La Tête Haute, une ouverture en forme d’uppercut

Classé dans : Cinéma, Le 140 | 1

140 La tête haute

Si vous avez manqué le début : Le bureau d’une juge des enfants à Dunkerque. Malony, 6 ans, joue aux Lego pendant que sa mère, cagole dépassée, jette l’éponge en même temps que son petit. Dix ans plus tard, après avoir poussé de travers malgré le tuteur de la justice, Malony est un petit caïd, prêt à basculer vers le point de non-retour.

Présenté en ouverture du Festival de Cannes, les comparaisons faciles envers La Tête Haute ont fleuries dès la sortie de salle : la grâce indomptable de Mommy par ici, la sincérité de States of Grace ou la dureté fataliste de Polisse par là. Mais si Emmanuelle Bercot est effectivement proche du cinéma de Maïwenn elle a prouvé, notamment avec Elle s’en va, qu’elle préférait observer plutôt que dénoncer. La preuve par l’image. Ses films se regardent presque plus qu’ils s’écoutent, les gestes distillés au hasard des plans valant parfois beaucoup plus qu’un grand discours. Ici une main tremblante au-dessus d’un bureau, des poings qui se desserrent sur une table de massage ou un « jt’aime » chuchoté dans un resto vide.

La tristesse muette de s’être fait abandonner puis balloter durant l’enfance laisse place à la rage bouillonnante et à la colère de l’adolescence en roue libre. Malony dérape à la fois pour meubler sa vie, se prouver qu’il existe, mais aussi car c’est la seule chose que l’on attend de lui. C’est ce déterminisme social qu’observe Emmanuelle Bercot dans La Tête Haute, celui qui pousse l’adolescent à ne tomber que sur des culs-de-sac alors qu’il cherche une échappatoire. Le film se veut réaliste mais se heurte justement au réel en faisant du personnage de la mère paumée le cliché de la prolo aux cheveux gras et dents pourries. L’interprétation sans retenue de Sara Forestier ne faisant qu’augmenter le malaise. Mais Bercot se rattrape en rendant hommage au travail dantesque des juges et autres éducateurs, parfois découragés et victimes du système, du manque de moyens et de la violence de plus en plus dure des situations auxquelles ils ont à faire face. Car c’est là que le message de la réalisatrice apparaît, quand elle démontre que ce n’est pas des dysfonctionnements de l’appareil judiciaire que découle la violence, mais du manque d’amour. A chaque semblant d’éclaircie, Malony éclate, donnant l’impression de tout envoyer valser de manière incontrôlable. Mais c’est la peur qui le contrôle : celle d’aimer mais de ne pas l’être en retour, celle de s’abandonner et de l’être une nouvelle fois, celle de s’ouvrir et de voir toutes les portes se refermer tôt ou tard. Il se débat avec lui-même, un baiser devenant dans un même geste un coup de boule. Rod Paradot, furieuse révélation, insuffle cette méfiance à l’égard de la vie avec une fragilité et une force déconcertantes. A ses côtés, Catherine Deneuve est d’une froideur bienveillante et Benoît Magimel intense et juste en (Pascal le) grand frère fragile et sur le fil.

Malgré certains déjà-vus dans le récit, La Tête Haute est un uppercut nécessaire porté par la fureur de vivre du novice Rod Paradot, dont la hargne harangue votre coeur avant de l’adoucir.

 

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One Response

  1. […] La tête haute, d’Emmanuelle Bercot et Marguerite, de Xavier Giannoli arrivent en tête des nominations 2016. Mais rien n’est encore joué. Il faudra compter sur le fougueux Mustang, de Deniz Gamze Ergüven, Fatima, de Philippe Faucon, La loi du marché, de Stéphane Brizé, Mon roi, de Maïwenn et Trois souvenirs de ma jeunesse, d’Arnaud Desplechin. En espérant que Florence Foresti, maîtresse de cérémonie, trouve les mots pour le rire, et mette enfin cette cérémonie sur orbite. On veut y croire. […]

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