch est forcé de mettre un terme à la série plus tôt que prévu. Incapable de quitter l’univers Twin Peaks, il sort en au cinéma, en 1992, Twin Peaks : Fire Walk With Me, un long-métrage qui s’attache aux sept jours précédant le meurtre de Laura Palmer, mais qu’il faut absolument regarder après avoir vu la série, en ce sens qu’il apporte quelques éclaircissements a posteriori sur certains points.


Que sont devenus les acteurs ?

Si bon nombre des acteurs d’origine sont de retour pour cette troisième saison, peu d’entre eux ont connu le succès entre temps, malgré le succès incroyable qu’a connu la série. Ainsi, Sheryl Lee, qui incarne Laura Palmer, n’a fait qu’enchaîner petits films et séries télé, tout comme ses comparses Sherilyn Fenn (vue dans Des souris et des hommes de Gary Sinise) et Lara Flynn Boyle (vue dans la série The Practice et Men in Black 2). Au contraire Mädchen Amick a enchaîné les seconds rôles et les apparitions dans des séries télé à succès (Dawson, Gilmore Girls, Urgences, Joey, Californication, Witches of East End, Riverdale), tout comme Kyle MachLachlan, qui fut successivement le Trey McDougal de Charlotte dans Sex and the City, puis Orson Hodge dans Desperate Housewives. Sans oublier David Duchovny, qui connut le succès international grâce à X-Files.


Qu’attendre de cette 3e saison ?

Annoncé en octobre 2014, le retour de Twin Peaks a plongé les fans de la série dans une impatience folle, d’autant que depuis, rien n’a filtré quant à l’intrigue des 18 prochains épisodes qui seront cette fois-ci diffusés sur Showtime. Point de remake ou de reboot, mais bien une suite, 25 ans plus tard (après tout, Laura Palmer dans la Black Lodge l’avait annoncé : « I’ll see you in 25 years »). La série se déroulera donc aujourd’hui, et ces années écoulées seront une composante majeure de l’intrigue mettant un point final à l’aventure Twin Peaks.
Si bon nombre des acteurs d’origine rempile pour cette 3e saison, on notera l’arrivée pour le moins excitante de nouveaux acteurs, certains habitués de l’univers de Lynch comme Laura Dern (Blue Velvet, Sailor et Lula, Inland Empire) ou Naomi Watts (Mulholland Drive), mais aussi des nouveaux venus pour le moins inattendus : Monica Bellucci, Michael Cera, Amanda Seyfried, Tim Roth, Jennifer Jason Leigh ou encore Sky Ferreira. Rendez-vous dès le 25 mai, sur Canal+.


 

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Bandit des grands chemins, monteur de meubles IKEA à ses heures perdues, ayant un penchant pour les dames d’un certain âge (Meryl, Susan, Maggie, Julianne, je vous aime). Le ciné, la photo et l’art, voilà les trois choses qui font tourner mon monde, sans lesquelles j’aurais quelques difficultés à me lever le matin. « Les meilleurs films sont comme des rêves qu’on n’est pas sûr d’avoir faits ». À bon entendeur.

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