César 2015 : la jeunesse et TimbukTOUT

Classé dans : Be kind, rewind, Cinéma | 0

César 2015

Alors quand il s’agit de s’extasier sur la robe de Jessica Chastain, d’applaudir à la récompense de J.K. Simmons ou de participer au drinking game de Tina Fey et Amy Poehler aux Golden Globes, là y’a du monde ! C’est tout de suite beaucoup plus compliqué quand on s’attaque aux César … Une cérémonie réputée glaciale, un humour douteux qui tombe de toute façon souvent à plat, une durée dépassant celle des films de Terrence Malick et Nuri Bilge Ceylan réunis, des discours interminables où des gagnants (parfois alcoolisés pour combler l’ennui), n’en finissent plus de remercier tous les membres de leur famille, j’en passe et des meilleurs. Les César c’est un sacerdoce. Alors quand on est pas invité avec le gratin à aller se goinfrer de petits fours et tester les sièges du Châtelet, le meilleur moyen de participer à la grande fête du cinéma français est encore d’organiser une bonne vieille soirée bashing devant sa télé et derrière Twitter. Dont acte.

Edouard Baer reprend la place de maître de cérémonie qu’il avait déjà occupé en 2001 et 2002 avec tout le panache et la verve qu’on lui connait. Bien évidemment, il n’a pas évité les moments de gêne sans lesquels les César ne seraient pas les César : une blague douteuse sur la vie amoureuse de Julie Gayet en présence de l’intéressée, la réalisation d’un court-métrage avec quelques acteurs nommés qui tombe à plat, la reprise de la chorégraphie de Rabbi Jacob déjà orchestrée par Valérie Lemercier lors d’une précédente édition, 45 minutes de retard sur l’horaire prévu…

Mais Edouard Baer étant Edouard Baer, on pardonne tout à quelqu’un qui a autant de second degré. Surtout quand il réussit à donner de l’allant à une cérémonie de près de 4h, bien aidé il faut dire par d’excellents remettants : le discours traduit de Cédric Klapisch par Cécile de France, la répartie couillue de Zabou Breitman à Pierre Deladonchamps ou les bon mots de Franck Gastambide.

On retiendra également les blagues « volantes » sur la robe de Marion Cotillard, les regards perdus de Sean Penn et Charlize Theron loin de l’entertainment américain, l’émouvant hommage en chanson de Pierre Arditi, Sandrine Kiberlain et Lambert Wilson à Alain Resnais, les larmes de Sabine Azéma, ou bien encore un boeuf d’anthologie entre la guitare de Matthieu Chédid et la trompette d’Ibrahim Maalouf sur « L’amour en fuite » en mémoire de François Truffaut.  

Pour ce qui est du palmarès, comment ne pas revenir sur Timbuktu et le plébiscite que lui ont réservé les votants de l’Académie ? En repartant avec 7 récompenses, le film d’Abderrhamane Sissako a probablement bénéficié d’un petit appel d’air suite aux événements tragiques du 7 janvier. Loin de moi l’idée de renier les qualités intrinsèques de ce film fort, humaniste et plaidoyer poétique contre l’intégrisme, mais en le voyant remporter les César majeur tel que ceux du scénario, de la photographie et du réalisateur c’est surtout l’acte de résistance des votants contre la barbarie qui me saute aux yeux, malgré ce qu’en dit Patrick Pelloux. Et qui me rend fière aussi, un peu.

La contrepartie est de voir des bons films comme Hippocrate, Saint Laurent, Sils Maria ou Bande de Filles repartir bredouille ou avec seulement une statuette. Le voilà le mauvais côté d’un plébiscite Timbuktout.

Ce qui m’a également rendu fière hier soir, c’est la reconnaissance donnée à une jeunesse qui en a cruellement besoin. Que ce soit une suite logique (Pierre Niney, meilleur acteur pour Yves Saint Laurent et Adèle Haenel, meilleure actrice pour Les Combattants), un encouragement (Louane Emera, meilleur espoir féminin pour La Famille Bélier et Kévin Azaïs, meilleur espoir masculin pour Les Combattants), une juste récompense (Xavier Dolan, meilleur film étranger avec Mommy), une révélation (Thomas Cailley, meilleur premier film pour Les Combattants) ou historique (Kristen Stewart, première américaine à remporter un César pour Sils Maria), ils sont le cinéma de demain. Bouillonnants, talentueux, émouvants, ambitieux, différents … Ils ne demandent qu’à l’être, laissons-les.

 

Top Twe3ts (on a bien ri)

 

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laissez un commentaire