Liar, fake news ?

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Si vous avez manqué le début : Le lendemain d’un premier rendez-vous avec Andrew, Laura se réveille sans vraiment se souvenir de ce qui s’est passé la veille. Persuadée d’avoir été droguée et violée, elle accuse de viol celui en qui elle croyait pourtant pouvoir avoir confiance. Mais sans preuve matérielle, s’engage alors un combat parole contre parole.

Quelques mois après les excellentes Apple Tree Yard et Three Girls, le viol est à nouveau le sujet central d’une série britannique, dans un scénario ici particulièrement complexe et déroutant. Couronnée de succès lors de sa diffusion sur ITV en Angleterre (une 2e saisons et d’ores et déjà dans les tuyaux), Liar aussi fait l’objet d’intenses polémiques. Car, en pleine affaire Weinstein, faire de ce sujet pour le moins délicat l’objet d’un thriller psychologique composé de coups de théâtre et de rebondissements pouvait paraître déplacé. Mais disons-le d’emblée : il faut regarder l’intégralité des six épisodes avant de se faire une idée définitive, les scénaristes Jack et Harry Williams (The Missing, Rellik) se jouant d’un certain nombre de poncifs pour au final mieux les dénoncer.

Me Too

Dans les somptueux décors du sud-est de l’Angleterre (le front de mer de la ville côtière de Deal dans le Kent et les étranges marais de Tollesbury dans l’Essex), la série ne s’attarde pas en une longue introduction et pose sans détour les bases de son récit, usant d’une ellipse narrative qui élude à nos yeux le cœur du drame qui va se jouer. Car de sa nuit passée avec Andrew, Laura ne se souvient de quasiment rien, mais persuadée qu’elle aurait de toute façon dit non, elle se persuade alors petit à petit qu’Andrew a abusé d’elle. Elle se rend à la police, procède à des examens cliniques, tandis que les enquêteurs interrogent Andrew, qui nie en bloc.

 

Les premiers épisodes reposent sur l’affrontement des deux paroles : celle de Laura, imprécise mais vindicative malgré l’absence de preuves ; et celle d’Andrew, tombant des nues quand on l’interpelle, qui essaye de passer du statut d’accusé à celui de victime. Pourtant, parmi les deux, il y a bien un menteur comme l’indique le titre de la série. Si elle pousse les spectateurs à prendre (et c’est là toute la subtilité du scénario) le parti d’Andrew face à l’acharnement de Laura, c’est justement pour mieux jouer de ces stéréotypes et dénoncer le fait que, la plupart du temps, les femmes ne sont tout simplement pas écoutées (souvenons-nous de ce stupéfiant extrait de Faits divers de Raymond Depardon…).

 

 

Menteur, Menteur

Au fil des épisodes et de l’avancée de l’enquête, le passé des deux personnages resurgit et apporte avec lui son lot de suspicions nouvelles, malmenant sans cesse nos certitudes. Laura aurait ainsi déjà porté des accusations semblables à l’encontre d’un ancien collègue, avant de finalement se rétracter, sans qu’on sache véritablement pourquoi. Andrew, de son côté, serait impliqué dans le suicide de son ex-femme quelques années plus tôt. Difficile, encore une fois, de démêler le vrai du faux dans ce récit où passé et présent s’entrecroisent. Jusqu’à ce qu’au milieu de la saison la vérité éclate lors d’une séquence particulièrement sordide.

 

Dans cette lutte parole contre parole, les deux acteurs livrent chacun une performance saisissante. Joanne Froggatt (l’inoubliable femme de chambre Anna de Downton Abbey, série dans laquelle elle était déjà victime d’un viol) donne à son personnage toute son ampleur dramatique, notamment par le courage qu’il faut à son personnage pour ne pas flancher devant les attaques et les mises en doute incessantes de sa parole. Ioan Gruffudd (Forever, UnReal), à son tour, marque les esprits, notamment lorsque la série bascule et que le vernis craquelle, passant alors du gentil père de famille bien sous tous rapports au prédateur arrogant et cynique, persuadé d’être au-dessus de tout soupçon. À leurs côtés, il faut noter la prestation de Shelley Conn dans le rôle d’une détective prise entre l’impartialité qu’exige sa position et ses convictions de femme.

 

Si la fin de la série nous laisse un peu sur notre faim, Liar aura su, le temps de six épisodes exigeants, nous mener d’un extrême à l’autre, jouant sans cesse de nos propres réactions pour mieux les mettre à mal.


Top Tw3ets

 


Liar▪ Créée par Bruce Miller ▪ Avec Joanne Froggatt, Ioan Gruffudd … ▪ Diffusée sur TF1 ▪ 6 épisodes (45 minutes)

 

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Bandit des grands chemins, monteur de meubles IKEA à ses heures perdues, ayant un penchant pour les dames d’un certain âge (Meryl, Susan, Maggie, Julianne, je vous aime). Le ciné, la photo et l’art, voilà les trois choses qui font tourner mon monde, sans lesquelles j’aurais quelques difficultés à me lever le matin. « Les meilleurs films sont comme des rêves qu’on n’est pas sûr d’avoir faits ». À bon entendeur.

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