Le making-ouf de Star Wars – Episode V : L’Empire contre-attaque

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StarWars5IntroPopUpLe vent en poupe grâce au succès retentissant de La guerre des étoiles, George Lucas poursuit son épopée galactique avec L’Empire contre-attaque, libéré des pressions du tournage et de la Fox mais pas totalement tranquille pour autant.

Tandis que La guerre des étoiles triomphe aux quatre coins de la planète, George Lucas n’a qu’une seule idée en tête : tourner la suite qu’il conserve soigneusement dans ses tiroirs. Le réalisateur sent que, s’il souhaite se détacher du système hollywoodien et devenir indépendant, c’est maintenant ou jamais. « Ça ne me dérangeait pas que la Fox distribue le film, mais je ne voulais pas que le studio ait la main sur le scénario et me demande de modifier ceci ou cela. »

Aussi, Lucas va-t-il financer son film lui-même. Un pari audacieux, même si c’est la meilleure solution pour avoir le contrôle absolu sur son travail. Grâce aux recettes combinées de l’Episode IV et de ses produits dérivés, Lucas obtient le prêt nécessaire à la mise en orbite de son Episode V. Avec 25 millions de dollars, le budget original de L’Empire contre-attaque représente déjà plus du double de celui de son prédécesseur.

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Clap de début de tournage de L’Empire contre-attaque : 5 mars 1979. A droite, on ajuste les maquettes de AT-AT pour la bataille de Hoth.

Lucas, réalisateur ? Plus jamais !

Lucas réécrit son scénario en faisant appel à une alliée de poids : Leigh Brackett, romancière de SF qui décède malheureusement peu après la livraison du script. Lucas est dans la panade. Il se tourne vers Lawrence Kasdan qui revisite la copie de Brackett de fond en comble.

Afin de s’occuper de sa compagnie, Lucas va surtout chercher à se délester du poids de la casquette de réalisateur. « Réaliser, c’est s’exposer aux frustrations et aux colères constantes des autres, explique-t-il. Ça n’a jamais été quelque chose d’évident pour moi. Il était préférable de confier cette tâche à un autre. »

A la surprise générale, il propose le poste à Irvin Kershner, qui est loin de compter parmi les réalisateurs les plus convoités d’Hollywood. Ce dont Lucas se contrefiche. « Lorsque George m’en a parlé, j’ai tout d’abord refusé, se rappelle Kershner. Le premier était un tel phénomène qu’il était impossible de faire du second un film aussi bon. » Heureusement, son agent lui fera vite entendre raison.

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A gauche, surprenante évolution des rapports entre Carrie Fisher (Leia) et Peter Mayhew (Chewbacca). A droite, on brosse les limaces de l’espace dans le sens du poil.

Mime improvisé et classe de neige

Les petits bidouilleurs de génie de chez ILM s’activent déjà à la création de vaisseaux de plus en plus détaillés quand Irvin Kershner découvre à son grand dam que la Norvège, pour un tournage, est loin d’une sinécure. Le farouche pays scandinave va leur réserver un accueil de son cru, soit un des hivers les plus rudes depuis des décennies avec des températures frôlant les – 30°C et de la neige grimpant à plus de cinq mètres. Là, Kershner se demande ce qu’il est venu faire dans cette galère.

Mais il fallait bien ça aux plans nécessaires à l’incroyable bataille de Hoth (la planète glaciaire), qui constitueraient la séquence d’ouverture de L’Empire contre-attaque. « Il neigeait tellement qu’il m’était impossible de sortir de l’hôtel, se souvient le réalisateur. Il a fallu que l’on place une caméra dans l’encadrement d’une porte de l’hôtel pour pouvoir tourner les scènes où Luke devait fuir la créature des glaces. » En clair, l’équipe est bien au chaud à l’intérieur pendant que Mark Hamill, lui, galope dans la tempête à tenter de fuir une créature imaginaire.

Et Kershner n’est pas au bout de ses surprises. Très vite, il se découvre un lien de parenté avec le mime Marceau, contraint qu’il est de diriger une légion de norvégiens en doudounes, figurants les combattants terrestres, qui ne comprenaient pas deux mots d’anglais. Il faudra pourtant bien trouver un moyen de leur indiquer les positions d’ennemis qui n’étaient évidemment pas physiquement présents puisqu’ils seraient ajoutés plus tard au montage à grands renforts d’effets spéciaux.

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A gauche, Frank Oz, principal opérateur de la marionnette de Yoda. A droite, Carrie Fisher et le réalisateur Irvin Kershner se réunissent autour de l’opération de la main de Mark Hamill.

Yoda grime Einstein

Le casting s’est étoffé. Billy Dee Williams devient Lando Calrissian, magouilleur ascendant charmeur, quand Jeremy Bulloch revêt le heaume de Boba Fett, chasseur de prime intergalactique de son état, bientôt propulsé au rang d’icône de la trilogie classique.

Des nouveaux visages introduits par cet Episode V, c’est pourtant celui d’une petite marionnette de 75 cm qui marquera le plus les mémoires. Lui, c’est Yoda, maître Jedi à la peau verdâtre exilé dans une contrée hostile. Pour lui donner vie, le maquilleur Stuart Freeborn n’hésite pas à exploiter les traits amusants de son propre visage, en y ajoutant une étincelle d’intelligence tirée dans les rides d’Albert Einstein. Frank Oz et une équipe de trois marionnettistes se chargeront de l’actionner sur un plateau surélevé à 1,50 m du sol afin de le faire déambuler devant la caméra.

Pour Lucas, il s’agissait d’un véritable acte de foi. « Si cette marionnette n’avait pas fonctionné, qu’elle paraissait ridicule, c’est tout le film qui aurait perdu sa crédibilité. » Mark Hamill, lui, se souvient surtout du côté solitaire du tournage de ces séquences. « Pendant des mois, j’étais le seul comédien face à Yoda. Frank Oz restait sous le plancher à l’actionner avec son équipe. Tout ce que j’avais, c’était un écouteur dans l’oreille pour entendre leurs directives. »

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Seuls George Lucas et Irvin Kershner étaient dans la confidence des origines des Luke Skywalker. Petits cachotiers, va.

Je suis ton père… ou pas

Le tournage approche de son dénouement, et Mark Hamill s’apprête à apprendre une nouvelle qui le laisse sans voix : Dark Vador est son père (enfin celui de Luke Skywalker). Sauf que voilà, pour éviter les fuites éventuelles, seuls George Lucas, Irvin Kershner et les producteurs du film connaissaient le twist ultime du scénario. D’ailleurs, Lucas a pris soin de tout mettre sous clé, le script, ILM, absolument tout !

Alors, quelques instants avant de tourner la fameuse scène de la révélation des origines du héros, Kershner prend Mark Hamill à part pour lui expliquer le topo. Dans le costume de Vador, David Prowse, s’apprête à lui dire « Obi-Wan a tué ton père ». Kershner insiste sur le fait que la réaction de Hamill se doit d’être à la hauteur de l’horreur de cette révélation. Le film en boîte, la voix caverneuse de James Earl Jones reprend les répliques de David Prowse, comme à l’accoutumé. A une petite exception près.

Ce n’est qu’une fois en salle que Mark Hamill entend pour la première fois Dark Vador prononcer l’imparable « Je suis ton père ». Il croit d’abord à une erreur. Mais il n’y en a aucune. On l’a mené en bateau.

Le 21 mai 1980, lorsque L’Empire contre-attaque envahit les salles, George Lucas a explosé son budget de 10 millions de dollars et risqué de se voir retirer son prêt par la banque. Un stress rapidement épongé par les résultats délirants de l’Episode V, qui repoussent encore les records de La guerre des étoiles. Deux jours après sa sortie américaine le très respectable Washington Post voit rouge. « George Lucas a révélé que les deux films sont en fait les segments 4 et 5 d’une saga en neuf actes. Comme si le public irait un jour se taper l’intégrale de la même façon que des passionnés partent aujourd’hui à Seattle pour une semaine d’immersion complète dans l’oeuvre de Wagner. Inepties. » Un article incroyablement visionnaire, à n’en pas douter.

La suite de l’histoire, demandez-vous? Elle est dans le making-ouf de Star Wars – Episode VI : Le retour du Jedi bien sûr.

MiniSommaireStarWarsNotre grand dossier Star Wars continue !

Où l’on vous raconte en détails toute l’histoire de la saga galactique, les années 1970 et l’ascension de George Lucas, les années 2000 et son retour tant espéré. Mais aussi une exposition d’artistes qui réinventent ce mythe de la SF, et le test du jeux vidéo Star Wars : Battlefront.

C’est par ici.
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Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

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