Everest, même sur le toit du monde, on ne reste que des hommes

Classé dans : Cinéma, Le 140 | 1

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Si vous avez manqué le début : Everest suit deux expéditions distinctes confrontées aux plus violentes tempêtes de neige que l’homme ait connues. Luttant contre l’extrême sévérité des éléments, le courage des grimpeurs est mis à l’épreuve par des obstacles toujours plus difficiles à surmonter alors que leur rêve de toute une vie se transforme en un combat acharné pour leur salut.

Que l’on soit clair immédiatement : Everest n’est pas un film catastrophe. L’héroïsme chevronné qui fait le sel du cinéma de grand spectacle américain s’abstient ici pour laisser la place à une symbiose poétique entre l’homme et la nature. Le pari est réussi ! Everest nous emporte au 7e ciel.

Là-haut, sur la montagne

Posez la question à un alpiniste et il ne saura vous dire pourquoi il aime la montagne. Il met sa vie en danger pour toucher le toit du monde sans que personne ne le lui demande. Il dépasse les limites de son corps pour avoir la chance de dire : « Je l’ai fait ». Pas de mensonge, alors. On ne trompe ni l’Everest, ni ceux qui y ont posé le pied. Dans les traces de George Mallory et Andrew Irvine, célèbres alpinistes britannique disparus pendant l’ascension, en 1924, puis Edmund Hillary et Tensing Norgay, premiers à avoir vaincu le sommet de l’Himalaya, en 1953, les tentatives se sont succédées. L’Everest est devenu une destination touristique et les expéditions commerciales se sont multipliées. C’est dans ce contexte que se pose l’histoire (vraie) de notre film. Everest, retrace l’épopée de l’équipe menée par Rob Hall, en mai 1996, dont Jon Krakauer fera le récit dans son livre « Tragédie à l’Everest ». Pour tous ceux qui ne connaissent pas ce chapitre de la grande histoire de l’alpinisme du XXe siècle, nous en tairons les détails pour vous laisser la surprise.

 

 

Hymne au respect

Doutes, peurs, joies, peines, amour… Toutes les émotions sont exacerbées et notre volonté est remise en doute lorsque l’on s’approche du but. Comme ces alpinistes, le réalisateur Baltasar Kormakur a su se concentrer sur un seul objectif : respecter l’idée que rien ni personne ne peut surpasser les éléments, que ce sont eux qui choisissent si vous vivrez ou non. Son film est une ascension respectueuse. La vanité n’existe pas dans ses images. Il cède volontiers la place du spectaculaire à une caméra plus intimisme. Le but de son film, contrairement à ce que laisse penser la terrible bande-annonce, n’est pas de transcender l’héroïsme de l’être humain, mais bel et bien de comprendre cette force qui le pousse, contre toute logique, à monter toujours plus haut. C’est réussit. Nous faisons partie du voyage.

Un casting de choix

Un Jason Clarke barbu, à qui la parure montagnarde sied plutôt bien, tout en intonations, suffit pour faire passer l’émotion sans tomber dans les pièges du pathos tragico-larmoyant. Nul doute qu’il mène le film comme Rob Hall, son personnage, mène ses hommes. En second de cordée, Josh Brolin livre un superbe personnage contrastée entre l’image du Texan prétentieux et l’homme qui découvre l’humilité. Ici encore, Baltasar Kormakur y incruste sa volonté de faire tomber les masques des a priori pour ne donner qu’un visage humain aux clichés. Derrière Brolin vient Michael Kelly (House of Cards). Dans les bottes de Jon Krakauer, il est la mémoire de ce film. Son récit donnera les détails de notre histoire. On regrette cependant que le réalisateur n’ait pas utilisé sa fonction de journaliste pour interroger davantage la nature même de cette cordée. Le personnage passe presque à la trappe. Dommage.

Robin Wright, Emily Watson, Sam Worthington, John Hawkes, Keira Knightley… Tous aussi bons soient-ils, c’est de l’outsider Jake Gyllenhall que vient la surprise. Il est l’alpiniste Scott Fischer. Celui qui brave la montagne quel que soit le danger. Celui dont le comportement exprime le plus la folie, l’ivresse du sommet, la passion. Il est celui qui détient la réponse à notre question « Pourquoi faites vous cela ? » Le dépassement de soit ? La gloire ? L’envie ? La liberté ? Everest pousse à l’introspection. Spectateurs, après avoir vu ce film, posez-vous la question : pourquoi l’avez-vous aimé ? Vous verrez que vous vous sentirez, vous aussi, un peu alpiniste. Et c’est là toute la jugeote du réalisateur. En ne livrant pas les clés du récit, il laisse la libre l’interprétation au spectateur, chacun arpentant avec Everest le chemin qu’il comprend.

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J’aime regarder les choses, j’aime encore plus les sentir. Une histoire doit transporter, faire vibrer en bien ou en mal. Quelque soit le but, c’est le voyage qui reste le plus intéressant.

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