Benjamin Clementine, le choix des rois

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benjamin clementine© Yann Rabanier

En posant le regard sur ce grand escogriffe, pieds nus et long manteau élimé comme greffé à la peau (y compris sur scène), on se dit qu’on est face à une force de la nature. Puis il se met, hésitant, à jouer du piano d’une voix forte mais douce. De force de la nature on passe à phénomène. Rarement une première écoute s’est avérée si captivante, si bouleversante, si radicale. Car à l’échelle du poil qui se dresse (imparable) Benjamin Clementine s’avère immédiatement incontournable. Un 10/10 du frisson, un A+ de l’émotion, une mention très bien à l’option blues de la vie qui te parcourt l’échine.

Sa carrure de colosse aux pieds d’argile, cette coupe de cheveux improbable que ne renierait pas Desireless période « Voyage, Voyage », sa silhouette brute qui n’est pas sans rappeler celle de Jean-Michel Basquiat… Tout s’oublie dès qu’il pose ses doigts sur le clavier et qu’il prend une grande inspiration avant de se jeter dans le vide. La musique de Clementine est inclassable, quelque part entre les envolées classiques d’Erik Satie, la soul habitée de Nina Simone et le songwriting naturaliste d’un Brel. Elle a juste ce petit supplément d’âme qui la rend intemporelle. Pour comprendre d’où viennent ce dépouillement et cette délicatesse il suffit de se plonger dans l’adolescence de ce Londonien de banlieue. Cinquième enfant d’une famille d’origine ghanéenne qui n’admettait pas qu’il fasse autre chose que du droit, lycéen passionné de philosophie et de poésie, rejeté et moqué, à 19 ans, baluchon sous le bras et pas un sou en poche il prend un aller-simple direction Paris.

Hobo céleste, il passe ses nuits dans la rue ou au mieux dans des foyers, et ses jours à faire vivre sa musique dans la ligne 2 du métro, rappelant ainsi le parcours du funky Keziah Jones. Pour Benjamin, cela dure quatre ans. Jusqu’à ce qu’Aysam Rahmania, musicien de son état, oublie de descendre à Barbès et le suive, subjugué, jusqu’au terminus, Etoile. Clin d’oeil appuyé pour celui qui est persuadé d’avoir dégoté là une star. Benjamin Clementine est un oiseau rare dont l’intensité n’a d’égale que le magnétisme, Rahmania le convoque alors dans son studio d’enregistrement où il a fait venir un pote producteur. Et la machine s’emballe. Enfin. En juin 2013 sort un premier EP, Cornerstone, porté par le titre éponyme où, seulement accompagné d’un piano, la voix majestueuse de Clementine s’envole très haut pour redescendre à des graves qui vous font chavirer sur le mot « home ». Sûrement pas un hasard. Il y déverse toutes les frustrations, les blessures, l’attente, l’absence de confiance en lui et de reconnaissance de ses proches… Son aura fait le reste. La charge émotionnelle du morceau est incroyable, sur album comme sur scène.

Car Benjamin Clementine est un écorché vif. Mais un écorché pudique qui ne laisse paraître un bout de ce qu’il est que dans sa musique. Un soulman titillé par l’énergie rock qui, comme Antony Hegarty, aurait réussit à mêler la douceur à la douleur. Cette rage habitée fait vaciller tout auditeur de son premier album, « At Least For Now » sorti au début du mois, lui provoquant une joie immense ou une émotion pure. Le choix des rois.

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

One Response

  1. […] Avidan et la cold wave toute britannique des pourtant Russes Motorama. La mélancolie latente de Benjamin Clementine m’a émue mais la sunshine pop d’Andrew St James m’a redonné le sourire. Je me […]

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