A trois on y va, vertige de l’amour

Classé dans : Cinéma, Le 140 | 2

140 a trois on y va

Si vous avez manqué le début : Micha et Charlotte s’aiment et viennent de s’installer ensemble dans une vieille maison lilloise. Sauf que Charlotte trompe Micha avec Mélodie, leur meilleure amie. Et que Micha, se sentant délaissé, trompe Charlotte … avec Mélodie aussi. Pour eux trois c’est le vertige de l’amour et le début des complications.

De Jérôme Bonnell, beaucoup se souviennent du troublant Temps de l’aventure, sorti il y a deux ans et plébiscité par la critique. Emmanuelle Devos et Gabriel Byrne croisaient leurs regards dans un train et avaient une journée pour décider qui, de la logique ou des sentiments, auraient raison de leur histoire. Malheureusement, Richard Linklater, Julie Delpy et Ethan Hawke avaient déjà pris ce train là vingt ans auparavant dans Before Sunrise, et avec bien trop de talent pour que l’on soit complètement emporté par la parenthèse de Bonnell. Deux ans plus tard, le réalisateur persévère néanmoins dans le dilemme sentimental doux-amer avec A trois on y va, joyeuse exploration des passions amoureuses.

Choisir de ne pas choisir

En prenant le canevas classique mais toujours apprécié du triangle amoureux, Bonnell lui apporte une modernité bienvenue. Charlotte et Micha (Sophie Verbeeck, discrète révélation et Félix Moati, léger et touchant) se trompent mutuellement avec Mélodie (rayonnante Anaïs Demoustier), complice et amoureuse des deux à la fois. Leur histoire symbolise les derniers moments de candeur et de liberté des presque trentenaires, à l’aube de leur irrévocable entrée dans l’âge adulte. A l’heure des frustrations et des décisions impossibles, ils choisissent de ne pas choisir. Dans l’air du temps, A trois on y va s’arrête sur les différentes variations de nos amours contemporaines sans voyeurisme, sans y chercher de norme et surtout sans apposer le moindre jugement.

Entre douceur et frustration

Ce triangle amoureux si cher à la Nouvelle Vague, Bonnell l’entoure de situations vaudevillesques jubilatoires : maîtresse sous le lit, dessous qui volent et fuite par les toits. A trois on y va côtoie des sommets de burlesque. L’énergie et le charme des trois acteurs emportent le tout mais, même si le film, joyeux et romantique, fait longuement sourire, son sous-texte n’oublie pas de questionner : peut-on lier les élans du coeur et les passions du corps avec les conventions sociales ? C’est une question à laquelle malheureusement le metteur en scène, un peu comme ses protagonistes, décide de ne pas répondre. En effet, après un démarrage où comique de situation et quiproquos rythment et amusent, le film s’apaise et choisit une échappatoire décevante, loin de l’audace dont il a fait preuve jusqu’alors.

Fragile et lumineux, A trois on y va s’impose de façon sensible tout en faisant regretter de ne pas être allé au bout de son raisonnement. Bonnell, Demoustier, Moati et Verbeeck quittent leur film sur la pointe des pieds, avec douceur et frustration. C’est ce qui fait à la fois le charme et la faiblesse de ce film où les jeux du hasard côtoient les vertiges de l’amour.

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

2 Responses

  1. Isabelle de Guinzan

    J’ai vu le film ce week-end grâce aux places gagnées ici (merci encore !). Et j’ai passé un très bon moment ! Délicieuse et pétillante Anaïs Demoustier et les deux autres sont attachants aussi, Félix Moati notamment. Super bande originale. Mais j’ai trouvé quelques longueurs notamment dans la multiplication des scènes vaudevillesques, sympathiques à la base mais qui finissent par être redondantes et enlever de la crédibilité à l’histoire. Et puis je partage ton avis : pour moi le gros bémol c’est la fin ! J’aurais tellement préféré que le réalisateur assume son idée jusqu’au bout… Enfin dans l’ensemble je reste sur une bonne impression de fraîcheur et de modernité !

    • Marine Bienvenot

      Ravie que ça t’ai plu Isabelle ! Même s’il a effectivement quelques défauts ça fait du bien un film de cette fraîcheur, vivement la suite. Et merci de ton retour, on est toujours ravis de lire nos lecteurs.

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