Et si Les Revenants avaient loupé leur retour ?

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LES REVENANTS Chapitre 2

Jean-Claude Lother / Haut et Court / Canal+

 

Lundi 19 octobre, Fabrice Gobert a mis un terme au 2e chapitre de ses Revenants. Huit épisodes qui ont dérouté les téléspectateurs, qui ont même perdu une bonne partie de ces derniers, et qui laissent avec de multiples questions. La création originale de Canal+, dont on attendait tant, ne reviendra probablement pas à l’antenne. Une source de frustration énorme et une question en tête : la série a-t-elle raté son retour ?

WARNING Si vous n’avez pas encore vu la deuxième saison des Revenants, cet article risque de vous spoiler méchamment. On vous aura prévenu.

Il aura fallu trois ans d’attente et seulement quatre petites soirées pour que Les Revenants, la série phénomène, tire sa révérence dans un constat d’échec. En 2012, adaptée d’un film de Robin Campillo, produite par Canal + et pilotée par Fabrice Gobert (Simon Werner a disparu), la première saison des Revenants faisait l’effet d’une bombe dans le petit paysage télévisuel français.
A dire vrai, on n’avait jamais vu ça, tant sur la forme que sur le fond. En détournant les codes du film de zombies pour les intégrer à une ambiance poétique et mélancolique, Les Revenants avait crée quelque chose d’unique. Une oeuvre d’une beauté picturale saisissante, des personnages attirants et une mythologie tout simplement fascinante.
Le public et les professionnels ne s’y étaient pas trompés : records d’audience, achat pour l’étranger, récompenses prestigieuses et même un remake (raté) pour le public américain, la série de Fabrice Gobert a généré une empathie comme jamais.
Puis vint l’attente. A l’image de la série, elle fut lente, frustrante et surtout excitante, la fin de la saison 1 ayant laissé le spectateur dans un semi-brouillard où les réponses satisfaisantes côtoyaient allègrement de nouvelles questions.

L’amour dure trois ans

A croire que le succès n’était pas vraiment dans les plans de Canal+, Les Revenants a ensuite piétiné. La commande de la saison 2 s’est fait attendre, Gobert s’est un peu emmêlé les pinceaux dans son scénario et a enchaîné les réécritures, le casting initial n’a pas pu répondre présent dans son intégralité et surtout, surtout, la campagne promotionnelle fut quasi inexistante.
Quand une série revient à l’antenne après trois ans d’absence, tout succès qu’elle ait eu, il faut le faire savoir, qui plus est quand elle est diffusée sur une chaîne à péage. Si la nouvelle du tournage de la 2e saison avait bel et bien filtrée, ce n’est qu’à un tout petit mois de la diffusion que l’on apprend le retour de la série sur Canal+.

Les Revenants est typiquement la série avec laquelle il aurait fallu faire monter l’attente, rappeler au public pourquoi il avait été ensorcelé, lui donner envie de revenir pour trouver les réponses aux questions qui le hantaient. L’aguicher quoi. Il n’en fut rien. Et comme, c’est bien connu, l’amour dure trois ans, en oubliant de rallumer la flamme, Les Revenants ont perdu près de 60% de leur audience, passant de 1,5 million de téléspectateurs pour le final de la saison 1, à seulement 610 000 pour le premier épisode de la saison 2. Un flop.

 

LES REVENANTS Chapitre 2

 

De nouveaux Revenants

Un flop sur le plan des chiffres tout du moins car, au niveau artistique, rien n’a changé. Sans doute plus sombre, définitivement plus trouble, le chapitre 2 possède toujours ce halo fascinant. Son ambition esthétique est au rendez-vous, sa poésie mélancolique trouve écho dans une aura crépusculaire et ses personnages vrillent le coeur de leurs regards perdus ou déterminés.
Six mois après la deuxième inondation, qui marquait la fin de la première saison, la ville est scindée en deux. D’un côté, une poignée d’irréductibles vivants qui ont choisi de rester dans la Vallée, la plupart pour essayer de retrouver leurs proches disparus et/ou comprendre pourquoi ils sont revenus (Lena et Jérôme Séguret, Pierre et la communauté de La Main Tendue, Adèle, enceinte de l’enfant d’un revenant). De l’autre côté de l’eau, les morts ont pris possession du Domaine, un quartier résidentiel hors d’atteinte où de nouveaux revenants les rejoignent bientôt, ceux disparus il y a trente-cinq ans, lors de la rupture du barrage.
Cette multiplication des personnages et des arcs narratifs est une source de questionnement supplémentaire qui prend malheureusement un peu le pas sur les personnalités et les histoires préexistantes. En explorant d’autres schémas de narration, certes intéressants, mais en oubliant qu’il faut pouvoir, à un moment donné, satisfaire la soif de curiosité du téléspectateur, Fabrice Gobert tombe dans le syndrome Lost. Heureusement il en reste au stade 1 de la maladie, celui de la frustration, loin du désintérêt total que pouvaient provoquer les aventures de Jack & cie sur l’île mystérieuse au bout de six saisons.

L’amour à mort

Le show fantastico-mélancolique de Gobert n’explore pas tant le thriller fantastique que le drame filial. La problématique qui se détache des deux chapitres de sa série s’avère finalement limpide : et si on ne retrouvait sa place parmi les vivants que grâce à l’amour ? Les vivants entretiennent autant une relation avec leurs morts, qu’une relation avec la mort en général et le deuil en particulier. Sans l’amour de leurs proches, les morts s’éteignent, comme Esteban qui rejoint la horde de revenants zombifiés, ou cèdent au cannibalisme, comme Audrey qui dévore sa mère. Mais, paradoxalement, ils ne peuvent s’éloigner de leurs semblables trop longtemps. Camille, qui fait d’abord le choix de retrouver sa famille, dépérit.
Seuls semblent échapper à la règle Simon et Adèle, les amants maudits qui, tels des Orphée et Eurydice modernes, choisissent l’amour et donc la mort. Il y a aussi Victor et Julie. Le petit garçon est, comme on s’en doutait, la clé du mystère. C’est en voulant faire revenir son père à la vie qu’il ressuscite la moitié de la ville d’entre les morts. Comment ? Pourquoi ? C’est encore trop demander. Mais son amour pour Julie, la mère de substitution qu’il s’est choisi et qui préfère mourir que vivre sans lui, fera disparaitre les morts.

 

 

Se poser les bonnes questions

Dans une langueur automnale Les Revenants nous quitte, après avoir marqué la fiction française. Seuls les esprits chagrins ne retiendront que la chute vertigineuse des audiences, les autres loueront l’ambition, la beauté et l’étrangeté de cette aventure. La série se retire comme elle est arrivée, nimbée de son mystère, prête à nous hanter à jamais.
La conclusion de ce deuxième chapitre qui, au vu des audiences, sera également celle de la série, arrive presque comme un cheveu sur la soupe. Comme la lointaine sonnerie de votre réveil le matin, qui vous tire d’un sommeil entre rêve et cauchemar. Le rêve vous semble encore si réel et pourtant, déjà, il s’efface. Un milliard de questions subsistent encore (qui sont Victor et Lucy, puisqu’ils étaient là avant les revenants ? Où ont disparu ces derniers ? Adèle et Simon sont-ils morts dans la grotte ? Que murmure Victor à Lucy et à qui cette dernière confie-t-elle Nathan, l’enfant qui a rassemblé les revenants ?), mais la frustration laisse bientôt place à l’interprétation. Nous avons désormais l’éternité pour y réfléchir car, comme le laisse entendre Fabrice Gobert par la voix de l’un de ses personnages, il suffit juste de se poser les bonnes questions.

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One Response

  1. […] : Il y a six mois, avec la fin des Revenants et d’Ainsi soient-ils, les succès des Témoins et du Bureau Des Légendes, et […]

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