Keep rockin’ in the free world

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SlideGénérationBataclan

 

Depuis vendredi soir, j’ai autant de mal à trouver le sommeil que mes mots. Depuis vendredi soir, mon monde n’est qu’images et sidération. Notre monde. La stupeur des premières informations, l’angoisse de l’attente, l’incompréhension, la colère de voir l’immense tristesse qui nous avait déjà tous étreint en janvier de retour… Voilà tous les sentiments par lesquels je sais que bon nombre d’entre vous êtes passés.
Vendredi soir, je n’ai perdu personne au Bataclan, au Carillon, à la Belle Équipe, au Petit Cambodge ou au Stade de France. Je n’ai perdu personne et en même temps je pleure 130 disparus. J’aurais pu être l’un de ceux-là. C’est ce que beaucoup de mes amis se disent aujourd’hui. Ce que beaucoup de jeunes Parisiens pensent en voyant les noms, les âges et les si beaux visages défiler dans une funeste litanie.
Paris, c’est une partie de moi. Le début de ma vie d’adulte et aujourd’hui le symbole même de la fin de mon innocence. J’ai travaillé et vécu à quelques encablures de ces lieux hier chéris, aujourd’hui meurtris et demain réinvestis, parce qu’il le faut.

Je suis aussi cette jeunesse choisie, visée et blessée par ces attaques. Celle qui va, vis et deviens, envers et contre tout. Le 13 novembre, c’était un vendredi soir, le soir des fêtards et des gens heureux. Le soir de ceux qui vont voir un match de foot, boire un verre en terrasse, découvrir un bonne table ou s’exciter au son d’un bon vieux rock.
La jeunesse, c’est tout ça à la fois, et c’est ce dont on essaye de la priver. « Essaye », car c’est raté. Plus que jamais nous allons aimer, boire, rire et chanter. Pour Thomas, Marie, Amine, Lola, Mathias, Christophe, Djamila, Mathieu, Véronique, Elif, Guillaume, Nick, Hodda et les centaines d’autres tués ou blessés vendredi en faisant ce qu’ils aimaient, ne nous laissant d’autre choix que d’être deux fois plus vivants. Une fois pour nous et une fois pour eux.

Depuis vendredi soir, je n’arrivais pas à écouter de musique. Mais se sentir coupable de retrouver l’enthousiasme à l’écoute de mes chansons préférées, des morceaux qui soulagent (un peu) la peur ou la peine, c’était leur donner raison. Hier matin, John Oliver m’a ouvert les yeux. En ajoutant une minute d’insultes à nos minutes de silence, il m’a redonné de l’élan. Il a hurlé tout haut ce que je n’avais encore pas la force d’exprimer : la rage et la colère face à tant d’injustice et surtout de bêtise.
Je suis cette fille qui se secoue sur Eagles of Death Metal, qui ravale ses larmes en écoutant Frank Turner, qui sourit et danse irrémédiablement dès qu’elle entend les premières notes d’un morceau de Stevie Wonder.
J’en ai passé des soirées au Bataclan à prendre mon pied en musique et, en abominable pervertie, je compte bien continuer à le faire en mémoire de mes frères et soeurs, enfants du rock.

Ici, avec Christophe et Clément, c’est notre espace de liberté. Un espace où l’on fait vivre notre amour de la culture et de la musique, et dont on parle bien souvent accoudés au bar ou chillant en terrasse.
Je suis sûre que la musique adoucit les meurtres, même un peu, même pas longtemps. Alors voici une petite playlist de titres qui font du bien, qui soulagent, qui défoulent, qui nous rappellent ce que l’on vient de vivre mais aussi, et surtout, notre amour de Paris, de la musique et de la vie. Car Paris est à nous et que la vie est une fête.

Fluctuat nec mergitur.
Clear eyes, full hearts, can’t lose.
Peace, love & death metal.

A écouter aussi sur Apple Music ici.

 

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2 Responses

  1. […] mois-ci plus que jamais, nous avons écouté de la musique. Il le fallait. Et car, comme le chantait Bernard Lavilliers, la musique est un cri qui vient de […]

  2. […] peut-être plus que n’importe quelle autre année, fut musicale. Surtout sur la fin. Mais si l’on ne devait garder que dix albums, dix artistes, ce seraient ceux-là : un […]

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