Et si Michael Fassbender remportait l’Oscar ?

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©Bruce Weber, pour le New York Times.
©Bruce Weber, pour le New York Times.
Nommé à l’Oscar du meilleur acteur pour son incarnation stupéfiante de Steve Jobs, dans le biopic ombrageux signé Danny Boyle, Michael Fassbender épate une fois de plus. Chacun de ses rôles semble être une nouvelle mise à nue, une nouvelle mise à mort. On était allé lui en toucher deux mots, au moment des promotions parisiennes de Prometheus, en 2012, et de Cartel, en 2013. Et on n’a pas été déçu. Chaud devant.

Premier contact

D’abord, il y a ces doigts décharnés qui cherchent une cigarette. Le grattement d’un briquet qui claque, l’inspiration d’une bouffée qui descend vers les poumons. Une gueule émaciée, ensuite. Œil amoché mais regard indompté, malgré les jours de mitard. Le prisonnier s’apprête à entamer une grève de la faim qui lui sera fatale… et le fera entrer dans la légende comme un défenseur de la liberté.

Avec Hunger, et cette séquence d’anthologie où, pendant dix-sept minutes, s’affrontent la piété et la liberté absolue, Michael Fassbender vient, lui, d’entrer dans la cour des grands. Des plus grands, même. Un rôle qui vous définit une carrière, celle d’un homme jusqu’au-boutiste, besogneux, galérien à ses heures, qui va s’attirer à raison les faveurs de créateurs d’univers inspirés comme David Cronenberg, Quentin Tarantino, Ridley Scott, Steven Soderbergh et aujourd’hui Danny Boyle.

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Dans Hunger, de Steve McQueen (2008), Michael Fassbender entre dans la peau du leader de l’IRA Bobby Sands. Anthologique.

Le galérien qui ne baissait pas les bras

Cette forme d’engagement total qu’il a découvert en travaillant avec le réalisateur Steve McQueen sur Hunger, Michael Fassbender en fait son mode de fonctionnement. « Mes parents m’ont appris à faire les choses bien ou à ne pas les faire du tout. »

L’acteur aux origines irlando-germaniques a passé les trente ans quand il rencontre McQueen. Il se dit alors lui-même désespérément à la recherche d’un boulot de poids. « Les périodes « sans », tous les acteurs connaissent ça. Heureusement, je me suis toujours jugé au minimum suffisamment bon pour continuer à trouver du travail. C’était devenu mon mantra… ce qui est sacrément utile pour ne pas baisser les bras quand vous avez essuyé autant de rejets que moi, vous pouvez me croire. Mais grâce à ça, lorsque les rôles importants sont arrivés, j’étais prêt à m’impliquer sans réserve. »

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A gauche, Michael Fassbender face à Mia Wasikowska dans Jane Eyre, de Cary Joji Fukunaga (2011). A droite, face à ses démons sexuels dans Shame, de Steve McQueen (2011).

Abandonner son corps au réalisateur

S’il dévore tout ce qui a été écrit autour du roman de Charlotte Brontë au moment de tourner Jane Eyre, rien de plus normal pour lui. C’est toujours chez Steve McQueen que son engagement se mue en véritable abandon. Il n’y a qu’à voir Shame, pour lequel il se retrouve prisonnier d’un corps de mâle intoxiqué de désir de chair. « J’étais à poil au sens propre comme au figuré. C’est certainement le film qui m’a le plus poussé dans mes retranchements. Grâce à Steve, j’ai appris qu’on avait le droit de se tromper et surtout à faire confiance à mon instinct. »

Chez Michael Fassbender, il y a une recherche de physicalité frappante. Ses personnages, il les aborde d’abord par le corps. Sa perte de poids spectaculaire pour Hunger ? Hors sujet. « Dix semaines de régime. Une question de discipline, nécessaire à la scène de face à face, le pivot du film, qui était notre priorité absolue.» Dans Hunger comme dans Shame, le corps est un moyen de défense, de résistance.

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Une séance de psychanalyse qui claque avec Keira Knightley dans A Dangerous Method, de David Cronenberg (2011). A droite, dans la peau synthétique de David, dans Prometheus, de Ridley Scott (2012).

Lorsque Michael Fassbender pose les bases de la psychanalyse pour David Cronenberg, dans A Dangerous Method, c’est encore une fois par le corps qu’il laisse transparaitre les inhibitions sexuelles du personnage du Dr. Jung. Un corps qui contredit son discours et ce qu’il représente en tant qu’homme de science.

Quand il embarque pour la première fois avec Ridley Scott pour camper David, le majordome humanoïde de Prometheus, c’est la démarche d’un champion de plongeon qui lui apparait tout d’abord. « J’ai pensé à Greg Louganis et à sa façon amusante de marcher avant de s’élancer du plongeoir. Et puis il y avait une économie de mouvement. J’ai pensé que cela correspondait bien à David. J’avais envie de m’amuser autant que possible avec ce personnage, et amener le public à se demander s’il se moque du monde ou s’il est vraiment comme ça. »

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A gauche, Michael Fassbender et Ridley Scott sur le plateau de Prometheus (2012). A droite, on le retrouve en compagnie de Diane Kruger dans Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino (2009).

Ses réalisateurs passés au crible

Michael Fassbender a gagné ses galons en observant. Et ce, depuis son tout premier cachet de comédien en 1994, où il jouait l’une des méchantes sœurs de Cendrillon dans Fairytales Fairytales 1, 2, 3, une pièce de son ancien prof de théâtre. « J’avais les cheveux longs à l’époque, c’était parfait. » se marre-t-il.

Chez Steve McQueen, il est frappé par son humanité, cette remarquable confiance en lui qui lui permet « de ressentir de l’empathie, même pour les âmes les plus sombres. » Il est acquis au talent de conteur de Ridley Scott dès leur première rencontre. L’intelligence et l’accessibilité du réalisateur de Blade Runner et Alien (deux des films cultes de Michael Fassbender) le séduisent. « Il m’a raconté comment, pour son premier film, il travaillait avec une caméra dans une main et le manuel d’instruction dans l’autre ! »

Il salue le désir d’expérimentation de Steven Soderbergh (Piégée) et la capacité de David Cronenberg à laisser les acteurs investir l’espace. « David est très précis et sait construire autour de lui un environnement idéale à la création. Tous ces grands réalisateurs dont nous venons de parler savent laisser venir les choses à eux. Ca a été un plaisir de les observer en train de travailler », dit-il presque sur le ton de la confession, tandis qu’on l’imagine à se faire discret dans un coin de plateau.

Quant à travailler avec Quentin Tarantino pour Inglourious Basterds, c’est déjà un aboutissement en soi. « Son influence a été gigantesque. A 18 ans, j’ai mis en scène une pièce basée sur Reservoir Dogs. Tarantino est à l’origine de ma vocation. »

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A gauche : David Cronenberg donne ses directives à Michael Fassbender sur le tournage de A Dangerous Method (2011). A droite : il écoute Bryan Singer aux côtés de Alexandra Shipp (à droite) et Oscar Isaac (de dos), sur le plateau de X-Men Apocalypse (2016).

Le mot de la fin… de David Cronenberg

On le sait, c’est en rejoignant les rangs des mutants fétiches de Bryan Singer (depuis X-Men : le commencement) que la planète entière retient enfin son nom. Pour David Cronenberg, l’ascension de l’acteur n’est pas sans lui rappeler celle d’un certain Jude Law. « Lorsque Jude Law est venu sur eXistenZ, c’était la même chose. C’était le moment où il était sur le point d’exploser, explique le réalisateur à Entertainment Weekly au moment de la sortie de A Dangerous Method. Michael veut être considéré comme un acteur sérieux. Il est curieux de jouer le jeu des studios, mais ne se laisse pas berner par les sirènes de la célébrité. »

Son hyper exigence lui fait contempler l’aura de celui que beaucoup considèrent comme le Saint Graal fait comédien : Daniel Day-Lewis. « Pour moi, c’est le Tiger Woods des acteurs. On essaie tous d’approcher son niveau. » Tous, peut-être. Peu, comme lui, peuvent prétendre à en approcher l’étoffe.

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Dans Steve Jobs, de Danny Boyle (2015), Michael Fassbender joue avec Kate Winslet et Michael Stuhlbarg.
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Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

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