Louis-Ferdinand Céline : L’horreur est humaine

Classé dans : Cinéma, Le 140 | 1

Popandup140CelineSi vous avez manqué le début : Un admirateur de Céline entreprend de prouver que le génial et très contesté romancier n’était pas antisémite.

Il y a souvent un problème avec « l’intelligence » au cinéma. Soit il faut s’armer d’une quinzaine d’encyclopédies pour essayer d’y comprendre quelque chose (voir les impénétrables délires référentiels d’un Peter Greenaway), soit le propos se montre tellement pédagogique qu’on regarde l’écran comme un cours magistral, dans un état de passivité absolue, à deux doigts de la prise de notes (dernier exemple concret en date, le rudimentaire Danish Girl).

Et puis il y a les films dont la matière grise sollicite la nôtre. Ceux qui, sans jamais oublier d’être un spectacle, nous contaminent par la singularité généreuse, inattendue, merveilleusement féconde de leur vision du monde et de ceux qui le peuplent.  Pi, de Darren Aronofsky… Sils Maria, d’Olivier Assayas… Des films qui nous ouvrent des horizons inédits, qui mettent des mots et des images sur l’indicible, qui absorbent et nourrissent dans un même élan notre propre personnalité. Le Louis-Ferdinand Céline d’Emmanuel Bourdieu et de ceux-là.

Pour peu qu’on connaisse un minimum l’auteur de Voyage au bout de la nuit, unique et essentiel préalable avant de se risquer dans la salle, le « pitch » est à lui seul captivant. Nous sommes en 1948, le romancier, accusé de collaboration avec les nazis, s’est exilé au Danemark afin d’échapper à la peine de mort, et c’est alors que débarque un jeune écrivain juif américain, grand défenseur de sa cause, admirateur éperdu de son talent, désireux d’écrire un livre destiné à laver son l’honneur.

À partir de là, le film brosse un portrait à entrées multiples : celui d’un artiste immense mais dévoré par une misanthropie et un antisémitisme chevillés à l’âme, et celui d’un « fan » transi qui découvre peu à peu l’ignominie de son idole. Avec une intuition de médium qui lui permet de pointer la monstruosité de Céline sans jamais lui dénier son statut d’être humain tragique, le réalisateur-scénariste pointe ainsi les ambiguïtés fondamentales du génie et les périls de l’idolâtrie aveugle, tout en livrant une vision aussi audacieuse que parfaitement accessible d’un des plus grands stylistes de notre littérature. Entre éruptions d’insoutenable violence morale, purs moments de grâce et dialogues d’une infernale splendeur, Denis Lavant y trouve en outre le rôle de sa vie, jusqu’à un épilogue proprement  sidérant d’émotion. L’intelligence du cœur et de l’esprit, en somme.

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