Les Huit Salopards : la tournée critique

THE HATEFUL EIGHT

Le huitième film de Quentin Tarantino réunit Huit salopards. On est allé s’en parler autour d’un verre.
Par Christophe Chadefaud et Clément Sautet

Si vous avez manqué le début : Une balade en calèche dans le blizzard de l’après Guerre de Sécession. Deux chasseurs de prime, une prisonnière et un shérif tout neuf font escale dans une auberge déjà passablement bondé…

christopheA la vitesse où ils tombent, je n’ai pas eu le temps de compter tous les salopards… Etaient-ils bien huit ? Je pose la question.

 

ClémentSamuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Demian Bichir, Tim Roth, Michael Madsen et Bruce Dern.

 

christopheLe compte est bon.

 
 

ClémentHuit salopards, une pièce et des tonnes de dialogues… Au point qu’à un moment j’ai dû me forcer à recompter les salopards tant j’étais noyé dans leurs histoires.

 

christopheOh toi mon salaud, j’ai l’impression que tu n’as pas trop aimé. Reprocherais-tu à Quentin Tarantino d’être bavard ? C’est un peu l’une de ses marques de fabrique quand même…

 

ClémentOui, je lui reproche…

 
 

christopheBois un coup. Tu m’as l’air tendu.

 
 

ClémentTarantino a fait sa carrière sur un cinéma de références. Aujourd’hui, il est tellement systématiquement dans le même processus de création, qu’il ne se rend plus compte qu’il parle de lui à la troisième personne. Tarantino, c’est devenu un cinéma narcissique ponctué de quelques traits de génie… malheureusement pas assez fréquents, comme c’est le cas des Huit salopards.

 

christophePerso, j’aime le cinéma de Tarantino et le fait que l’homme soit un véritable amoureux du cinoche. Ce qui me dérange dans Les huit salopards, c’est sa composition et son rythme. En gros, ça repose sur une gradation hyper progressive qui finit en explosion éclair.

 

ClémentEt il faut les attendre longtemps ces moments épiques ! J’aime aussi Tarantino, mais, au fur et à mesure de ses films, je réalise que je n’aime que certains aspects de son cinéma. Comme le ton des monologues de Samuel L. Jackson. D’ailleurs, le monologue qu’on retiendra des Huit salopards est encore de lui.

 

christopheLa tension est plutôt bonne… même si elle ne tient pas toujours. La rythmique des dialogues est assez savoureuse… même si certains ne servent à rien. Kurt Russell, Samuel L. Jackson et la tête à gnons de Jennifer Jason Leigh sont au top… mais pas Tim Roth, qui ne sert à rien. Quant à l’intérêt du personnage de vieil esclavagiste campé par Bruce Dern, j’ai l’impression qu’il ne sert qu’une scène de sadisme franchement douteuse…  Bref, c’est un peu bancal.

 

ClémentEt cette idée du 70 mm ?

 
 

christopheBah Tarantino s’est fait plaisir. Ca tape, non ?

 
 

ClémentJ’ai l’impression d’assister à un caprice de gosse. Honnêtement, c’est joli, mais fallait-il vraiment en faire tout un pataquès ? Très peu de spectateurs pourront vraiment le voir dans ce format… C’est comme le fait d’utiliser une intro et un entracte. Il reprend les codes classiques comme pour forcer son entrée au panthéon du cinéma. C’est prétentieux !

 

christopheJe ne crois pas que Tarantino le fasse dans cet esprit, ni qu’il soit prétentieux. Je pense que c’est un passionné qui se donne les moyens de ses ambitions. C’est clair que peu de gens pourront découvrir le film dans ce format. Peu de gens ont découvert le Hobbit en 48 images/secondes. Pourtant, personne n’a trouvé à redire dans la démarche de Peter Jackson.

Clément
Tu marques un point avec Peter Jackson. Mais mon sentiment sur le format fait écho à mon sentiment sur la narration : prétention. Les huit salopards restera pour moi un film mineur. Je lui préfère Django Unchained de loin.


christopheMaintenant, quand tout ce petit monde laisse parler les flingues, là, ça fait plaisir.

 
 

marine bienvenotPfff… (la meuf qui s’incruste)

Alors oui, QT ne sort pas de sa zone de confort, mais quelle maîtrise ! C’est quand même pas moi qui vais vous parler des obsessions et de la rage tarantinesques les gars ? Du huis clos de Reservoir Dogs au western de Django Unchained, tout le cinéma de Tarantino est dans Les Huit Salopards. Parfois en mieux. Alors pourquoi bouder son plaisir quand on aime le cinéma ?

 

taux de kiffance les 8 salopards

taux de kiffance VS marine

 

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Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

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5 Responses

  1. Bonjour, j’espère que je ne me suis pas trompé de bar.
    – Une mousse tavernier ! Merci.
    – Pas de pb gamin, je te sers çà !
    – Dîtes-moi tavernier vous avez l’air d’être fan de QT, tte la déco est faîte de références à QT
    – Et ouai gamin, QT est un grand ! Voici ta mousse.
    – (je bois une gorgée….) Merci tavernier ! Oui je suis d’accord QT est un grand ! Je sors des « Huit salopards » j’avais besoin d’une bonne bière. Quel film ! Bon même si j’aime QT, j’ai tjs du mal avec les films qui dépassent 2h15/20. Ça doit être psychologique je sais pas mais j’ai du mal…. Quoiqu’il en soit quel film ! Un huit clos dans une calèche, suivi d’un huit clos dans un « saloon », ou plutôt un genre de « ferme-auberge ». Alors oui, j’ai lu ici ou là que certains trouvaient ce films un poil prétentieux, que QT n’est plus ce qu’il était.
    En ce qui me concerne je me suis posé dans une grande salle, j’ai vu un film qui m’a plu, avec une BO, composée aux petits oignons par Ennio Morricone (il a de l’avenir le gars).
    Je reproche donc la longueur, et un peu trop de sang, oui oui je sais, c’est la marque de QT, mais voilà je commence à saturer du sang….
    Je vois dois combien pour la mousse?

    • Christophe Chadefaud

      La mousse, c’est cadeau, chico.
      Et avec des commentaires comme ça, tu seras toujours le bienvenu dans notre saloon. Farewell, cowboy.

  2. […] Tarantino a enfin convaincu Maestro Morricone de lui composer une partition originale pour ses Huit Salopards. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le compositeur de 87 ans n’a […]

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