Le disciple : nom de Dieu !

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Le disciple


Si vous avez manqué le début : Du jour au lendemain, un adolescent se met à appliquer jusqu’au délire les enseignements les plus extrêmes des Saintes Écritures.


Qu’on imagine un Exorciste inversé, où un cas de « possession divine » prendrait la place des blasphèmes, scarifications et autres jets de bile verdâtre jadis dégoupillés par William Friedkin. On se fera alors une idée du sentiment de terreur absolue qui émane de cet électrochoc à entrées multiples venu de Russie.

Je crois, donc j’applique

Pas d’effets spéciaux qui tiennent. Ici, tout passe par la puissance cauchemardesque des mots, l’autorité impitoyable de la mise en scène et le crescendo vertigineux d’un scénario dont l’audace, l’intelligence et le tempo ne laissent absolument aucun répit.

Pure émanation d’une époque où l’obéissance aveugle à des préceptes religieux dévoyés débouche dans le pire des cas sur les carnages qui ne cessent d’ensanglanter et de menacer notre civilisation depuis quelques années, le film s’empare d’une conception tout à fait recevable de la foi – « Je crois, donc j’applique » – pour délivrer un propos dont l’intelligence met littéralement le feu aux méninges en même temps qu’elle glace les sangs.

Sursaut d’épouvante et apocalypse verbale

Veniamin, lycéen plutôt beau gosse et apparemment bien sous tous rapports, découvre ainsi, quasiment à l’improviste, que la Bible et les divers évangiles ne disent que des vérités. La femme ne doit pas se montrer nue, un homme qui aime un homme se met en état de péché mortel, les rapports charnels équivalent à un aller simple pour l’enfer.

De temps en temps, des extraits des Saintes Écritures s’incrustent à l’image pour lui donner « raison », et chacune de leurs apparitions génère un authentique sursaut d’épouvante. Puis la machine s’emballe. Au fil d’une apocalypse verbale et visuelle presque insoutenable d’intensité, Venjamin devient fou, sème la confusion, l’inquiétude, la violence, la mort. Crucifié sur son fauteuil, le spectateur tétanisé n’en croit pas plus ses yeux et ses oreilles que sa morale.

Bombe d’intelligence et de modernité, Le Disciple regarde notre monde dans les yeux et nous incite à ouvrir les nôtres sans jamais oublier de faire œuvre de cinéma. D’où son impact, sa force et, à coup sûr, sa pérennité.


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