Daughter, un refuge à mélancolie

Classé dans : Le 140, Musique | 1

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Le trio britannico-franco-suisse Daughter revient, après avoir marqué les esprits en 2013, avec un deuxième album hanté, puissant et mélancolique. Not To Disappear les rend incontournables.

De ceux qui ont découvert l’indie rock mélancolique de Daughter avec leur premier album, If You Leave, peu en sont sortis indemnes. Subjugués par la voix ensorcelante d’Elena Tonra, gageons qu’ils sont aujourd’hui religieusement plongés dans l’écoute de Not To Disappear, ce deuxième album attendu certes, mais aussi craint. Car l’écouter, c’est sortir Daughter de la petite bulle de fragilité dans laquelle on l’avait placé, par peur d’abîmer cette douce beauté à force de trop l’écouter.
Le groupe, tout en conservant la fragilité de ses compositions, propose en 2016 un son plus direct. Leur musique en devient moins acoustique et plus électrique. Les balades dont ils ont fait leur signature sont là, toujours aussi bouleversantes, mais moins sages, plus sauvages. Ce n’est donc pas un hasard si Not To Disappear s’ouvre sur un morceau intitulé « New Ways ». La batterie électronique de Remi Aguilella, la guitare atmosphérique d’Igor Aefeli et la voix entêtante d’Elena Tonra (proche de celle de Bat For Lashes) s’allient pour nous faire rencontrer leur nouveau son, entre retenue et explosion.

New ways

La musique de Daughter ne saurait se contenter des formats classiques de la pop musique. Leurs morceaux dépassent allègrement les trois minutes réglementaires, allant parfois frôler les sept minutes. Construits en montées lyriques qui racontent une histoire, ils ne sauraient en être autrement. Leur musique a toujours été d’ambiance. Not To Disappear ne déroge pas à la règle, de nappes brumeuses éclot soudain un souffle épique comme sur « To Belong ». Partant d’un certain dépouillement introspectif, la majorité des chansons grossissent jusqu’à vous prendre, de la gorge jusqu’aux tripes, comme le prouve l’intense « Doing The Wrong Thing ».
La production, plus étoffée que précédemment, s’avère vaillante sur « No Care » ou ample sur « Fossa », le plus pop de leurs morceaux. Parfois taxées de cafardeuse, les mélodies de Daughter sont surtout sensibles. Timides, elles finissent par s’emballer pour s’éteindre en un orage vrombissant au loin, une fois la peur passée.

Un spleen majestueux

On a reproché à la musique de Daughter d’être trop triste. C’est pourtant avec empathie qu’elle semble nous dire : « oui, parfois ça va pas. Mais c’est pas grave, pour nous aussi ». La fragilité et la colère sourde d’Elena Tonra parleront à tout ceux qui se sont un jour senti perdu ou submergé par des peurs, des questions ou des rêves trop grand pour eux. Car la chanteuse est l’âme de Daughter, celle qui en écrit la trajectoire à coup de paroles hantées. Autodidacte, elle date son envie de faire de la musique à l’écoute de Grace de Jeff Buckley. Logique, lui aussi est l’un de ces spectres enveloppant nos mélancolies.
Habité d’un spleen majestueux, feutré mais vengeur, Not To Disappear c’est un coeur de miel sous la glace, le printemps après l’hiver, un grand album qui pourraient voir Daughter s’aligner aux côtés de Foals, Florence & The Machine et The xx.

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

One Response

  1. […] tergiverser, on s’est laissé complètement charmer par Not To Disappear, le deuxième album des britanniques de Daughter. Puissant et feutré, habité d’un spleen […]

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