La loi du marché, du réel sans réalisme

Classé dans : Cinéma, Le 140 | 1

140 la loi du marché

Si vous avez manqué le début : Thierry, la cinquantaine fuyante et chômeur en fin de droit, accepte un poste de surveillant dans un supermarché. Mais l’homme est un loup pour l’homme, c’est la loi du marché.

Enième tentative d’oeuvre sociale dans cette France de 2015 qui ne sort pas de la crise, La loi du marché voudrait lorgner du côté des Dardenne ou de Loach mais n’en a pas la hargne, la faute à un sens du récit trop didactique. Au contraire des auteurs de Deux jours, une nuit et de La part des anges, Brizé n’insuffle pas la vie. Il filme certes ce combat pour la réinsertion avec pudeur, mais sans âme. Sans rien embellir mais sans rien nous épargner non plus.

Vincent Lindon, dont le naturel injecte douleur sourde et dignité à son personnage, est le seul point d’ancrage du réalisateur dans ce réel qu’il aimerait dénoncer. Stéphane Brizé enchaîne les séquences proches du documentaire, nous immergeant dans des faces à faces à la violence sourde : Thierry face à ses anciens collègues syndicalistes, Thierry face à un inutile conseiller Pôle Emploi, Thierry face à l’incompréhension de sa banquière, Thierry face au directeur d’école de son fils handicapé, Thierry face au jugement de ses camarades de formation à l’entretien d’embauche… En plans serrés, ne laissant ni échappatoire, ni respiration (ni mise en scène), Lindon imprime l’écran. Portant le film sur ses épaules, il est de chaque plan, de chaque silence, de chaque regard en coin. Face à des comédiens non-professionnels qui jouent probablement ce qu’ils sont dans « la vraie vie », il impressionne, humble, en self control jusqu’au trop plein.

Mais il s’agirait aussi de faire du cinéma et Stéphane Brizé ne préfère pas, abandonnant son personnage et son spectateur à leurs doutes et à leurs prises de décision. Pour Thierry, vaut-il mieux avoir un emploi, quitte à renoncer aux valeurs humaines les plus élémentaires et mettre d’autres que soi dans la merde ? Et pour le spectateur, La loi du marché est-il vraiment aussi proche de la réalité qu’il souhaite le faire croire ? Dans Jamais de la vie, il y a quelques semaines à peine et pour un personnage proche de celui de Lindon, Pierre Jolivet choisissait la révolte, le basculement vers la violence. Brizé, pour le sien, évite tout de même la solution de facilité que serait la résignation, dans un dernier sursaut d’amour propre. Provoquant parfois plus la gêne et l’ennui que la compassion, La loi du marché est une éprouvante plongée dans un cinéma du réel qui manque pourtant un peu de réalisme. 

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

One Response

  1. […] Il faudra compter sur le fougueux Mustang, de Deniz Gamze Ergüven, Fatima, de Philippe Faucon, La loi du marché, de Stéphane Brizé, Mon roi, de Maïwenn et Trois souvenirs de ma jeunesse, d’Arnaud […]

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