Les premières fois de Viggo Mortensen

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Il a les rides du penseur, le regard lointain du poète et la voix posée du conteur d’histoires. Viggo Mortensen, c’est des voyages et des images, de la poésie et de la peinture assemblé en un explorateur avide de découvertes. Nous l’avions rencontré en 2014 au moment de la sortie de The Two Faces of January, pour lui parler de ses premières fois.

Le lundi 13 février 2014, Paris a sa tête des mauvais jours. Viggo Mortensen regarde le ciel de pluie dans l’entrebâillement d’une fenêtre d’hôtel. Il aimerait être ailleurs. Il tire de grandes bouffées sur sa cigarette roulée. Une image de cow-boy en tenue de ville et contre-jour. Ses 55 ans lui vont bien. « Je veux essayer de répondre en français si tu veux. » Pas d’hésitation dans la voix du polyglotte. Va pour une discussion combo VO/VF. Une première pour moi. Sans doute pas pour lui. Justement, les premières fois, c’est le sujet du jour.

David Cronenberg, Jane Campion, Peter Jackson, Walter Salles, Peter Weir… Sacré tableau de chasse ! Quelle a été la première fois où un réalisateur vous a impressionné ?

(En français.) Les premiers films que j’ai tournés, c’était Swing Shift, de Jonathan Demme (1984) et La rose pourpre du Caire, de Woody Allen (1985). Avec Witness, c’était la première fois que je n’étais pas coupé au montage. (Il écrase sa cigarette et vient s’asseoir à côté de moi.) L’expérience de Witness m’a peut-être donné une mauvaise idée de la façon de faire du cinéma. Le tournage était tranquille, intelligent. Les gens étaient attentifs les uns envers les autres. Sauf que de telles conditions de travail, en fait, ça n’arrive que très rarement.

Cela tenait à la personnalité de Peter Weir, selon vous ?

Oui. Peter Weir est un grand réalisateur, professionnel, élégant. J’étais impressionné par sa façon de travailler l’histoire et d’échanger avec ses acteurs. Après ça, il y a eu mon expérience avec David Cronenberg pour A History of Violence et Les promesses de l’ombre. Je l’ai connu beaucoup mieux que Peter Weir, bien sûr. On a beaucoup parlé avant de tourner. David est un exemple, un homme très intelligent et un grand artiste. Maintenant, on peut apprendre de tous les réalisateurs, même de ceux qui ne sont pas très intelligents… (Il repasse à l’anglais.) Mais oui, Peter et David sortent du lot.

La première fois que vous avez insisté pour obtenir un rôle ?

Insister ? Vous pouvez bien insister tant que vous voulez, si on ne veut pas de vous, c’est mort. (Rires.)

Vous n’avez jamais joué des coudes pour un rôle qui vous tenez à cœur ?

(En français.) J’ai dû essayer, je suppose… Je pense que les choses que l’on doit faire arrivent. Il faut avoir de la patience. On a besoin de chance dans ce métier. C’est difficile.

Quand avez-vous eu la sensation de vous défoncer pour un rôle, pour la première fois ?

(En anglais.) Tout dépend de votre façon de regarder la chose. Il y a des moments délicats dans le processus de préparation, de fabrication et de promotion d’un film. Le premier est lorsque vous trouvez un projet qui est différent de ce que vous avez déjà fait, ce que j’essaie toujours de faire. Je veux me tirer hors de ma zone de confort, car c’est la seule manière d’apprendre. En ce qui me concerne, en tout cas. Après, il y a un moment de doute. « Pourquoi est-ce que j’ai accepté ce rôle ? » Une forme de panique. Sauf qu’une fois que vous en avez fait l’expérience, vous êtes capable d’identifier ce sentiment, et de passer au-delà… même si, sur le moment, vous ne savez pas comment. Enfin, le moment de promouvoir le film est toujours assez inconfortable… (En français.) Je ne peux pas dire que j’aime ça. Mais ça peut être une conversation, comme maintenant. On peut aussi apprendre des choses pendant ces échanges.

En parlant de moment inconfortable, vous est-il arrivé de ne pas vous sentir à votre place sur un tournage ?

(En anglais.) Cela m’arrive à chaque fois. Le moment où vous vous sentez à l’aise, où vous vous dites « ok, je sais ce que je fais », c’est là qu’il se produit un truc. La vie vous teste toujours.

Viggo Mortensen

Traverser cette phase de doute, c’est systématique ?

Oui. Généralement, ça m’arrive très tôt, quand je cherche encore le langage du corps de mon personnage, et la meilleure façon d’interagir avec le réalisateur et les autres acteurs. (En français.) C’est une question de trouver sa place dans l’effort collectif. (Son portable se met à hurler une musique de fête foraine.) Excusez-moi. « Ola ! » « Ola mi amor, como estas ? » (A l’autre bout du fil, il semblerait que ce soit l’actrice espagnole, Adriadna Gil, sa petite amie depuis le tournage d’Appaloosa. Viggo raccroche au bout de deux minutes.) Je m’excuse.

Pas de soucis. Je me demandais quand vous aviez commencé à écrire des poèmes ?

(En anglais.) Je ne m’en rappelle pas exactement. J’étais petit garçon et j’écrivais des histoires courtes.

Vous faites toujours des lectures de poésies ?

Cela fait un moment que ça ne m’est pas arrivé. Ce sont surtout les miens, plus un ou deux d’autres poètes peu connus que j’ai envie de faire découvrir aux gens. C’est pour cette même raison que j’ai monté ma société d’édition, pour faire découvrir des livres d’auteurs que les gens ne connaissent pas nécessairement.

Viggo Mortensen

Certaines de vos toiles rappellent Chagall. Quels sont vos maîtres en peinture ?

(Il sourit vraiment pour la première fois.) Il y en a tant que j’admire. Je ne peins pas comme lui mais il y en a un que j’aime beaucoup, un peintre espagnol du nom de Juan Gris, un contemporain de Picasso, mais moins connu que lui. Sinon des impressionnistes américains, des abstraits, des peintres des années 40, 50, 60… Je m’intéresse à beaucoup de choses. Difficile pour moi d’être à Paris pour une seule journée et de ne pas profiter des musées. Il y a pas mal d’expositions photo que j’aimerai voir…

La première fois qu’on a exposé vos toiles, vous l’avez vécu comme une reconnaissance ?

Je crois que c’était vers 1998. A ce moment-là, je n’étais pas très connu en tant qu’acteur. Dans les années 90, j’avais aussi fait des expos de mes photos. Mes lectures de poésie remontent à la fin des années 80. Après Le seigneur des anneaux, où tout le monde savait qui j’étais – ou, en tout cas, plus de gens qu’avant – on m’a demandé si ça ne me dérangeait pas qu’on ne voit plus en moi que l’acteur, et plus du tout le photographe, le peintre ou le poète… Au contraire ! Au lieu de cinquante personnes, il y en avait cinq cents qui faisaient la queue pour venir voir mes photos. C’était génial. Même si c’est l’acteur du Seigneur des anneaux qu’ils étaient venus voir, après ça, ils aimaient les photos ou pas. Pareil pour les poèmes. Il est possible que certains aiment ce que je fais parce qu’ils connaissent mon travail d’acteur. Mais il est encore plus probable que plus de gens me jugent plus sévèrement parce que je suis un acteur. Ils se disent : « Ce type est déjà acteur. Pourquoi est-ce qu’il fait ça ? » Pourquoi pas.

Viggo Mortensen

Vous êtes aussi un grand voyageur. Quels voyages vous ont les plus marqué ?

En décembre 2013, j’ai découvert le Mont Atlas lors du tournage de Loin des hommes, de David Oelhoffen. Nous étions au Maroc. Un paysage très simple et peut-être l’un des plus beaux endroits au monde. Je voyage beaucoup. J’espère pouvoir toujours continuer à le faire. Enfant, mon rêve était d’être explorateur. (En français.) Et c’est ce que je fais grâce à mon métier. (En anglais.) Je ne me lasse jamais de découvrir de nouvelles choses. J’ai vu des lieux incroyables en Nouvelle-Zélande, en Islande, en Argentine… en Amérique du Nord aussi. Avant, j’habitais dans un très bel endroit, sur une montagne au milieu d’une forêt, loin des gens. C’était avant que j’emménage en Espagne. J’adorais cet endroit.

On sent chez vous une âme de pacifiste…

Je ne sais pas si j’ai plus une âme de pacifiste que vous. Je déteste le conflit. Je n’aime ni qu’on perde son sang-froid avec moi, ni que je perdre MOI mon sang-froid. Il en faut beaucoup pour que j’en arrive là. Quand cela arrive, je dis des choses que je regrette après coup. Mais bon, ce qu’il y a de bien, avec les vrais amis, c’est qu’ils se pardonnent toujours entre eux.

 

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Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

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