Le making-ouf de Star Wars – Episode IV : Un nouvel espoir

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Tout commence ici. Avec La guerre des étoiles, George Lucas pose la première pierre de son incroyable empire de l’image. Big bang sans précédent dans l’histoire de la science-fiction, La guerre des étoiles fait entrer le cinéma hollywoodien dans l’ère du blockbuster.

Il y a bien longtemps, dans une galaxie pas si lointaine, un homme rêvait des étoiles… Dans sa tête, des jeunes guerriers idéalistes sauvant d’audacieuses princesses, des planètes bigarrées, des batteries de créatures improbables, et puis, bien sûr, un combat du Bien contre le Mal sur fond de galaxie exsangue. Emporté par une passion dévorante pour sa « Guerre des étoiles », George Lucas va défier modes, conventions et grands studios pour créer un mythe cinématographique inégalé. Avec La guerre des étoiles (Star Wars Episode IV : Un nouvel espoir, pour être exact), le blockbuster est né. « Je ne l’avais vraiment pas prévu… Mais c’est devenu un tel phénomène ! »

George Lucas, à contre-courant

Il faut dire que, à l’époque où Lucas écrit la première mouture de ce qui constituera « La trilogie classique », il aurait fallu que le jeune réalisateur incompris de THX-1138 soit incroyablement prétentieux, voyant ou formidablement toqué pour être sûr de quoi que ce soit.

Quand Hollywood ne jure que par les antihéros, Lucas mise sur l’archétype du preux chevalier équipé toutes options (épée magique, belle à secourir, grand méchant à terrasser etc.). Cerise sur le gâteau, Star Wars est un film de science-fiction. Les tenants du titre plafonnent alors à 10 millions de dollars, exception faite pour La planète des singes et 2001, l’odyssée de l’espace. « Je n’avais aucune raison de penser que Star Wars connaîtrait un autre chemin. » Lucas marche contre le vent.

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Esquisses préparatoires de Ralph McQuarrie. A gauche, le Faucon Millenium. A droite, Luke (au centre) rencontre pour la première fois Chewbacca (avec une queue de diable) à la Cantina.

Les branchies de Han Solo

Brassant les mythologies anciennes et Tolkien comme les légendes arthuriennes, Homère et Flash Gordon, Lucas achève son premier script en 1973. Il s’appellera The Adventures of the Starkiller, puis The Star Wars. Il est question d’une alliance rebelle luttant contre un empire galactique tyrannique. Si le personnage de Dark Vador y est déjà défini, nos trois héros, eux, se cherchent encore. A un moment, Luke Starkiller est un général de 60 ans, Leia se fait appeler Zara et Han Solo est un extraterrestre verdâtre à branchies. Quant au concept de la Force, il est encore vague. Elle se manifeste alors sous la forme d’un cristal étincelant baptisé Kaiburr.

Le deal du siècle

Lucas a la foi, alors il fonce. Universal et United Artists lui claquent la porte au nez ? Qu’à cela ne tienne, il frappe donc à celle de 20th Century Fox. Cette fois, pour convaincre son auditoire, le réalisateur a fait appel aux talents de Ralph McQuarrie, artiste conceptuel de Boeing, qui planche sur les premières représentations dessinées de son univers étrange. Banco. Grâce au soutien d’Alan Ladd, un tout nouveau directeur créatif, la Fox lui accorde un budget de quelque 10 millions de dollars. Mais Lucas se méfie des studios. Alors, il tente le coup de bluff le plus prodigieux de l’histoire d’Hollywood en demandant 40% des revenus du film en salle, des droits de suite et du merchandising. Pourquoi la Fox refuserait-elle quand elle envisage le space opera comme un simple petit film ? Cet innocent marché se révèlera une mine d’or pour Lucas. Entre les sorties de La guerre des étoiles en 1977 et de La revanche des Siths en 2005, les produits dérivés auraient rapporté à eux seuls 4,5 milliards de dollars.

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Esquisses préparatoires de Ralph McQuarrie. A gauche, C-3PO ressemble étrangement à l’androïde de Metropolis. A droite, les membres d’ILM ont respecté à la lettre cette scène de bataille sur l’Etoile Noire.

Début des auditions

George Lucas partage l’espace de ses auditions avec son ami Brian De Palma, à la recherche d’acteurs pour nourrir l’adaptation de Carrie, de Stephen King. Avec ses traits de gentil garçon volontaire de 24 ans, Mark Hamill passe un bout d’essai pour le rôle de Luke. « C’était la scène où Luke et Han Solo sont dans le cockpit du Faucon Millenium. C’était bourré de termes pseudo scientifiques. Je trouvais ça ridicule. Je lisais mes répliques en me disant : « Mais qui peut bien parler comme ça ? » »

Si Harrison Ford lui donne la réplique, ce n’est que pour filer un coup de main à celui qui l’avait dirigé dans American Graffiti. Lucas ne souhaite que des nouveaux visages. « Mon boulot consistait à expliquer aux autres acteurs qui venaient auditionner ce que tout ceci était censé représenter », se souvient Harrison Ford. Le rôle sera pour lui malgré tout, bien qu’il s’en soit fallu de peu que ce ne soit Kurt Russell qui incarne Han Solo.

Du côté de la distribution féminine, Carrie Fisher montre qu’elle possède l’assurance nécessaire pour jouer la Princesse Leia. « En décrochant le rôle, on m’a stipulé qu’il fallait que j’aille en clinique d’amaigrissement pour perdre cinq kilos. Ils devaient certainement penser que je les perdrais du visage, mais ce n’est pas vraiment ce qui est arrivé », plaisante Carrie Fisher.

Cette distribution d’inconnus ne va pas aller pour rassurer la Fox. Même Alan Ladd, seul à avoir toujours soutenu Lucas, hausse un sourcil. « Je mentirais en disant que je trouvais Harrison, Carrie et Mark extraordinaires. Non. J’étais très nerveux face à ce casting. Mais je me disais que George savait ce qu’il faisait. »

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Tournage en Tunisie. A gauche, Mark Hamill trinque avec Alec Guiness et George Lucas. A droite, pause casse-croute pour Kenny Baker, coincé dans R2-D2.

Un tournage en pleine tempête

Si la conviction de Lucas demeure inébranlable, le tournage va pourtant la mettre à rude épreuve. Tandis que sa toute nouvelle société d’effets spéciaux, Industrial Light & Magic (ILM), s’attèle gentiment à la tâche, Lucas et sa caravane hybride, mi-anglaise mi-américaine, partent pour la Tunisie. Nous sommes en mars 1976 et ça commence plutôt mal. Pour leur toute première journée de tournage, le Sahara leur réserve un accueil au poil : l’une des chutes de pluie les plus importantes que la région ait connu en cinquante ans. Les deux premières semaines sont un cauchemar météo.
Les décors sont emportés au gré des vents. L’équipe se ratatine sous des températures étouffantes. De quoi crisper un brin Lucas. « C’était un vrai désastre ! Tout ça me dépassait complètement. Je ne savais plus quoi faire. J’étais déprimé. » Entre les pannes électroniques à répétition, R2-D2 pas fichu de tourner la tête et d’avancer en même temps, ou Anthony Daniels qui s’entaille le pied avec la jambière de C-3PO dès le premier jour, les dérapages s’enchaînent. Il semblerait que la Tunisie soit une terre hostile aux rêveurs.

Rires et tensions

Pendant ce temps, les Studios Elstree ont bâti des décors impressionnants près de Londres. Après la capricieuse Tunisie, Lucas est en droit d’espérer que les plateaux anglais soient plus dociles. Loupé. La législation anglaise impose l’arrêt du tournage à 17h30 et Lucas se sait déjà en retard.

Comme si cela ne suffisait pas déjà à son bonheur, l’équipe ne prend pas du tout le film au sérieux. « On avait une princesse avec des cheveux tressés bizarrement, un géant en costume de singe… C’était bizarre, vraiment très bizarre », se rappelle Harrison Ford. « George n’est pas un grand communicant. Un jour, il a perdu sa voix pendant quatre jours sans que personne ne s’en aperçoive. Nous avions projeté de lui faire une petite pancarte qui dirait « plus vite et plus intense », qui était sa directive numéro un », ajoute Carrie Fisher.

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Tournage dans les studios londoniens de Elstree. A gauche, Mark Hamill et Harrison Ford en pleine opération de sauvetage. A droite, George Lucas en plein… pétage de plombs.

Déjà frustré par les costumes et bons nombres de détails en deçà de ce qu’il imaginait, Lucas se heurte aussi aux caméramans. Mark Hamill sent que le réalisateur « est à bout de nerf » et essaie de le détendre en jouant la carte de l’humour avec la complicité de Carrie Fisher. « Pour La guerre des étoiles, je n’ai eu droit qu’à un seul costume. Comme George me disait qu’il n’y avait pas de sous-vêtements dans l’espace, ma poitrine était enserrée dans du ruban adhésif. Alors, pour l’amuser, je disais qu’on devrait lancer un concours à qui l’enlèverait. » En retard de déjà deux semaines, Lucas, lui, n’a plus trop envie de rire.

Réalisateur au bord de la crise de nerf

Après une fin de tournage en catastrophe, sous la pression de la Fox à bout de patience, Lucas doit reprendre le montage à la base et remonter les bretelles des artisans d’ILM. « Ils avaient dépensé la moitié du budget pour quatre prises inexploitables. A ce moment-là, je ne savais même pas si les vaisseaux finiraient par marcher. Je me sentais dans l’impasse et je ne voyais pas comment en sortir. » Le réalisateur craque. Un passage à l’hôpital plus tard, il est contrôlé positif à l’épuisement et à l’hypertension. En six mois, ILM réalise le travail d’une année. Lucas a repris les choses en main.

Mais La guerre des étoiles n’a toujours pas de bande originale. A l’époque où le disco bat la mesure du paysage cinématographique, le réalisateur défie la mode en faisant appel à John Williams, déjà oscarisé pour Les dents de la mer. En mars 1977, Williams dirige l’Orchestre Symphonique de Londres pour enregistrer l’intégralité de la musique de La guerre des étoiles en seulement douze jours. Lucas est sans voix. La musique de Williams est l’une des rares choses à transcender ses espérances.

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Grande première au fameux Chinese Theatre de Los Angeles, le 25 mai 1977.

Une première historique

Et le 25 mai 1977 arriva. A cran, Lucas assiste à la grande première publique. La salle est sous le choc. Alan Ladd se souvient « A la fin, le public était debout pour applaudir. Je n’ai rien vu de tel dans ma vie. » En l’espace de trois semaines, les actions de la Fox voient double et la société de production engendre le plus grand profit jamais réalisé en un an. Le succès du film est planétaire. Sur dix nominations aux Oscars, La guerre des étoiles rafle sept statuettes. La machine marketing se met en marche. Ce qui fait bien marrer Carrie Fisher. « Comme nous avons abandonné notre droit à l’image, quand je me regarde dans une glace, je dois verser quelques dollars à George. On n’est pas vraiment célèbre avant d’être distributeur de Pez. » L’histoire est en marche.

La suite de l’histoire, demandez-vous? Elle est dans le making-ouf de Star Wars – Episode V : L’Empire contre-attaque bien sûr.

MiniSommaireStarWarsNotre grand dossier Star Wars continue !

Où l’on vous raconte en détails toute l’histoire de la saga galactique, les années 1970 et l’ascension de George Lucas, les années 2000 et son retour tant espéré. Mais aussi une exposition d’artistes qui réinventent ce mythe de la SF, et le test du jeux vidéo Star Wars : Battlefront.

C’est par ici.
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Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

6 Responses

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