Et si Dheepan ne méritait pas sa Palme d’or ?

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Si vous avez manqué le début : Un ancien soldat Tigre tamoul  quitte son Sri Lanka natal pour fuir la guerre et ses traumatismes. Grâce à de nouveaux papiers, il devient Dheepan et se retrouve flanqué d’une femme et d’une fille qui ne sont pas les siennes. Ils arrivent en France et se rendent rapidement compte qu’un autre type de guerre les y attend.

« Une Palme, c’est forcément immérité, non ? ». Si même Jacques Audiard le confesse (au magazine Première, en août 2015)… Son dernier film, Dheepan, est en salles depuis le 26 août et sur le grill depuis trois mois. Présenté à Cannes en mai dernier, il est loin d’avoir emporté l’adhésion d’Un Prophète, en 2009, ou de De rouille et d’os, en 2012. De ces trois films, c’est pourtant lui, Dheepan, qui remporte la plus haute récompense cannoise. Et ça, ça laisse un petit goût amer en bouche. Ne vous méprenez pas, Dheepan n’est pas un mauvais film, juste le plus faible de son auteur.

Dans sa première partie, habile et sobre, Audiard évoque la création d’une famille à partir de trois individualités, la quête du héros d’une certaine forme de normalité et la solitude de celui qui ne comprend pas et ne sait pas se faire comprendre. Mais sa description de la banlieue française comme une zone de guérilla urbaine où le seul langage universel est celui de la violence, invite trop à la caricature. Le parallèle entre la guerre civile sri lankaise et les no-go zones des cités françaises est maladroit. Comparer la crise des banlieues à un pays en guerre ne fait pas le jeu du Front National, comme on a pu le reprocher à Audiard, mais participe au climat nauséabond qui marque tant l’actualité ces derniers temps. On a connu Audiard beaucoup plus subtil pour dénoncer les tabous français. Un Prophète révélait, par exemple, avec finesse la gangrène du système carcéral vicié par le grand banditisme.

Oubliant la finesse, le deuxième chapitre de Dheepan semble illustrer un pensum qui pourrait être « la guerre rattrape toujours ceux qui la fuie ». Sous-titré à Cannes L’homme qui n’aimait plus la guerre, c’est pourtant tout l’inverse qui nous est donné à voir. Acculé, Dheepan reprend le seul mode de communication qui, il le sait, le protègera, lui et sa famille, de l’hyper violence : une violence toujours plus implacable. Le réveil dans l’œil du Tigre et le déchainement de brutalité qui s’en suit aurait pu faire basculer Dheepan vers le film de genre. Audiard aurait qui plus est envie de s’y essayer, lui qui vient d’annoncer que son prochain film serait un western au temps de la ruée vers l’or. Mais, au lieu de ça, le film dénonce maladroitement l’immigration française et s’enfonce dans un épilogue à l’idéologie douteuse.

La Palme d’or remise à Audiard pour Dheepan n’est pas injustifiée. Même s’il se trompe d’enjeux, le réalisateur insuffle toujours une force incroyable à son récit. Mais ce prix suprême garde surtout le goût d’une injustice réparée maladroitement, consacrant plus le réalisateur que ce film en particulier. Comme si les frères Coen avaient voulu récompenser celui qui aurait déjà pu (dû?) remporter la Palme à une ou deux reprises.

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

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