Atlanta, noir désir

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Scénariste pour la série 30 Rock, acteur dans la sitcom meta Community, rappeur reconnu sous le pseudo de Childish Gambino… En attendant d’entrer dans la galaxie Star Wars dans les bottes du jeune Lando Calrissian, Donald Glover est désormais le créateur/showrunner/acteur d’une série déjà récompensée par deux Golden Globes et disponible sur OCS, Atlanta.

Si vous avez manqué le début : Earnest « Earn » Marks est dans le dur. Au chômage après avoir abandonné ses études à Princeton, il vivote comme il peut entre des parents qui le rejette et une ex qui voudrait qu’il s’assume enfin. Quand son cousin, rappeur sous le nom de Paper Boi, est à deux doigts de rencontrer le succès, Earn voit là l’occasion de reconnecter ses rêves et ses ambitions professionnelles tout en améliorant le quotidien de sa fille. Il va devenir son agent…


On aurait pu ne pas avoir envie de regarder Atlanta. Après tout, c’était en partie à cause d’elle si Donald Glover avait laissé ses camarades de Greendale un an avant la fin officielle de Community. Mais comme c’était lui et que c’était nous, on n’a pas pu résister bien longtemps à Atlanta. Et bien nous en a pris.
Glover s’est servi de sa série pour exorciser ses propres angoisses de père néo-trentenaire qui, malgré le succès, a peur de ne plus jamais rien connaître d’aussi fort ; et ses craintes de jeune noir qui, désormais gouvernée par Donald Trump, s’inquiète de voir son Amérique le stigmatiser. Il en ressort une dramédie douce-amère, portrait à la fois réaliste et à part d’une ville et de ses habitants.

Straight outta Atlanta

A l’instar des vraies-fausses auto-fictions de Louie, Girls ou Master Of None, Donald Glover parle beaucoup de lui dans Atlanta. Il s’agit de la ville de sa jeunesse et l’insertion d’Earn dans le monde du rap ne doit rien au hasard. La street cred de Glover dans le milieu, avec trois albums très bien reçus tant par la critique que par le public, ne permet aucune polémique.
Sans être absolument politique, Glover se sert d’Earn comme observateur, à la fois acteur de son existence et spectateur de celle des autres.
Plus cru que ce que soumet Issa Rae avec Insecure, il propose un témoignage réaliste mais jamais misérabiliste de ce que signifie être noir dans l’Amérique d’aujourd’hui. De sa plongée dans la précarité des suburbs délabrées d’Atlanta naissent des instantanés tantôt absurdes, tantôt banals, tantôt représentatifs.
Un effet de miroir sans jugement qui, marié à un humour décalé et à une esthétique léchée à la Looking, offre une mélancolie presque poétique.

Black lives matter

Comme David Simon avec La Nouvelle-Orléans dans Treme, Donald Glover fait d’Atlanta un personnage par qui l’état des lieux est possible. La ville qui a vu naître Martin Luther King, et dont la population est composée à plus de 60% d’afro-américains, n’est pas protégée des violences policières. Glover intègre ces faits en ne souhaitant rien d’autre que la reconnaissance de leur véracité contemporaine et quotidienne, et le début d’une réflection de la part de son spectateur…
Si Earn est touchant en loser lunaire en quête de sa part du rêve américain, le trio qu’il constitue avec Paper Boi et Darius (révélations fracassantes de Brian Tyree Henry et Keith Stanfield) est source de comédie frôlant parfois le surréalisme.

A eux trois, ils forment un gang marginal mais pas caricatural, une bande pas encore prête à abandonner ses rêves et qui préfère essayer de se créer sa propre identité plutôt qu’accepter l’étiquette que la société voudrait bien lui coller.
Dans Star Wars, on appellerait ça des rebelles.


 

Atlanta ▪ Créé par Donald Glover ▪ Avec Donald Glover, Bryan Tyree Henry, Keith Stanfield, Zazie Beetz … ▪ Diffusée sur OCS City ▪ 10 épisodes (30 minutes)

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

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