Gus Van Sant : « Chaque génération d’ados réinvente l’humanité. »

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Gus Van Sant
Gus Van Sant en compagnie de Gabe Nevins et Taylor Momsen sur le tournage de Paranoid Park.
En 2007, Gus van Sant présentait Paranoid Park à la 60e édition du Festival de Cannes. Nous, on était allé siroter une menthe à l’eau avec lui pour causer de skate, de Marlon Brando, et de quête de vérité.

Vous étiez un accroc de la planche à roulette quand vous étiez (plus) jeune ?

J’étais loin d’être un as ou de faire tout ce que ce dont ces jeunes sont capables aujourd’hui. Quand je faisais du skate, personne n’allait rider des piscines vidées, et pour cause, il n’y en avait pas. Personne n’y avait encore pensé. Mais, même aujourd’hui, il y a toujours des gosses qui se font appeler des « street skaters », des skaters qui se contentent de rouler sans faire de rampes, de murs ou d’autres trucs acrobatiques dans le genre.

Comment avez-vous intégré la petite communauté de Paranoïd Park ?

Vous savez, eux étaient juste là pour skater. Pour eux, je crois que j’étais un peu comme le mec qui passait dans le coin. Je n’ai pas vraiment eu à me poser la question de l’adaptation à leur milieu.

Gus Van Sant

A propos de la façon de filmer Paranoid Park, votre directeur de la photo Christopher Doyle, parle de « chercher quelque chose de nouveau », de « faire du stop au lieu de prendre le train ». L’image vous parle ?

Le roman de Blake Nelson (dont est adapté le film, NDLR) tient du film noir, de l’enquête. Au final, on ne l’a pas du tout filmé comme ça. Visuellement, ce n’est pas le look que nous voulions lui donner… Par rapport à ce que dit Christopher, je suppose qu’il est plus facile de prendre le train que de faire du stop. Donc, au lieu d’opter pour la facilité, faire dans l’inattendu.

Plusieurs fois, on sent que vous vous mettez en retrait, comme pour laisser la caméra capter la vérité de l’instant…

C’est généralement ce que j’essaie de faire, d’utiliser la caméra comme un enregistreur. Elle est capable de beaucoup de choses incroyables, comme d’enregistrer quelque chose que vous n’aviez pas envisagé dans votre structure initiale, quelque chose de tapie derrière votre construction. En terme de jeu de comédien, cela me fait immédiatement penser à Marlon Brando, qui est à la fois dans la construction et la déconstruction au même instant. En regardant l’un de ses films, vous ne pouvez jamais vraiment dire « voilà le VRAI Brando », alors qu’en même temps, il le laisse filtrer tout du long. Donc, oui, j’essaie de prendre du recul, de voir au travers de la réalité de la situation… et même sans avoir Brando comme sujet.

Gus Van Sant

Comment cela s’est-il manifesté pendant le tournage ?

Je crois que c’est quand on filmait les comédiens. Parfois, il s’agit de l’endroit où positionner la caméra. On essaie de ne pas être intrusif. Nous étions partis sur une idée qui n’a pas véritablement percée : ne jamais regarder dans le viseur pour simplement pointer la caméra dans une direction et laisser les imperfections du cadre se muer en quelque chose de plus organique. Nous avons essayé de le faire en ce sens mais, fréquemment, on se rendait compte qu’on se remettait à regarder par le viseur de la caméra, à recadrer… En terme de direction d’acteurs – paradoxalement, ce terme est peu approprié à la situation –, cela signifie ne pas les pousser dans une direction, stylistiquement parlant. Je me pose plus en observateur de ceux qu’ils ont l’habitude d’être.

Votre démarche s’inscrit toujours dans cette quête de vérité.

D’une certaine vérité, oui.

Comment envisagez-vous vos jeunes comédiens non-professionnels ? Comme des pages blanches ?

Disons qu’ils débarquent sans être parasités par la technique. Mais ce n’est pas non plus comme si je créais à partir de rien. J’embauche ceux qui ont une aptitude naturelle. Après, je leur donne juste l’occasion de rester naturel, en aucun cas pour les reformater dans quelque sens que ce soit.

Gus Van Sant

On sent chez vous une certaine forme de fascination pour l’adolescence. Que cherchez vous en sondant la psyché adolescente encore et encore ?

Je ne sais pas si c’est véritablement de la fascination. Je suis juste curieux de cette étape de la vie d’une personne où ils ont à s’affirmer, à se faire leur propre point de vue sur le monde, indépendamment de la sphère familiale et de l’éducation qu’ils ont reçu. En quelque sorte, chaque génération d’adolescents réinvente l’humanité à la base. De 13 à 20 ans, ils sont plutôt occupés à le faire. Après 20 ans, à partir du moment où ils « renaissent » dans la société normale, quelque soit le cheminement parcouru et le stade de leur réflexion, soit ils se mettent à vivre selon de nouveaux idéaux, soit ils peuvent rester dans leur adolescence… comme c’est mon cas.


Jusqu’au 31 juillet 2016, redécouvrez tout le cinéma de Gus Van Sant dans la belle exposition-rétrospective que lui consacre la Cinémathèque Française.
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Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

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