Et si Kristen Stewart était la dernière rebelle d’Hollywood ?

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Kristen Stewart
© Yu Tsai
Elle a croqué du vampire et a désormais la liberté dans la peau. En 2014, au Festival de Cannes, on avait rencontré la vraie Kristen Stewart dont le caractère entier, l’image médiatique et le potentiel servait de catalyseur au Sils Maria, d’Olivier Asssayas.
De retour sur la Croisette, elle défend cette année deux films : Café Society, de Woody Allen, et Personal Shopper, d’Olivier Assayas, pour lequel elle pourrait rafler un prix d’interprétation. Dis-moi dans quel film tu joues, je te dirais qui tu es…

C’est quoi être rebelle aujourd’hui ? Dans cette formidable industrie du tout-formaté qu’est devenu Hollywood, on a parfois la curieuse sensation de se heurter à un bug sémantique. Aux rebelles se substitueraient les « re-belles », soit de jeunes comédiennes au plan de carrière millimétré, et dont l’ambition se résumerait à être belle plutôt deux fois qu’une. Chaque film serait l’occasion d’une nouvelle mise en valeur. Et lorsqu’elles oseraient sortir des sentiers battus, elles ne feraient que prendre des risques préalablement calculés, à la manière d’un business plan bien huilé.

Kristen Stewart n’est pas cette fille-là. En 2014, quand on l’a rencontré au Festival de Cannes pour discuter de Sils Maria, d’Olivier Assayas, sa liberté de ton a vite fait d’envoyer balader l’image boudeuse de l’ado période Twilight, en même temps que ses airs de bêcheuse qu’elle n’était, en fait, pas vraiment.

 

Sils Maria
Kristen Stewart dans Sils Maria, d’Olivier Assayas (2014).

« OK, ça m’arrive de dire « fuck ». Ce n’est peut-être pas ce que je devrais faire quand je suis en interview. Mais ce n’est pas de la provocation. C’est une respiration. » Les acteurs en représentation permanente l’insupportent. « J’ai envie de leur dire : « Les mecs, vous êtes tellement transparents… Vous ne pourriez pas juste être normaux ? Vous n’êtes pas dans un film, là. Ici, c’est la vraie vie ! » » On ne la fait pas à une fille qui en a vu défiler d’autres.

Avant même son premier rôle à l’âge de 10 ans dans The Safety of Object (dissection de la famille américaine trop ambitieuse pour sa réalisatrice Rose Troche), elle grandit sur les plateaux TV et ciné entre une mère script et un père régisseur. Aussi, lorsqu’elle rencontre Juliette Binoche pour Sils Maria, le naturel et l’énergie de celle avec laquelle elle va passer deux mois d’un tournage complice lui parlent immédiatement. Si le film d’Olivier Asayas en dit long sur le milieu du cinéma, pour Kristen Stewart, ce sera une véritable mise en abyme.

 

Filmographie de Kristen Stewart

 

La mise à nue de Kristen Stewart

Dans Sils Maria, Kristen Stewart joue le rôle de la jeune assistante, à la fois conseillère attentive et parfois rivale involontaire, de la grande actrice en pleine remise en question incarnée par Juliette Binoche. Stewart joue avec une spontanéité indéniablement proche de qui elle est. Une approche plus vraie qu’elle a aimé retrouver chez Binoche. « Juliette ne simule jamais rien. Pour elle, ce serait un manque de respect pour le film. En cela, nous sommes très similaires. On ne sait jamais sur quoi elle va partir. Elle est dingue. Je l’adore. »

Stewart prend plaisir à l’observer. Elle est intarissable sur le sujet et l’incroyable énergie que déploie la française. « Juliette parle, parle, parle, parle, parle, pense au texte, en analyse chaque aspect. Puis elle parvient à mettre tout ça en pratique, alors qu’avec certains acteurs avec lesquels j’ai travaillé, ils ont beau tout intellectualiser, on ne voit jamais à quoi ça leur a servi au moment du tournage. Juliette, elle, est très cérébrale, tout en étant capable de digérer cette préparation. Généralement, ce sont deux façons de faire qui ne vont pas ensemble. Moi, je ne ressasse pas répliques. Je ne les relis que dix minutes avant de tourner. J’ai l’impression que si je les connaissais par cœur, ça m’enlèverait l’expérience que je pourrais retirer de la scène. »

 

Sils Maria
Juliette Binoche et Kristen Stewart dans Sils Maria, d’Olivier Assayas (2014).

Comment on la perçoit

A la relation si particulière qu’entretiennent les personnages de Stewart et Binoche dans Sils Maria, se superpose un dernier rôle de femme, qui met en lumière la perception commune que le public peut avoir d’elle. La jeune Chloé Grace Moretz, qu’Assayas n’aura certainement pas casté par hasard, joue Jo-Ann, une étoile montante hollywoodienne, star de blockbusters et des tabloïds, qui saisit l’opportunité de travailler avec la grande actrice, incarnée par Binoche, pour donner une nouvelle direction à sa carrière.

Au détour d’une scène de débat sur l’un des films dans lequel Jo-Ann incarne une mutante, Kristen Stewart tente de convaincre Juliette Binoche de la valeur de cette interprétation. En gros, Jo-Ann a beau camper une mutante, elle doit composer malgré tout avec l’éventail des émotions humaines. Un discours que Stewart aurait parfaitement pu servir pour défendre son rôle iconique de Bella, l’amoureuse mordue de vampires.

A cette idée, un sourire entendu se dessine sur son visage. « Vous avez parfaitement raison. Jouer un vampire ou un mutant est peut-être une convention, mais pas plus stupide que n’importe quelle autre convention. Je sais qu’il y a une tendance à prendre les blockbusters de haut. Ceux que je fais, je ne les fais pas pour les raisons qu’on pourrait supposer. Je ne les ai pas faits parce qu’ils pourraient aider ma carrière ou parce que je voulais être une star de cinéma célèbre. J’ai vraiment aimé ces histoires. Quand j’ai signé pour le premier Twilight, j’en étais complètement OBSÉDÉE ! Je suis américaine. J’ai été nourrie aux blockbusters. Je les adore. Mais je veux quand même qu’ils soient significatifs. »

 

Filmographie de Kristen Stewart

 

Sur la route de ses envies

Hollywood aime ses catégories. Stewart le sait, l’accepte, même si « personne ne veut être mis dans une boîte. Evidemment, c’est agaçant d’être toujours perçu comme la fille de Twilight, mais c’est ce que j’étais quand je me suis lancé dans cette saga.

Aussi longue qu’ait été son aventure vampirique (cinq films étalés sur cinq ans), la carrière de Stewart ne se résume pas à une série de Fascination-Tentation-Hésitation-Révélation. De la quête de liberté de Into the wild, elle se rappelle la découverte de cette communauté hippie, dans un lieu hors du temps, et le côté improvisé du tournage de Sean Penn. A l’écran, elle y est comme un ange égaré, troublé par l’arrivée du personnage d’aventurier d’Emile Hirsch.

Dans Les Runaways, qui suit la formation du groupe de Joann Jett, elle se mue en icone féministe, rockeuse sexy dans un univers dominé par les hommes, et fait des étincelles face à Dakota Fanning.

Mais c’est l’expérience de la liberté de Sur la route, de Walter Salles, qui la marque le plus. Tombée amoureuse du roman culte de Kerouac, elle découvre Burroughs, Ginsberg, tous les poètes, les musiciens de la beat generation, et prend goût à la lecture. Son rôle de Marylou a, pour elle, un parfum de challenge et de désinhibition enivrant. « Je dis toujours que je ne veux pas faire quelque chose si cette chose ne me fait pas peur. Parce que je sais qu’il y a là quelque chose à explorer. J’avais à peine achevé le tournage de Sur la route, que je devais déjà enchainer avec le dernier Twilight. Et je n’étais pas du tout prête à y retourner. Mon esprit était resté là-bas… Je n’avais pas eu le temps de laisser le rôle de Marylou derrière moi. »

Sils Maria
Kristen Stewart remportera le César du meilleur second rôle féminin pour Sils Maria, d’Olivier Assayas (2014).

Quand le système vous rattrape

Kristen Stewart est une instinctive qui fonctionne au coup de cœur, à la rencontre avec un réalisateur, une histoire, et à l’expérience qu’elle pourrait en tirer. « Ce qui me plait dans mon travail, c’est qu’il me permet de rencontrer des gens qui révèlent des côtés de moi que je ne connaissais pas encore. Le calcul, ce n’est pas ma tasse de thé. Je ne réfléchis jamais à où un film me conduira, comment il pourrait être perçu, si c’est dangereux pour moi ou pas, comment ça peut façonner mon image dans les médias… Quand vous réfléchissez comme ça, au final, vous ne faites jamais rien réellement pour vous. Vous passez votre temps à penser à ce qu’attendent les autres. Je crois que ça me ferait produire un travail absolument horrible ! »

Elle qui semble si consciente du milieu dans lequel elle évolue, revient sur les dérives de la relation absolue décrite par Assayas, où les deux femmes sont tout à la fois amies, mères, sœurs. Un trop plein d’intimité en vase clôt qui finit par faire exploser les tensions. « Elles sont obsédées l’une par l’autre parce qu’elles ne parviennent pas à définir cette relation qui les rende si mutuellement dépendante. Je n’avais jamais vu personne faire un film sur le sujet ! Ce type de relations est monnaie courante dans ce milieu. Sur les tournages, vous êtes parfois isolés du reste de l’équipe. Ils ne sont pas autorisés à vous parler. Ca n’a rien de très agréable… Vous êtes très seule. C’est tellement bizarre que vous êtes parfois obligé d’engager un ami. » Un ami-agent. Un agent-ami. Celui de Stewart se nomme Ruth Bernstein. Un agent censé servir ses intérêts qui, pourtant, n’hésitera pas à raboter cet entretien* malgré l’envie indéniable de sa protégée/cliente de partager son expérience du film d’Assayas. Etrange milieu qui vous fait croiser d’improbable personnage…

 

Filmographie de Kristen Stewart

 

Kristen s’y projette-elle passé la quarantaine, cap si délicat pour les actrices, également évoqué par Sils Maria ? « Je ne pense jamais à ça ! » se marre-t-elle. « Pour moi vieillir, c’est gagner en force. Mais ça ne vous enlève rien de ce que vous êtes. Si jamais je deviens vieille et moche, et bien je ferais autre chose, voilà tout. »

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Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

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