Le making-ouf de Star Wars – Episode VI : Le retour du Jedi

Classé dans : Be kind, rewind, Cinéma | 4
StarWars6IntroPopUpGeorge Lucas n’a pas le droit à l’erreur. Au moment de boucler sa trilogie, ce sont des millions de fans qui l’attendent au tournant. Pression maximum, quand tu nous tiens.

Avec deux films à faire trembler le box-office et un empire en plein essor – Lucasfilm a pris ses quartiers au Skywalker Ranch, un complexe géant réunissant ses filiales ILM, THX, Skywalker Sound et Lucas Arts –, Lucas a gagné la tranquillité qu’il recherchait pour exercer ses talents de magicien. Aussi incroyable soit-il, le triomphe de L’Empire contre-attaque ne pouvait pourtant le mettre à l’abri de ce qui allait suivre.

StarWars6McQuarriePopUp
Esquisses préparatoires de Ralph McQuarrie. A gauche, Luke combat contre le rancor. A droite, la course-poursuite en speeder bike a déjà belle allure.

La retour du Jedi, par Spielberg

Mis à l’amande par ses pairs pour avoir osé placer le générique complet à la fin de l’Episode V là où il aurait dû figurer dès le début du film, Lucas reverse la coquette somme d’un quart de million de dollars de pénalités sans broncher avant de quitter la Director’s Guild of America. Se faisant, il se retrouve dans l’impossibilité d’embaucher son premier choix comme réalisateur : son ami et complice Steven Spielberg, toujours membre de la DGA, auquel il avait déjà confié ses Aventuriers de l’Arche perdue.

La marionnette de Lucas

Résumons nous. Spielberg est indisponible et Lucas n’a pas l’intention de remettre le couvert avec un Irvin Kershner qui, bien que talentueux, passait son temps à pinailler sur la moindre virgule du scénario. Ce qu’il lui faut, c’est un employé modèle, malléable, qui saurait mettre sa vision en image. Cet « homme providentiel » existe. Il s’appelle Richard Marquand.

StarWars6LeiaPopUp
A gauche, Carrie Fisher tente d’attirer l’attention de George Lucas. A droite, clap du tournage de Blue Harvest, le nom d’emprunt du Retour du Jedi.

« George cherchait un réalisateur jeune mais expérimenté, tout aussi capable de travailler rapidement que de diriger une équipe », déclare l’intéressé. Pour l’heure, le cinéaste gallois s’est tout au plus fait un nom d’estime grâce à L’arme à l’œil, un thriller sur fond de Seconde Guerre mondiale, avec Donald Sutherland.

Han Solo, mort et enterré

Avec un nouveau réalisateur aux commandes et 32,5 millions de dollars dans ses poches, la production se met en route pour un tournage entre les ateliers tout neufs d’ILM, l’Arizona, les forêts californiennes et les studios londoniens dès le mois de janvier 1982. C’était en tout cas le plan d’origine.

StarWars6SpeederPopUp
A gauche, tournage de la course poursuite en spider bike. A droite, toute l’équipe : George Lukas, Harrison Ford, Anthony Daniels, Carrie Fisher, Mark Hamill, Peter Mayhew et Richard Marquand.

Car, contrairement aux autres comédiens qui avaient immédiatement signé pour deux chapitres supplémentaires après La guerre des étoiles, Harrison Ford, désormais aussi célèbre pour son rôle de Han Solo que sous le stetson poussiéreux d’Indiana Jones, n’est pas encore de la partie. « Je sentais que Han Solo devait se sacrifier pour le développement des personnages de Luke et Leia. » Le discours de Ford est repris en chœur par Lawrence Kasdan, de nouveau scénariste. « Je pensais également que quelqu’un devait mourir mais George y était fermement opposé. » Ainsi, Han Solo ressuscitera-t-il de sa prison de carbonite dans laquelle on l’avait quitté à la fin de L’Empire contre-attaque.

Tournage incognito

Pour éviter de voir les coûts de production grimper en flèche tout en semant les fans en manque qui arpentent désormais tout le pays à la recherche des chevaliers Jedi, La revanche du Jedi (Revenge of the Jedi, son titre initial) masque sa véritable identité derrière un titre pas très glamour : « Blue Harvest – Horror Beyond Your Imagination » (littéralement « Moisson Bleue – L’horreur au-delà de l’imagination »). L’objectif est simple : passer inaperçu pour pouvoir travailler en paix.

StarWars6EtoileNoirePopUp
A gauche, Lucas et la maquette de la deuxième Etoile noire. A droite, la navette impériale en studio.

Parallèlement, les techniciens de Lucasfilm se sont encore surpassés. Ils réalisent même des prouesses, à l’image d’une course-poursuite en speeder bikes lancés à fond les ballons au travers d’une forêt de séquoias. Une armée de petits bonhommes pelucheux baptisés Ewoks vient grossir les rangs de la distribution. Un automate énorme et répugnant fait son apparition pour torturer Luke Skywalker et contraindre la Princesse Leia à porter le bikini…

Un réalisateur largué

Tout semble se mettre en place. Tout sauf Richard Marquand qui peine à trouver ses marques dans cet univers à part où il faut continuellement garder les effets spéciaux en tête pendant que l’on tourne.

« En fait, je crois que je n’avais pas réalisé que c’était plus facile pour moi de le faire, concède George Lucas. Confier ce travail à un autre, alors que Le retour du Jedi était encore plus complexe que les deux films précédents, n’était pas ce qu’il y avait de mieux. » Lucas finira donc par être sur le plateau tous les jours afin d’épauler le pauvre Richard Marquand. « L’approche de la fin du tournage a été vraiment dure à gérer, se rappelle Mark Hamill. Ça serait très difficile de faire ses adieux à tout le monde et à cette aventure. »

StarWars6VadorPopUp
A gauche, Dark Vador bat les masques. A droite, George Lucas, Ian McDiarmind, Mark Hamill et Richard Marquand dans la chambre de l’Empereur.

La revanche du retour du Jedi

Quelques semaines seulement avant la sortie de « La revanche du Jedi », Lucas obtient de ses producteurs de revenir à sa première idée de titre, soit Le retour du Jedi. Explication : un Jedi ne cherche pas à se venger, ce n’est pas dans sa nature.

Cette modification de dernière minute effectuée, le chapitre final de la trilogie investit les salles le 25 mai 1983, six ans précisément après le lancement de La guerre des étoiles. Succès instantané, l’Episode VI engrange 6,2 millions de dollars de recette dès son ouverture, battant ainsi le record d’entrées pour un premier jour d’exploitation.

Comblé, Lucas ne manque pas de constater où les hasards de la vie l’ont mené. « Dans ma quête d’indépendance, je suis devenu ce que je cherchais à éviter depuis le début en me retrouvant à la tête d’une société. Je me suis toujours battu contre le système des sociétés qui gèrent le cinéma. Il y a comme une étrange ironie du sort dans tout ça. »

Et ensuite, demandez-vous ? Vous saurez tout dans le making-ouf de Star Wars – Episode I : La menace fantôme.

MiniSommaireStarWarsNotre grand dossier Star Wars continue !

Où l’on vous raconte en détails toute l’histoire de la saga galactique, les années 1970 et l’ascension de George Lucas, les années 2000 et son retour tant espéré. Mais aussi une exposition d’artistes qui réinventent ce mythe de la SF, et le test du jeux vidéo Star Wars : Battlefront.

C’est par ici.
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Suivre Christophe Chadefaud:

Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

4 Responses

  1. […] suite de l’histoire, demandez-vous? Elle est dans le making-ouf de Star Wars – Episode VI : Le retour du Jedi bien […]

  2. […] Lucas n’en a jamais assez. Quinze ans après avoir achevé Le retour du Jedi, il s’élance dans une nouvelle trilogie dont La menace fantôme constituerait le chapitre […]

  3. […] classique, soit aux évènements relatés dans Un nouvel espoir, L’Empire contre-attaque et Le retour du Jedi, sont bien présentes. Ici, on retrouve l’ambiance de la mythique Cantina. Là, on court encore […]

Laissez un commentaire