Adele, la voix royale

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Adele25
© Alasdair McLellan

 

Il n’y eut besoin que de trente secondes de teasing à la télévision britannique pour relancer la machine Adele. Elle qui avait peur qu’on l’ait oublié après quatre ans d’absence peut très vite se rassurer, « Hello », le tube de son retour, met tout le monde d’accord. Son clip, réalisé par Xavier Dolan, comptabilise d’ores et déjà 520 millions de vues. Quant à 25, l’album, il lui aura suffit d’une semaine pour être double disque de platine aux Etats-Unis. Mais que vaut-il réellement ?

« Hello, it’s me ». Au cas où l’on n’aurait pas reconnu cette voix grave et douce, Adele se rappelle poliment à notre bon souvenir, trois longues années après que nous l’ayons laissée, extatique, sur la scène du Kodak Theatre, un Oscar de la meilleure chanson originale en main pour « Skyfall ». Avec son précédent album, 21, la chanteuse au délicieux accent cockney est devenue une star. L’une de ces chanteuses que l’on compte sur les doigts de la main à avoir rassemblé 30 millions de fidèles.
Aidé d’une machine marketing savamment orchestrée, le retour d’Adele est distillé au compte-gouttes mais sans attente. Elle doit revenir au plus haut, tout de suite. Un écran noir et les premières secondes de « Hello » durant un épisode de X-Factor UK en octobre, un clip signé du prodige québécois Xavier Dolan dans la foulée, une lettre écrite par ses soins où elle explique la genèse des nouveaux titres sur son site internet, des apparitions au Saturday Night Live ou chez Jimmy Fallon, et l’album, à peine un mois plus tard, disponible sur aucune plateforme de streaming. Adele est prête à battre des records de vente et à casser l’internet.

Rumour has it

Adele a eu du mal à accoucher de 25. Victime du syndrome de la page blanche et de collaborations avortées avec Sia ou Kid Harpoon, l’album porte la marque de huit producteurs différents. Ainsi, Danger Mouse, Bruno Mars, Brian Tedder de OneRepublic, Greg Kurstin, Tobias Jesso Jr. ou bien encore le fidèle Paul Epworth, se succèdent derrière la console.
Difficile alors d’y ressentir une unité. Et c’est là que le bât blesse : trop produit, le disque semble taillé pour le succès mais sans supplément d’âme. La simplicité qui se dégageait jusqu’à maintenant des morceaux d’Adele semble ici artificielle. Convenues, trop propres, les chansons semblent arrangées uniquement pour mettre en valeur la voix si puissante de la chanteuse.
Mais si ces morceaux apparaissent parfois trop lisses, la voix d’Adele, elle, ne l’est jamais. Malgré une opération des cordes vocales, le grain n’a pas bougé. Pure et voilée, la voix de la chanteuse de Tottenham file toujours des frissons.
En démonstration vocale sur des futurs tubes taillés pour le succès comme « I Miss You » ou « Water Under The Bridge », elle n’est pourtant jamais aussi chavirante que sur les moments suspendus dont elle a le secret (« Remedy », « Love in the Dark » et ses cordes frémissantes).

 

Someone like you

Il s’avère frustrant de voir Adele se contenter de ce qu’elle maîtrise déjà parfaitement quand on connait son potentiel. Dans le même temps, comment la blâmer de vouloir contenter les millions d’auditeurs d’ores et déjà acquis à sa cause.
Tout en conservant les balades lacrymales qui ont fait son succès, il est intéressant de la voir plus introspective dans ses textes. Si 21 était un album de rupture, selon l’aveu même d’Adele, 25 est un album de réconciliation. Mais de réconciliation avec elle-même. Devenue mère et passée définitivement du côté des adultes, Adele fait la paix avec son passé, ses erreurs, ses regrets, tout en s’inquiétant du reste de sa vie.
Il faut attendre les derniers morceaux de l’album pour retrouver des compositions plus dépouillées, dans l’esprit de celles qui avaient fait chavirer le monde entier. C’est le cas avec « Million Years Ago », où l’on revient enfin à plus d’acoustique, et où elle aborde la nostalgie de la vie d’avant le succès. Ou « Sweetest Devotion », le morceau qui clôt 25, une jolie déclaration d’amour à son fils sous la forme d’un joyeux gospel.

Mais il manque un morceau épique à l’album. Un morceau sorti des tripes d’Adele et qui touche l’âme du plus grand nombre. Un morceau comme « Hometown Glory » sur 19 ou « Someone Like You » sur 21. Vous le trouverez peut-être sur l’édition collector du disque. Deux des trois morceaux bonus sont effectivement les meilleurs de l’album. La voix d’Adele n’est jamais aussi caressante que sur « Can’t Let Go » et sa ritournelle au piano bouleversante. Et que dire de « Lay Me Down », petite merveille de pop seventies offerte par le précieux Tobias Jesso Jr… Que ne sont-ils pas sur l’édition normale du disque ?

Adele est désormais devenue une icône, une diva dont la moindre apparition soulève les foules et retient les souffles. Si 25 peut à certains moments faire craindre qu’elle devienne une caricature d’elle-même, les réminiscences de sa « broken heart soul » donnent l’espoir de la revoir un jour tutoyer les étoiles de sa voix hors du commun. Très vite. Ce serait un bel âge 28, non ?

taux de kiffance Adele

 

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One Response

  1. […] adoubé par La Blogothèque et les Black Keys, son son vintage a charmé jusqu’à la reine Adele qui lui a commandé deux morceaux pour son grand retour. Et nous de le taxer de révélation de […]

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