Looking, savoir se dire adieu

FOR TV – LOOKING - HBO -- LOOKING: Murray Bartlett, Jonathan Groff, Frankie J. Alvarez. photo: John P. Johnson

Faute d’audiences suffisantes, HBO avait décidé de mettre un terme à la série Looking après la diffusion de sa deuxième saison. Mais pour ne pas créer trop de frustration, la chaîne câblée a accordé à ses créateurs, Michael Lannan et Andrew Haigh, de mettre un point final aux aventures amoureuses de nos trentenaires gays par un téléfilm d’1h20. À l’occasion de sa diffusion fin juillet, voici 5 raisons de voir ou revoir cette série nécessaire mais trop tôt avortée.

Si vous avez loupé le début : À San Francisco, trois meilleurs amis gays, Patrick, concepteur de jeux vidéo, Agustin, artiste raté, et Dom, serveur dans un restaurant, partagent leur quotidien entre doutes professionnels et errements amoureux.

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          Parce que c’est la série gay qu’on attendait

Les personnages gays et lesbiens sont partout à la télé américaine, jusque dans les série les plus grand public (Modern Family). Mais aucune ne s’attachait réellement à parler du quotidien des homos aujourd’hui. Alors, neuf ans après la fin de Queer as Folk, cinq ans après celle de The L World, il était temps de mettre à jour cela.

Dans Looking, pas de coming out à l’horizon. L’homosexualité, acquise dès la première minute, n’est plus ici le problème. Derrière un synopsis d’apparence banale, une touchante simplicité dans la mise en scène et des dialogues subtilement écrits, la série prend le pouls d’une génération en s’attachant à rendre compte des atermoiements amoureux contemporains. Car les questionnements qui préoccupent nos personnages sont finalement les mêmes pour tous, homos comme hétéros : suis-je prêt à me mettre en couple ? pourquoi mes relations ne durent-elles pas ? mon âge est-il un problème pour faire des rencontres ?

Ça parle amour, ça parle sexe, ça parle aussi sida, mais loin des visions fatalistes de la maladie : l’attachant Eddie, nouvel arrivé de la saison 2, prouve qu’on peut vivre pleinement malgré sa séropositivité. Et au détour des conversations de parler charge virale indétectable, traitement post-exposition et PreP, signe que la série, également engagée, est en phase avec son époque.

Le truc en + : On pourrait trouver dans le tryptique Cucumber-Banana-Tofu le cousin britannique (et beaucoup plus drôle) de Looking, et en Please Like Me son cousin australien. A quand un cousin français ?

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         Pour Andrew Haigh, brillant peintre de caractères

Depuis son film Weekend, on savait Andrew Haigh, producteur exécutif et réalisateur principal de la série, talentueux dans sa façon de dépeindre des personnages tout en nuances.

Ici, les personnalités de nos trois amis se répondent, se contredisent parfois, sans pour autant s’opposer. Agustín, qui, derrière son air prétentieux d’artiste raté, s’avère en fait complètement paumé, apprend peu à peu à se connaitre au contact d’Eddie, animateur dans un centre pour ados transsexuels.
Dom, de son côté, est en plein doute professionnel : après avoir passé 10 ans comme serveur dans un restaurant, il aimerait pouvoir lancer propre projet, tandis que du haut de ses quarante ans, il commence à déplorer son célibat.
Quant à Patrick, grand naïf devant l’Éternel, son cœur balance entre Richie, beau coiffeur mexicain rencontré dans un bus, aux allures de bad boy mais d’une grande sensibilité, et Kevin, son patron déjà casé, mais dont les oreilles décollés, l’accent anglais et l’assurance un rien arrogante font effet. L’identification avec ses deux personnalités fonctionne tellement qu’est née parmi les téléspectateurs une sorte de battle (façon Twilight) entre la team Richie et la team Kevin.

Le truc en + : Andrew Haigh est en plein tournage de Lean on Pete, adapté du roman de Willy Vlautin, avec notamment Chloë Sevigny et Steve Buscemi.

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       Pour San Francisco, superbement filmée

Sans San Francisco, pas de Looking. Majoritairement filmée en extérieur, la série respire l’air de la ville. En respectant sa géographie, Looking fait de San Francisco un personnage à part entière. De longues discussions sont filmées en plan-séquence dans les rues de la ville, tandis que nos trois amis passent leurs soirées dans les restos, bars et clubs du quartier gay de Castro (dont on aperçoit à plusieurs reprises l’emblématique enseigne lumineuse du Castro Theatre). On se souvient aussi de la journée (et quelle journée !) que Patrick et Richie passent ensemble à errer dans la ville, à prendre le bus pour se rendre au planétarium avant de rejoindre la plage…

Mais tout cela ne serait rien sans le talent des directeurs de la photographie Reed Morano (pour la saison 1) et Xavier Grobet (pour la saison 2 et le téléfilm final) qui ont su sublimer la lumière de la ville en créant pour la série une ambiance si particulière.

Le truc en + : Le site Curbed s’est amusé à recenser les lieux fréquentés par nos trois amis dans la saison 1 et la saison 2.

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      Pour Doris, la FAP la plus attachante du PAF

Une série sur une bande d’amis gays ne pouvait s’envisager sans une FAP (« fille à pédés »). C’est ce rôle qu’endosse Doris, incarnée par la truculente Lauren Weedman, meilleure amie et coloc de Dom, infirmière célibataire et presque quarantenaire comme lui.

Personnage secondaire dans la première saison, elle avait retenu notre attention avec son humour décapant et sa répartie bien sentie. Mais on sentait que derrière cette carapace se cachait quelque chose et qu’il fallait creuser. Ce que fait merveilleusement la deuxième saison, pour laquelle elle devient personnage principal. Sa rencontre passionnée avec Malik ou le retour dans sa ville natale à l’occasion de l’enterrement de son père dévoilent d’autres facettes jusqu’alors méconnues de cette personnalité étonnante qui la rendent d’autant plus attachante.

Et sinon, un spin-off centré autour du personnage de Doris, ça intéresse quelqu’un ?

Le truc en + : Lauren Weedman sera bientôt à l’affiche de The Little Hours, un film de Jeff Baena, aux côtés d’Alison Brie, Dave Franco, John C Reilly et Aubrey Plaza.

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       Pour sa bande-son magistrale

Du premier au dernier épisode, un soin tout particulier est donné au choix (éclectique) de la musique, véritable trait d’union entre les personnages. Qu’il s’agisse d’une classique house disco remixé en soirée, d’un bon vieux morceau de rock qui passe sur un vinyle dans un appartement ou d’un titre de folk indé qui sert de musique d’ambiance à une scène de café, chaque morceau à sa raison d’être. On y croise pêle-mêle The 2 Bears, Hercules and Love Affair, Tyson, Cazwell, Caribou, Perfume Genius, John Grant, Erasure, Junior Boys, Gulp, Boardwalk…

Mention toute particulière à la scène de fête en plein air au beau milieu de la forêt, dans le premier épisode de la saison 2, où Patrick, en pleine montée de MDMA, se laisse envahir par le rythme grisant de « Lost in Music » de Sister Sledge, un classique disco de 1979, ici remixé par Nile Rodgers et Bernard Edwards.

Le truc en + : Toute la BO de la série est , épisode par épisode.

 

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Bandit des grands chemins, monteur de meubles IKEA à ses heures perdues, ayant un penchant pour les dames d’un certain âge (Meryl, Susan, Maggie, Julianne, je vous aime). Le ciné, la photo et l’art, voilà les trois choses qui font tourner mon monde, sans lesquelles j’aurais quelques difficultés à me lever le matin. « Les meilleurs films sont comme des rêves qu’on n’est pas sûr d’avoir faits ». À bon entendeur.

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