Les Fantômes d’Ismaël, dédales hantés

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Si vous avez manqué le début : isolé sur l’île de Noirmoutier pour préparer le tournage imminent de son prochain film, Ismaël Vuillard voit réapparaître sa femme, Carlotta, disparue vingt ans plus tôt. Aujourd’hui enfin apaisé dans les bras de Sylvia, ce retour met la vie du réalisateur sans dessus dessous.


Arnaud Desplechin est un pur produit de Cannes. Ces vingt-cinq dernières années il y a présenté la quasi-totalité de ses films, passant par la Semaine de la Critique (La Vie des Morts), Un Certain Regard (Léo, en jouant « Dans la compagnie des hommes »), la Quinzaine des Réalisateurs (Trois souvenirs de ma jeunesse), et bien évidemment la Compétition Officielle (La SentinelleComment je me suis disputé… (ma vie sexuelle), Esther KahnUn conte de Noël et Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des plaines). Aucun n’y a jamais été récompensé.
Supprimant la notion de compétition et permettant au cinéaste d’en donner le pouls, Cannes l’a invité à faire l’ouverture de sa 70è édition avec Les Fantômes d’Ismaël. Une expérience cannoise de plus en attendant, un jour peut-être, d’être le Président d’un Jury, lui qui a aussi été membre de celui de George Miller en 2016.

L’espion qui aimait

Les Fantômes d’Ismaël est un film purement Desplechien. On y retrouve les obsessions familiales et autobiographiques du réalisateur nordiste, les péchés mignons narratifs et les digressions qui habillent son cinéma depuis toujours.
Ainsi, Ismaël Vuillard, personnage déjà croisé dans Rois et Reines, prépare un film sur son frère diplomate qu’il soupçonne d’être un espion et qu’il a nommé Dédalus. Mais Dédalus est surtout l’alter ego de pellicule principal de Desplechin, qui a pris les traits à de multiples reprises de Mathieu Amalric, de Quentin Dolmaire dans Trois souvenirs de ma jeunesse et, ici, de Louis Garrel.
C’est malheureusement par ce film dans le film, mêlant le marivaudage à l’espionnage, que pêche Les Fantômes d’Ismaël. En s’éloignant du triangle amoureux qu’il dépeint brillamment dans sa première partie, Desplechin s’auto-caricature et le film perd la délicatesse qui était sienne dans l’observation d’une tragédie amoureuse en construction.

Puzzle décousu

Ecartelé entre un amour passé (Carlotta, absolue, insaisissable et passionnée) et une romance présente (Sylvia, apaisante, réservée et solitaire) Ismaël perd pied et se réfugie avec désordre dans l’écriture de son film.
C’est dans les dédales de son Dédalus que se perd le fantôme de Carlotta, personnage spectral sacrifié par une mise en abime et un montage chaotiques. Marion Cotillard y apporte néanmoins une aura de mystère dès son arrivée (que l’on imagine volontiers en Vénus sortie des eaux), tout comme Charlotte Gainsbourg amène une douceur solaire à la discrète Sylvia.
Ce scénario éparpillé façon puzzle donne la désagréable impression qu’il manque des bouts à ce film romanesque mais déséquilibré. Un problème de rythme que la version longue de 2h15, promise à l’international et diffusée au Cinéma du Panthéon à Paris, résout peut-être.


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One Response

  1. Emmy Kefallonitou

    Trop ambitieux et un peu de tout mais pas bien refléchi… trop long… bons et bels acteurs – pourquoi avoir accepté d’y jouer? Dommage…

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