Cannes : bugs, bévues et autres couilles dans le potage

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Récits et anecdotes de ces instants cannois où le festival s’est sérieusement pris les pieds dans le tapis rouge. Pour mieux en rire, parfois. Ou en pleurer, aussi. Pop’Up vous sert sur un plateau de quoi briller dans les diners en ville : une nouvelle anecdote pour chaque nouvelle journée de la 69e édition du Festival de Cannes. C’est notre plaisir.

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Les enfants, dites non à la drogue…

Cannes, 1999. Chargée de remettre la Palme d’Or, c’est une Sophie Marceau échevelée, surexcitée, incohérente, en pleine crise d’hyperventilation, qui infligea à toutes les télés du monde un interminable moment d’embarras incrédule.

Accompagnée par les rires de plus en plus moqueurs et bruyants de l’assistance, elle s’embarqua dans un aberrant discours improvisé de plusieurs minutes : « Euh… Quelle journée… Euh… J’ai fait dix-huit discours, on m’en a écrit cinq… On m’en a remis un tout à l’heure… J’suis arrivée ici, j’voulais savoir qu’est-ce qui s’passe, qu’est-ce c’est l’atmosphère, c’est quoi, j’ai d’mandé partout… Alors, j’ai eu des bribes de réponses… C’est chiant, mais c’est chiant, c’est beaucoup mieux à Cabourg… » Et ainsi de suite, jusqu’à ce que la maîtresse de cérémonie Kristin Scott Thomas lui coupe le sifflet avec une rare élégance.

Excusez-nous pour la piètre qualité de cette vidéo, mais on vous promet que rien que le son vaut son pesant de cacahuètes.

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Entre les murs honoré, Valse avec Bachir dégagé

Cannes, 2008. L’avant-dernier jour du festival, le palmarès du « Jury Sean Penn » est déjà bouclé : Palme d’Or pour Gomorra, de Matteo Garrone, et Grand Prix pour le sublime film d’animation israélien Valse avec Bachir, d’Ari Folman. Mais, le lendemain matin, la présentation du tout dernier film en compétition produit l’effet d’une bombe. Bouleversé par Entre les murs, de Laurent Cantet, Sean Penn lui offre alors la Palme, rétrograde Gomorra au Grand Prix… et éjecte totalement Valse avec Bachir du podium, sous le prétexte imbécile que « le film n’aura pas besoin de nous pour connaître le succès« .

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La Palme d’or surprise

Cannes, 1980. Au terme d’une délibération organisée dans un salon privé de l’hôtel Carlton, le président Kirk Douglas et ses acolytes décident de donner la Palme d’Or à Kagemusha, la fresque historique d’Akira Kurosawa. Mais, quelques heures plus tard, le membre du Jury Charles Champlin, pris d’une soudaine panique, rappelle ses collègues en catastrophe et leur dit : “Nous avons complètement oublié un film extraordinaire.” Injoignable pour cause de Grand Prix de Formule 1 à Monaco auquel il était parti assister (il n’y avait pas de portables à l’époque), c’est le lendemain soir, à quelques minutes de la cérémonie de clôture, que Kirk Douglas apprendra que la récompense suprême a été décernée dans son dos ex-æquo à All that Jazz, de Bob Fosse. Fou de rage et d’humiliation, il se vengera en reprochant publiquement au cinéaste, logiquement rentré aux USA puisqu’il était censé repartir bredouille, de ne pas avoir pris la peine de se déplacer pour recevoir son trophée.

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Quand Adjani se met les photographes à dos

Chargés d’assurer le rayonnement glamour de Cannes, les photographes accrédités du Festival se sont mis en grève à deux reprises, en déposant leurs appareils à terre au passage des stars qu’ils refusèrent de shooter lors de la mythique montée des marches.

Une première fois en 1975, lorsque Paul Newman, fatigué par le voyage, dédaigna de poser pour eux un peu plus tôt dans la journée. « C’est la plus grande leçon d’humilité qu’on m’ait jamais donnée », dira-t-il plus tard.

L’autre en 1983, pour punir Isabelle Adjani d’avoir annulé sur un coup de tête la conférence de presse pour L’Été meurtrier, et de les avoir privés, dans la foulée, de la séance de pose qui la précède habituellement. En prime, ils lui tournèrent le dos lorsqu’elle passa devant eux.

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Lars von Trier insulte Polanski

Cannes, 1991. En recevant son Prix du Jury pour Europa, Lars Von Trier, atrocement vexé de ne pas avoir obtenu la Palme, qui devait, à ses yeux, lui revenir, insulta en mondovision le président Roman Polanski : « Je remercie le nain et ses amis. »

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And the Palme d’or de la dictature goes to…

Cannes, 1977. C’est contre l’avis de ses jurés (qu’il qualifia d’ailleurs de « bande d’incompétents ») que le président Roberto Rossellini imposa l’attribution de la Palme d’Or à Padre Padrone des frères Taviani, en qui il voyait les héritiers du courant néo-réaliste qu’il avait lui-même inventé, contre le favori Une Journée particulière, d’Ettore Scola. Il mourra une semaine plus tard.

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Bon baisé de Russie

La Russie a brandi par deux fois la menace d’un incident diplomatique au sujet d’un même cinéaste. D’abord en 1980, lorsque le président du festival Gilles Jacob s’arrangea pour obtenir en contrebande une copie de Stalker, le nouveau film du dissident Andrei Tarkovski, en faisant croire qu’il préparait une projection surprise d’une version inédite et restaurée de J’irai cracher sur vos tombes, d’après Boris Vian. Lorsqu’elle découvrit les premières images sur l’écran géant du Palais des Festival, la délégation soviétique tenta d’annuler la séance en se ruant dans la cabine de projection… laquelle se trouva opportunément fermée à clé.

Cannes, 1983. Nostalghia, toujours de Tarkovski, s’apprêtait à recevoir la Palme d’Or lorsque le juré Serguei Bondartchouk, apparatchik notoire, et par ailleurs réalisateur de l’oscarisé Guerre et paix, interrompit les délibérations pour annoncer que si le « traître » l’emportait, il démissionnerait sur-le-champ en faisant un foin international de tous les diables. Pour éviter le pire, on inventa ainsi l’improbable et éphémère « Grand Prix du Cinéma de Création » que le film se partagea avec L’Argent, de Robert Bresson.

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Cachez cette Shoah que je ne saurais voir !

Cannes, 1956. À la demande expresse de l’Allemagne (ou, plus exactement, de la RFA), qui en avait ras la croix gammée de se voir reprocher les horreurs commises par Hitler, le sublime documentaire d’Alain Resnais Nuit et brouillard, sur le cauchemar de la Shoah, fut écarté de la compétition. Le documentaire avait été commandé par le Comité d’Histoire de la Seconde Guerre mondiale pour commémorer le dixième anniversaire de la libération des camps de la mort. « J’ignorais que la nation nazie possédât encore une telle autorité », déclara Resnais. Bim !

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Top 3 des films cannois insoutenables

En 69 ans de festival, trois films ont provoqué l’évanouissement de spectateurs et entraîné l’intervention du Samu durant leur présentation officielle : Funny Games, en 1997, pour son atmosphère insoutenable et sa violence hors champ ; The Great Ecstasy of Robert Carmichael, en 2005, pour un viol commis avec un espadon empaillé ; Antichrist, en 2009, pour le gros plan où Charlotte Gainsbourg s’ampute de ses parties génitales.

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« La fin, par pitié ! »

Durant certaines éditions entrées dans la légende, un dialogue pour le moins inattendu se noua entre le public, les films et leurs auteurs. En témoignent L’Enfance de l’art, de Francis Girod (« Je n’ai pas de question à vous poser. Je veux juste vous dire que votre film, c’est de la merde, et que vous devriez avoir honte », lança une journaliste au tout début de la conférence de presse), Assassin(s) de Mathieu Kassovitz (“La fin, par pitié !”, hurla une spectatrice), et The Brown Bunny, de Vincent Gallo (des rires moqueurs saluèrent chaque apparition du très narcissique acteur/réalisateur, et une franche hilarité collective accueillit la fellation non simulée qu’il se fait administrer dans les dernières minutes).

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« Pays de porcs… »

Cannes, 1978. « Pour un pays de porcs, c’est quand même drôle que vous n’ayez pas le droit d’en manger. » C’est à cause de cette réplique lancée par son héros, un Américain condamné à la prison à vie pour avoir transporté de la marijuana en Turquie, que le désormais culte Midnight Express fit l’objet d’une polémique incendiaire et qu’il repartit du festival bredouille. Membre du jury cette année-là, le journaliste François Chalais confessa, en 1994 : « Nous avons tous été horrifiés par le racisme de ce film. »

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Capitaine Kirk, président !

Cannes, 1980. Le président du jury aurait dû être le réalisateur Douglas Sirk, maître absolu du mélodrame hollywoodien. Mais la secrétaire chargée de rédiger la demande officielle, sans doute pas assez cinéphile pour identifier ce géant, crut voir une coquille dans ce nom et demanda par conséquent à Douglas KIRK (alias Kirk Douglas) d’occuper la fonction. C’est ainsi que Spartacus se retrouva bombardé à la place de Sirk.

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