Au service de la France, espions mais pas trop

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Au service de la France

© Luc Roux/Arte

 

Avec Au service de la France,  Arte se lance dans la comédie. Il était temps. Cette nouvelle création originale sent bon les années 1960 et un espionnage teinté de burlesque. Écrite notamment par Jean-François Halin, elle rappelle à notre bon souvenir l’humour potache des OSS 117. Normal, il en était également l’auteur.

Si vous avez manqué le début : Paris, 1960. André Merlaux, jeune stagiaire de 23 ans, fait son entrée dans le contre-espionnage français. Intelligent, volontaire, idéaliste, il se heurte bien vite à l’absurdité de l’administration française qui régit jusqu’à la moindre mission. Ses collègues semblent plus intéressés par le pot du soir et leurs notes de frais que par la guerre froide ou la décolonisation qui marquent la France de De Gaulle.

L’aventure d’Au service de la France débute en 2010. Portée par Jean-François Halin, ancien auteur des Guignols de l’Info et des OSS 117, de Michel Hazanavicius, la série se retrouve d’abord logiquement chez Canal+. Le projet y reste en développement pendant deux ans mais finit par déménager chez Arte, faute de trouver un terrain d’entente avec la chaîne cryptée. Peu habitué au format série (et encore moins au 26 minutes), Halin s’entoure de Jean-André Yerlès et Claire Lemaréchal, des scénaristes passés par Fais pas ci, fais pas ça et dont la répartie s’accorde on ne peut mieux à son humour pince sans rire.  A eux trois, ils décident de taper là où ça fait mal et, avec l’aval d’Arte, n’ont aucun scrupule à titiller les Allemands : « Comment on peut être amis avec des gens qui sont toujours à l’heure, ne prennent pas le temps de déjeuner et n’écoutent que de l’opéra ? »

Sweet sixties

La France des années 1960 a un petit goût de rance, plombée par l’arrogance d’avoir gagné la Seconde Guerre mondiale et l’héritage colonialiste. A l’image d’Hubert Bonnisseur de la Bath, les agents Jacquart, Calot et Moulinier, chargés de former Merlaux, rivalisent de saillies toutes plus misogynes, racistes ou antisémites les unes que les autres. Ces comportements, vus à travers le regard candide de Merlaux, cultive le peut-on rire de tout qui semble faire défaut à la France post-Charlie. Halin trouve là la meilleure façon de rebondir aux propos de Jean Dujardin, qui avait assuré que nous n’étions plus dans une époque permettant l’humour d’OSS 117.
Au service de la France cultive l’absurde, frôle le burlesque et provoque le rire par des situations décalées, un discours géopolitique plein d’ironie, du politiquement incorrect et des dialogues écrits au cordeau : « Quant aux Allemands, il y a Allemands et Allemands : Allemands de l’Est et Allemands de l’Ouest, Allemands amis et Allemands ennemis. Mais tous ces Allemands sont Allemands, qu’ils soient Allemands ou… Allemands. »

On tamponne

Les relents colonialistes des collègues de Merlaux font face à ses idées progressistes, mais ne provoquent pas la gêne. Ils tournent au contraire les personnages en ridicule pour le spectateur omniscient, d’ores et déjà au courant que leurs certitudes se heurteront bientôt à l’Histoire. Merlaux rêve de missions à haut risque où il aiderait des pays africains à gagner leur indépendance, il se retrouve à faire la chasse au formulaire EB54 tamponné d’un « très secret défense ».
Dans les services secrets de la série d’Arte, aucune mission n’est validée sans formulaire et pas de formulaire validé sans tampon apposé. Sans compter qu’à 17 heures, tout ce petit monde plie boutique pour l’apéro de service, sauvegarde du monde libre ou pas. Halin s’octroie donc, en plus du reste, une satire savoureuse des dérives de la bureaucratie, où on tatillonne sur un tampon oublié mais ne s’inquiète pas beaucoup de la crise à Cuba ou des premiers remous de la révolte algérienne.
Intelligente, élégante, illustrée d’une partition très inspirée de Nicolas Godin (la moitié de Air), incarnée par de vraies gueules, on valide et on tamponne Au service de la France. Et ça, c’est tout sauf « très secret défense ».

Au service de la France▪Créé par Jean-François Halin▪Avec Hugo Becker, Wilfred Benaiche, Christophe Kourotchkine…▪Diffusé sur Arte à partir du 29 octobre 2015▪12 épisodes ( 26 minutes)

taux de kiffance Au service de la France

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

3 Responses

  1. […] ont lancé la révolution de la création originale sont donc celles qui la font toujours perdurer. Au service de la France, comédie d’espionnage potache, écrite par le scénariste d’OSS 117, devrait faire […]

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