La La Land, poussière d’étoiles

Classé dans : Cinéma, Home, Le 140 | 0

PopUp140LaLaLand


Si vous avez manqué le début : Mia se rêve en haut de l’affiche mais sert des cafés à Burbank, entre deux auditions-éclairs. Sebastian rêve d’avoir son propre club où il jouerait du jazz à l’ancienne, mais pianote des classiques sans saveur dans des restos où les clients ne font même pas mine de l’écouter. Ces deux là se croisent, se cherchent et finissent par se trouver dans le Los Angeles des rêveurs.


La La Land est un chimère, une utopie fantasmée qui sert de surnom à l’usine à rêves qu’est Hollywood. Un doux rêve dans l’esprit de l’artiste qui passe souvent sa vie à la recherche de cet idéal, par définition inatteignable. A travers l’histoire, a priori banale, d’un amour naissant, c’est cette quête et les désillusions qui en découlent qui ont inspiré Damien Chazelle pour son troisième long-métrage. Un petit miracle de film où la fureur de vivre de deux enfants du paradis fait briller les lumières de la ville et raisonner la mélodie du bonheur. 

Dès les premiers instants c’est un tourbillon romanesque qui emporte tout sur son passage, une prouesse de plan-séquence orchestrée par le virtuose Chazelle qui transforme une autoroute embouteillée en dance floor urbain, parabole du peu d’élus à pouvoir, un jour, avoir la chance de passer de l’autre côté de l’écran mais qui, toujours, espère.
Ne vous méprenez pas, si La La Land a les atours d’un hommage aux musicals d’antan, ou d’une comédie romantique ayant pour décor un Los Angeles de carte postale, il évite toute mièvrerie. Ce qui intéresse Chazelle c’est l’envers du décor, les moments charnières où la réalité prend le pas sur le rêve et où l’on doit décider si on est prêt à sacrifier ses ambitions personnelles au profit de son art. Une préoccupation contemporaine qui hantait déjà Whiplash, son dernier film.

Melancholia

C’est un cadeau que nous fait Damien Chazelle. Celui de revivre un âge d’or hollywoodien, oublié pour certains et inconnu pour d’autres. Inspirée par Jacques Demy, l’euphorie de sa mise en scène, lumineuse et acidulée, croise la flamboyance des chorégraphies de Vincente Minelli et la douce nostalgie des histoires de George Cukor. Mais le jeune trentenaire ne se laisse pas écraser par ses références et apporte une réécriture pop et moderne au genre, ainsi qu’un certain spleen, insaisissable et générationnel.

Le rêve et la réalité sont indissociables dans La La Land, et le choix entre l’un ou l’autre se joue souvent sur un coup du destin. Sur un rendez-vous manqué ou une sortie imprévue. Mia et Sebastian se nourrissent de leurs propres fêlures ainsi que des rêves et des ambitions de l’être aimé. Jusqu’à ce que la difficulté de se mettre à nu, les affres de la création et le poids des compromis ne deviennent une responsabilité trop lourde à faire porter à l’autre.

L’empathie est immédiate pour ces deux idéalistes dont l’audace et la passion sont menacées par le cynisme de la machine à rêves devenue photocopieuse. L’alchimie entre Ryan Gosling et Emma Stone, déjà palpable dans Crazy, Stupid, Love et Gangster Squad, devient ici une évidence. Le charme mutin de l’une, à la fois Cyd Charisse et Audrey Hepburn, s’accorde parfaitement à la pudeur subtile de l’autre, mélange de Gene Kelly et d’Elvis Costello. Imparfaits mais élégants, ils jouent (du piano ou la comédie), dansent et chantent sans doublures et insufflent à Mia et Sebastian une délicatesse bouleversante.

 

PopUpLaLaLand

 

Le tourbillon de la vie en Technicolor

Toujours sur le fil entre légèreté et nostalgie, La La Land est aussi une déclaration d’amour à Los Angeles. Comme le Paris de Mia Hansen-Løve, le L.A de Damien Chazelle est solaire, chaleureux et charmant. Aussi romantique lors d’un coucher de soleil à Griffith Park, qu’impressionnant dans les labyrinthes de la freeway. On se souvient des virées crépusculaires de Collateral, des lacets fantomatiques de Mulholland Drive, des demeures peuplées de regrets de Sunset BoulevardChazelle, lui, réinvente la ville en Technicolor, la rendant à la fois réelle et imaginaire.

Chef d’orchestre virtuose, il mène la danse de ce chassé-croisé amoureux avec une facilité de mouvement déconcertante. Son tempo infernal virevolte à l’unisson des notes de musique de son complice, Justin Hurwitz. Chazelle utilise la musique pour façonner la mise en scène quand Hurwitz, lui, s’inspire des images pour composer sa partition. C’est ce qui fait de leurs films des oeuvres libres et audacieuses et de leur collaboration l’une des plus complémentaire du cinéma contemporain.
Le musicien s’est plongé dans les classiques de George Gershwin, Cole Porter et évidemment Michel Legrand pour composer la partition de La La Land. « City Of Stars », « Another Day Of Sun » et la voix brisée d’Emma Stone sur « Audition (The Fools Who Dream) », sont la preuve que l’image et la musique peuvent dialoguer ensemble et vous faire chavirer par écran interposé. Aussi entêtantes qu’un « Singing in the Rain », qu’un « America » ou que la « Chanson des Jumelles », elles habitent déjà votre boîte à souvenirs.

À la fois enchanteur et désenchanté, La La Land ne laisse pas ses amoureux meurtris par les regrets et les souvenirs, mais les enveloppe d’une bienveillance douce-amère. Dans une séquence tourbillonnante et un dernier regard déchirant, Mia et Sebastian se disent, sans un mot, qu’ils se sont trouvé, aimé et perdu, mais que cela en valait la peine. Un pas de deux stellaire, une juste mélancolie.


Top Tw3ets


 

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Suivre Marine Bienvenot:

Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

Laissez un commentaire