Bryan Singer nous raconte X-Men

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X-Men : le commencement, de Matthew Vaughn (2011).Tandis que le professeur Xavier s’arrache les cheveux à empêcher l’apocalypse dans le dernier X-Men, on remonte dans le temps pour revenir aux sources de la passion de Bryan Singer pour ses mutants fétiches. On lui en avait parlé en 2011, juste avant la sortie de X-Men : le commencement. Et voilà ce qu’il en dit.

Bryan Singer est un passionné au débit de mitraillette. Il est 20h06 à Paris en ce 15 avril 2011 quand le téléphone s’emballe. A l’autre bout de la ligne, le producteur de X-Men : le commencement file à travers la campagne anglaise. Il vient de laisser le réalisateur Matthew Vaughn et son équipe dans une forêt en banlieue de Londres.

Si la production a pris du retard, rien ne semble pourvoir affoler Bryan. Un comble pour un homme dont l’angoisse chronique a toujours été le principal moteur créatif. « Pour moi, un film n’est jamais vraiment terminé. Je ne connais même pas sa date exacte de livraison. Tout ce que je sais, c’est sa date de sortie en salles. Ca se passe souvent comme ça avec ce genre de films. » L’homme sait de quoi il parle. X-Men, X-Men 2 et Superman Returns portent sa marque.

X-Men : le commencement, de Matthew Vaughn (2011).
A droite Bryan Singer, producteur de X-Men : le commencement. Et aussi réalisateur de X-Men, X-Men 2, X-Men : Days of Future Past et de X-Men Apocalypse.

Éruption volcanique et résurrection des X-Men

Il aura fallu qu’un volcan islandais au nom imprononçable fasse des siennes – Eyjafjallajökull, à vos souhaits – pour que Bryan Singer et Matthew Vaughn, le réalisateur du bien nommé Kick-Ass, ne se rencontrent enfin. Nous sommes en avril 2010 et Matthew est coincé à Los Angeles. Faute d’avion pour rentrer en Angleterre, il fait un tour au Soho House accompagné d’Aaron Johnson, le jeune héros de Kick-Ass. Dans le club, Aaron repère Bryan Singer et le présente à Matthew. « « J’ai entendu dire que tu travaillais sur un nouveau projet X-Men… », m’a-t-il dit. » Là, Bryan lui raconte tout de la fondation de l’école des mutants au temps, de l’amitié entre Charles Xavier et Erik Lehnsherr (alias Magneto)…

X-Men : le commencement, de Matthew Vaughn (2011).
L’éternelle partie d’échec qui oppose Xavier (James McAvoy) à Erik (Michael Fassbender).

Le retour des déserteurs

« Contrairement à Batman ou Spider-Man, continue Singer, les X-Men sont un ensemble. Avec Kick-Ass, Matthew était parvenu à faire vivre une multitude de personnages dans un même film. Pourtant, sur les 600 réalisateurs que nous avions envisagés, Matthew ne figurait sur aucune de nos listes. »

Et pour cause. Censé réaliser le troisième volet des X-Men, Vaughn s’était désisté à quelques semaines du coup d’envoi, laissant le champ libre à Brett Ratner. La pression du planning avait eu raison de lui. Si l’on conjugue à ça le fait que Singer avait lui-même déserté la 20th Century Fox pour aller tourner Superman Returns pour Warner Bros., il était hautement improbable que nos deux compères se retrouvent un jour aux commandes d’un nouveau projet X-Men… pour le compte de ces mêmes studios Fox. Les voies des éruptions volcaniques sont impénétrables.

X-Men : le commencement, de Matthew Vaughn (2011).
A gauche, Nicholas Hoult a pu assurer le tournage de X-Men : le commencement grâce au retard de celui de Mad Max : Fury Road.

Bras de fer entre Bryan Singer et la Fox

Avec sa connaissance encyclopédique du sujet et son nouveau statut de producteur, Singer s’implique énormément dans la phase de casting. « J’ai dû vraiment me battre pour imposer certains d’entre eux. La Fox voulait que la distribution soit très jeune. J’étais d’accord, mais il nous fallait un ancrage dans plus de maturité, à travers le personnage de Magneto. On ne pouvait pas se retrouver avec une bande de lycéens. Ce n’est pas Twilight ! Pour moi, Xavier et Magneto devaient avoir entre 25 et 30 ans. »

Face à James McAvoy dans le rôle du jeune Professeur X, c’est donc en choisissant Michael Fassbender, 33 ans, que Bryan brave les directives du studio. « J’ai vu en lui un Ian McKellen jeune, en colère et dangereux. »

Mais Bryan ne s’arrête pas là et va jusqu’à faire des ajustements de dernière minute. Lorsqu’il apprend que le tournage de Mad Max 4 est repoussé, Bryan voit ça comme un signe : Nicholas Hoult est disponible. Le héros de la série Skins sera donc Hank McCoy, alias Le Fauve. « J’étais ravi, se souvient Singer. Et maintenant, Nicholas joue aussi dans mon nouveau film, Jack the Giant Killer. » Le hasard, toujours le hasard.

X-Men : le commencement, de Matthew Vaughn (2011).
Les bad guys de X-Men : le commencement : Emma Frost (January Jones) et Sebastian Shaw (Kevin Bacon)

Où tout a commencé…

« Pour Matthew, X-Men : le commencement était l’occasion de faire son James Bond, dont il est fan. Il a un œil très… « sexy ». Il comprend les relations humaines et n’a pas hésité à sexualiser les rapports entre les personnages. » Ces deux-là sont définitivement sur la même longueur d’onde.

S’il a beaucoup d’affection pour la troupe des X-Men, Matthew est loin d’être un maniaque des comics de manière générale. Un autre point commun avec Singer. Car, lorsqu’en 1995, l’aventure X-Men commence pour Bryan, lui-même ne sait rien des histoires de Magneto, Wolverine et consorts. Enfant, Bryan rêvait de Superman. « Étant enfant unique, et adopté de surcroît, je me suis toujours senti différent des autres. J’étais un gosse très bizarre. Je me disais que ça aurait été génial si j’avais pu être cet enfant-là la journée tout en étant aussi exceptionnel que Superman la nuit. »

X-Men : le commencement, de Matthew Vaughn (2011).

L’origine de la passion de Bryan Singer

C’est Tom DeSanto, un ami de longue date, qui lui suggère de s’intéresser de plus près à ces histoires de mutants. « Il pensait qu’il y avait chez les X-Men des analogies avec Martin Luther King et Malcolm X susceptibles de me parler. » Tom DeSanto avait vu juste.

D’autant que c’est le moment que choisit Peter Rice, autre ami de Singer et exécutif chez 20th Century Fox, pour lui envoyer un script sur les X-Men. « Il ne me convenait pas du tout. Mais ça avait piqué ma curiosité. » Ni une, ni deux, Bryan se retrouve dans le bureau de Stan Lee, scénariste de la BD et sommité de chez Marvel Comics que l’on ne présente plus.

« Je lui ai parlé de Usual Suspect pendant toute la réunion, qui était alors le seul exemple de mon travail. Au bout d’un moment, Stan m’a demandé « Mais pourquoi est-ce que tu n’arrêtes pas de me citer Usual Suspect ? Ma femme et moi, on adore ce film ! » Lorsque je lui ai dit que c’était moi qui l’avais réalisé, il s’est levé et m’a serré la main, ravi. »

Le reste fait désormais parti de l’histoire du cinéma. « Avec X-Men, je voulais que l’on prenne les supers héros comme s’ils étaient réels. A l’époque, j’ai beaucoup joué sur le personnage de Wolverine qui débarque à l’école de Xavier et tourne les mutants en ridicule, se moque de leurs costumes, de leurs noms, afin que le public se prenne peu à peu d’affections pour eux. Je crois que j’y suis arrivé. » Ca ne fait aucun doute.

X-Men : le commencement, de Matthew Vaughn (2011).

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Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

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