Frank Turner attise les contraires

Classé dans : Le 140, Musique | 1

140 turner

Le troubadour punk-folk Frank Turner est de retour avec Positive Songs For Negative People. L’émotion de ce sixième album transpire toujours autant des mots et de cette voix rocailleuse.

Tout commença dans le punk pour Frank Turner. Ce qui n’est guère étonnant avec la voix des profondeurs et l’énergie nerveuse qui sont les siennes. En 2005, il quitte son premier groupe après une dernière tournée où les envies de meurtres prennent le dessus sur le plaisir de jouer ensemble. Ci-git Million Dead. Une libération pour l’anglais qui avait envie de plus de simplicité. Plus de simplicité, certes, mais sans rien renier en intensité. À l’énergie du punk, il décide alors d’insuffler le songwriting plus traditionnel du folk britannique.

Le garçon, qui n’a aucune envie de quitter la route, part seul en tournée, enchaîne les concerts et teste son nouveau style face à un public loin d’être acquis à sa cause. Lui qui a peur de s’entendre dire « Mais qu’est-ce qui lui arrive à Turner? Il se ramollit ou quoi? », conquiert les foules. Sa musique, même si plus acoustique, vit toujours dans l’urgence et son folk sous stéroïdes détonne. En résulte un record – plus de 1 700 concerts en dix ans -, et une participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Londres. Pas très punk, mais classe quand même.

Sir punk

Camarade de classe du Prince William au très huppé Eton College, petit-fils d’un businessman adoubé par la reine et étudiant en Histoire à la prestigieuse London School of Economics, Turner est ce qu’on pourrait appeler un punk à col blanc. Passionné par les petites et grandes histoires de son pays, il a l’Angleterre dans la peauPassionnante, la musique de Turner est toute entière résumée dans le titre de son 6ème opus, Positive Songs For Negative People. Mélancolique mais énervée, elle est la compagne parfaite de vos nuits noires car elle représente précisément la lumière au bout du tunnel.
Turner est tout sauf fataliste. Comme un coup de pied au fond du verre à moitié vide, ses chansons ont une urgence à délivrer leur message. Après tout, « We can get better because we’re not dead yet« , comme il l’assène dans « Get Better« . Il utilise toujours ses amours perdues dans des chansons aux accents d’hymnes universels, comme sur « Mittens« . Il vous rappelle que vous êtes capable de tout avec « Glorious You« . Sur « Out Of Breath« , sa voix rauque balancée le plus loin possible avec la même force qu’un Glen Hansard, touche au coeur. Sur la dernière chanson du disque, à fleur de peau, Frank Turner rend un hommage bouleversant d’honnêteté et de simplicité à Joshua Burdette, un de ses amis disparus. Guitare-voix, en live dans le club que tenait son ami à Washington, « Song For Josh » vous broie le coeur à chaque écoute.

Royal Deluxe

Si je peux me permettre un petit conseil, préférez la version Deluxe de l’album, Turner y présente une interprétation acoustique à quasiment tous les morceaux. Si, à la base, les chansons sont très bien produites, rocks et diaboliques, il est impressionnant de voir comment cet écorché vif arrive à donner deux identités différentes à un même morceau. C’est en acoustique que l’intensité de Turner prend toute son ampleur. Formidable conteur, son charisme et sa ferveur d’englishman le rendent capable de retenir le souffle de tout un auditoire. L’anglais porte en lui la capacité de donner à un stade de plusieurs milliers de personnes la chaleur et l’intimité d’un pub en fin de soirée. On oserait presque dire qu’à part lui, seul Bruce Springsteen en est capable. Et on se prend à rêver d’un très beau pont au-dessus de l’Atlantique.

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

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  1. […] Relire notre critique de l’album ici.  […]

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