Cannes 2015, humeur d’un rookie

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cannes d'un rookie

 

La Croisette, ses paillettes, ses stars, ses soirées, ses cons de mimes, le cinéma… La première fois au Festival de Cannes on se sent un peu comme Alice tombée dans le terrier du lapin blanc. Cette plongée dans le plus grand festival de cinéma du monde fait parfois l’effet d’un chocolat fourré à la merde… Heureusement pas tout le temps. Je reviendrais pour vérifier.

 

J’ai toujours regardé le Festival de Cannes à distance, de Paris, derrière un ordinateur et à la télévision, louchant jalousement sur les articles de mes heureux collègues descendus pour l’occasion. Je me projetais à leur place le temps de mes lectures dans les grandes salles du festival, à côtoyer les starlettes et prenant le thé avec la famille Pitt avant de terminer mes journées dans les fêtes extravagantes de la capitale éphémère du cinéma. Cette année, c’est décidé, j’en serai!

L’avant Cannes

C’est déjà la lutte pour se trouver une accréditation pas trop dégueu qui me permettra d’avoir accès aux films. Heureusement quelques bons contacts, que je remercie chaleureusement au passage, m’ont offert ces précieux sésames. Sans eux, autant rester à Paris. Cannes sans accréditation c’est comme jouer un match de hockey sans crosse : tu ne sers à rien et tu cires la banquette. Direction ensuite la SNCF qui, bien évidemment, a sauté sur l’occasion pour faire exploser ses tarifs pendant la quinzaine. Merci qui ?

Pendant Cannes : du rêve à la farce

J’ai l’impression d’être dans La cité de la peur. Dans la peau de Simon, je suis un gosse, limite je vomis de joie. Ici, c’est le cinéma. Tout brille et scintille. C’est l’effet « Wahou » de Cannes. Accréditation en poche, je file direct aux projections de La semaine de la critique. Petite salle, ambiance presque intimiste devant le premier long de Louis Garrel… J’y suis! Je ressors du film pas tout à fait convaincu mais séduit par l’ambiance de cette Croisette baignée par le septième art et par la proximité que l’on peut ressentir à frôler les réalisateurs et comédiens.

Rapidement, je prends conscience de l’enfer des files d’attente pour accéder aux projections. C’est une jungle où tous les coups sont permis pour griller des places. Mais il ne faut pas s’énerver. Il faut prendre l’air blasé de cette parisienne à côté de moi et dire à ceux qui grognent à force de se faire doubler (d’un ton prétentieux et en laissant trainer ses fins de mots) : « Naaaaan, mais atteeeeend quoiiii. T’as jamaiiiis fait le Festivaaal de Canneeees? C’est comme çaaaa. » Super ! Se faire niquer profond par des connards et l’accepter en souriant ? Mais CA-RRÉ-MEEEENT. C’est ça ton festival pétasse faussement détendue et éternellement constipée ? Bref. Je n’aurais pas rappelé cet épisode si ces deux heures d’attente et les nombreux « habitués du festival » ne m’avait pas donné l’impression d’avoir perdu mon temps, une fois refoulé à six places près pour voir Les Cowboys de Thomas Bidegain. Et encore Miss All-Bran aurait dit qu’il fallait évidemment venir au moins trois heures en avance pour voir les films. C’est rageant mais c’est visiblement le jeu. Cannes, c’est aussi perdre des moments de vie dans les files d’attente.

 

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L’accréd : drogue cannoise

Mais on prend rapidement goût à l’accréditation, ce passe-muraille indispensable. Plus qu’un coupe file, c’est un don. Je me retourne et je regarde ceux qui ne l’ont pas et attendrons encore alors que nous, les chanceux, sommes passés. Demain ce seront les mêmes qui nous regarderont franchir cette ligne invisible, nous, les éluuuuus des projectiooons, les accréditéééés.

Cannes : la babylonienne

Cannes, terre de vices, terrifiante cité transformant même les plus honnêtes. C’est un royaume d’opulence où chaque personne qui a été au moins une fois dans une salle de cinéma se mue en boulimique du septième art. Il faut bouffer du film à Cannes. C’est la règle. Sinon t’a rien à y faire. Pour nous rassurer, disons-nous que ces films, qui d’ordinaire n’auraient pas fait plus de cinquante entrées tous cinémas confondus, voient au moins une fois leur salle comble. C’est surtout l’occasion de faire des découvertes.

Et si tu ne joues pas le jeu de Cannes, tu peux toujours t’amuser en contemplant cette foire aux monstres. C’est amusant de voir qu’on ne fait pas simple ici. A Cannes il faut mettre le paquet. Être beau, faire de belles sorties, donner l’illusion qu’on fait partie de ce monde de marionnettes, et le faire avec le sourire parce que c’est Cannes et que là bas même une tartine de merde a bon goût.

Après Cannes

Dans le train, tout redevient normal. Il est déjà loin le moment où Emily Blunt te saluait en coulisses, où Benicio Del Toro confondait ta copine avec une de ses amies… Cannes c’est derrière toi et tu ressors du terrier du lapin blanc avec cette impression d’avoir été le temps du festival une star dans le film qui se jouait dans ta tête. Quand on repart en direction de Paris, le monde redevient plus gris, plus triste, plus réel. Je garde cependant en tête que ce n’est pas le Festival de Cannes qui fait la réussite d’un film. Les avis sont à prendre avec du recul tant cette enclave cinématographique est enivrante et fatigante.

C’était ça mon Cannes.

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