Adam Driver, l’affamé

Classé dans : Cinéma, Introducing | 4

adam driver

© Ioulex

 

Passé en quatre ans des Marines à Girls, puis en trois ans de Girls à Star Wars, Adam Driver crève l’écran ce mois-ci dans Hungry Hearts, drame psychologique intense qui lui a valu un Prix d’interprétation à Venise et où il en impose en père essayant de sauver son enfant de l’amour étouffant de sa mère.

Adam Driver a un physique … atypique. Il n’y a pas que son physique d’ailleurs, Adam Driver EST atypique. On n’arrive pas à savoir s’il est beau ou laid. S’il est intense ou détaché. S’il provoque la fascination ou la gêne. Mais ce que l’on sait c’est qu’il est étrange et inquiétant, qu’il est magnétique et surdoué. Il faut dire que d’Adam Driver on a tout de suite tout vu. La faute à Lena Dunham qui en a fait l’atout masculin de sa série générationnelle Girls. Un Adam nu la plupart du temps, gauche, parfois violent, bizarre mais qui se dévoile au fil de épisodes comme l’un des personnages les plus atta-chiants de la génération Y.

Mais si l’on se penche sur la jeunesse du Driver c’est à se demander comment il est arrivé jusqu’aux sirènes d’Hollywood. Il passe sa jeunesse dans un trou du midwest où il n’y a pas grand chose d’autre à faire qu’utiliser son 1,92m au basket, badiner dans quelques pièces de théâtre lycéennes, faire voler la poussière à coup de moto et se bourrer la gueule avec ses potes en attendant la suite. Et la suite arrive un peu plus tôt que prévu, le 11 septembre 2001. Adam a 17 ans et voir les tours du World Trade Center s’effondrer réveille chez lui, comme chez bon nombre de jeunes américains, un patriotisme qui le pousse à s’engager dans les Marines. Il y restera plus de deux ans mais sera renvoyé dans ses pénates à quelques semaines du départ en Irak, la faute à une vilaine blessure. A la manière de l’American Sniper de Clint Eastwood, Driver se questionne : que faire après ? De retour dans l’aride Indiana, il ronge son frein, regarde la poussière voler et vend des aspirateurs pour passer le temps. Puis il se dit qu’il pourrait revenir à l’une de ses premières marottes, le jeu : «Jouer la comédie, c’est comme fumer des clopes. Ce sont les deux choses interdites à l’armée. Alors, une fois civil, autant essayer.» Il prend ses cliques, ses claques, direction New York et Juilliard (prestigieuse école d’art dramatique). Lui qui n’y avait pas été accepté à la sortie du lycée décroche son ticket après son passage dans l’armée. A croire que le sens de la rigueur et le physique imposant qu’il y a gagné et qui transpire de son jeu ont fait la différence.

 

adam driver +

 

Loin des clichés hollywoodiens, Driver a un jeu puissant, instinctif, presque viscéral. Il arrive, il fait son truc et il repart, à vous de vous débrouiller avec ce qu’il aura bien voulu vous donner. Ce côté cash et sans concession, d’aucuns disent l’avoir déjà aperçu chez le jeune Sean Penn ou le novice Robert DeNiro. Qui dit mieux ? Ce naturel a tapé dans l’oeil des réalisateurs les plus intéressants de notre époque, déroulant ainsi au jeune homme un tapis rouge jusqu’aux meilleures productions du cinéma contemporain : des apparitions chez Eastwood (J. Edgar), Spielberg (Lincoln) et les frères Coen (Inside Llewyn Davis), une collaboration fructueuse avec l’indépendant Noah Baumbach (Frances Ha et le prochain While We’re Young), et bientôt un tour chez Jeff Nichols qui pourrait l’emmener jusque Cannes (Midnight Special), une expérience que l’on imagine intense avec Martin Scorsese (Silence) et bien entendu la production la plus secrète et attendue du moment, la reprise de Star Wars par J.J Abrams. On murmure qu’il pourrait y interpréter le grand méchant de cette nouvelle saga, un certain Kylo Ren. Un rôle qui l’enverrait dans une galaxie lointaine, très lointaine…

Si l’on cherchait un mot pour définir Adam Driver, il serait probablement anglophone et étrange, comme lui. Cela pourrait être weirdo, car on a affaire à un drôle d’oiseau. Mais à l’inverse de la définition qu’en fait Radiohead, Adam, you do belong here.

 

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

4 Responses

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