Les chansons que mes frères m’ont apprises, initiatique

Classé dans : Cinéma, Le 140 | 1

140 les chansons que mes frères m'ont apprises

 

Si vous avez manqué le début : Johnny est à un carrefour de sa vie. Il vient de finir le lycée, et, comme tout jeune diplômé, il se demande de quoi ses lendemains seront faits. Il les espère lumineux à Los Angeles avec sa petite amie. Sauf que Johnny vit à Pine Ridge, une communauté indienne dans le Dakota du Sud, qu’il est un Sioux Lakota et que son horizon n’a jamais dépassé les Badlands de sa réserve.

« Quand on veut dresser un cheval, il faut respecter sa liberté. » C’est par cette phrase que débute le premier long-métrage de la Sino-Américaine Chloé Zhao. Elle résume parfaitement la question qui hante Les chansons que mes frères m’ont apprises : qu’engendre l’appartenance à une communauté ? Arrivé au terme de sa scolarité, Johnny ne sait pas vraiment ce qu’il attend de la vie, mais il sait ce qu’il ne veut pas : mourir d’ennui et se perdre dans les paradis artificiels, comme il voit bon nombre de ses aînés le faire. Car à Pine Ridge, les parents se noient dans l’alcool et les désillusions, tandis que les enfants ne rêvent pas plus loin qu’un job de bull rider. Ce qui aurait pu n’être qu’un énième film sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte devient, sous la caméra de Zhao, une réflexion mélancolique sur l’héritage culturel.

Abandon

La réalisatrice se pose en observatrice aigüe de cette civilisation perdue, ce territoire abandonné y compris par ceux qui y vivent, ou plutôt le hantent. Elle a vécu quatre ans avec les Lakota avant de donner le premier coup de manivelle du film. Elle a sélectionné ses comédiens parmi les membres de la communauté, ils sont donc, pour la plupart, non-professionnels, et choisi d’adapter son scénario à la vie quotidienne de la réserve. Ainsi quand Jashaun, la jeune sœur de Johnny, pleure sur une maison en cendre, c’est la véritable maison de la jeune actrice qui a brûlé. Cela confère aux Chansons… une proximité immédiate et un aspect documentaire derrière la fiction que l’on avait déjà apprécié dans Les Bêtes du Sud sauvage, de Benh Zeitlin. Les paysages grandioses magnifiés par la réalisatrice ne peuvent faire oublier la déliquescence de ces communautés, abandonnées à la fois par les pouvoirs publics et leurs jeunes générations.

Du mythe à la réalité

Ces jeunes Amérindiens, descendants de Crazy Horse (pas le cabaret, je vous vois venir), sont, malgré eux, les récipiendaires d’une tradition et d’une mythologie noircies par les excès de leurs parents. Johnny souhaite s’en éloigner pour de bon, allant jusqu’à devenir un bootlegger des temps modernes, fournisseur de l’alcool pourtant formellement prohibé dans la réserve. Les grands espaces n’y changent rien, la réserve à des allures de ghetto western. L’argent qu’il en tire doit l’aider à construire sa nouvelle vie californienne mais pour le jeune homme l’horizon, si dégagé soit-il, n’est qu’une barrière invisible qu’il ne se sent pas le droit de franchir, retenu par sa sœur qui, au moment où il décide de fuir les traditions, choisit, elle, de les faire renaître.

Rite initiatique au cœur d’un peuple qui ne sait pas choisir entre les tentations du présent et les traditions du passé, Les Chansons que mes frères m’ont apprises est une œuvre simple et belle. Une ode humaniste et naturaliste aux accents malickiens, qui essaye de lutter contre le déterminisme social.

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

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