ENQUÊTE – Marvel : faillite et résurrection

Classé dans : Be kind, rewind, Cinéma | 2
PopandupIntroMarvelSi Deadpool est un nouveau triomphe de box-office pour Marvel, le studio revient de loin. De la banqueroute au sommet, l’éditeur de comics a façonné un nouveau Super Hollywood. Histoire épique d’une métamorphose.

4,2 milliards de dollars ! En 2009, lorsque Disney rachète Marvel et sa corne d’abondance de 5 000 personnages, le montant du chèque a de quoi ficher le tournis. Plus encore si l’on considère que Marvel revient du fond du gouffre.

Super banqueroute

Le 27 décembre 1996, le groupe Marvel cumule 550 millions de dollars de dettes. Une faillite dont la responsabilité revient à la gestion calamiteuse de son big boss Ron Perelman, qui s’était offert en 1989 l’éditeur de comics, alors en sérieuse perte de vitesse, pour 82,5 millions de dollars. Le poids lourd de Wall Street pensait alors pouvoir jouer avec comme avec n’importe quel autre produit financier. Fatale erreur.
Au moment de la banqueroute de 1996, donc, c’est l’industrie des comics toute entière qui retient son souffle. Marvel représente alors 35% du marché, quand son rival historique DC Comics culmine à 25%. Si la société s’effondre vraiment, elle emporterait tout un pan de culture américaine dans sa chute.

PopandupMarvelAviAradAvi Arad, le sauveur

Dans les comics, c’est généralement à ce moment-là que les vrais héros sortent de l’ombre. Et cette histoire en compte un. Il s’appelle Avi Arad. Avec Ike Permullter, il est le propriétaire de ToyBiz, une filiale indépendante de Marvel qui gère son merchandising et ses produits dérivés. Arad est idéalement placé pour connaitre la véritable valeur de Wolverine, Iron Man et leurs amis. Ces justiciers, il les aime d’un amour pur.

La légende raconte qu’il aurait fait irruption en pleine séance de négociations de rachats des dettes de Marvel. Pour faire capoter le deal en cours, qui aurait porté l’estocade fatale à la compagnie, il déclare que le personnage de Spider-Man vaut un milliard de dollars à lui-seul. L’argument fait mouche auprès de la tripotée de financiers présents autour de la table. Arad remporte la partie. ToyBiz devient propriétaire de Marvel. Sans le savoir, il est déjà en train de façonner le Hollywood de demain.

PopandupMarvelUltimateXmenLes Ultimates : du sang neuf dans le comics

Mais Marvel n’est pas encore tiré d’affaires. Pour que l’entreprise relève la tête, il va falloir commencer par éviter de reproduire les erreurs du passé, comme pendant les années 1980, où les ventes avaient connu une lente décrépitude à trop capitaliser sur ses lecteurs de toujours et les collectionneurs.
Pour s’ouvrir à un nouveau public, Avi Arad va injecter du sang neuf dans la compagnie. Parmi ces auteurs, il débauche Joe Quesada, Brian M. Bendis et Mark Millar. A eux de se charger respectivement des reboots de Daredevil, de Spider-Man et des X-Men.

C’est un vrai tremblement de terre dans l’entreprise. Le principe de ces séries, baptisées Ultimate, est de recentrer l’arc narratif sur quelques tomes seulement, à l’inverse des suites interminables de fascicules qui empêchaient tout nouveau lecteur de prendre les aventures du héros en cours de route sans s’être collé l’intégrale des dizaines de numéros précédents.

Quand les fous dirigeaient l’asile

Une période bénie que raconte notamment le documentaire passionnant Marvel Renaissance, de Philippe Guedj et Philippe Roure. Et dans lequel Mark Millar se confie. « Joe Quesada m’a contacté et m’a dit : ‘Ce sont les fous qui dirigent l’asile maintenant. Tu veux être des nôtres ?’ Il venait juste d’être nommé rédacteur en chef de Marvel Comics. Je ne pouvais pas refuser une telle offre. C’était une période très excitante. Les cinq années qui ont suivi furent les plus créatives que Marvel ait connu depuis les années 1980, voire même depuis les années 1960, où tout avait commencé. »

Dès son lancement, en 2001, le Ultimate X-Men de Millar est numéro un des ventes. Ce qui lui laisse le champ libre de choisir son projet suivant. Il choisit de ressusciter les Vengeurs, un groupe de héros aux ventes dans les choux… désormais plus connus sous leur nom original de Avengers. Nos justiciers sont enfin en de bonnes mains.

PopandupMarvelBladeBlade, tentative d’approche d’Hollywood

Parallèlement au succès des nouvelles sagas Ultimate, et toujours dans l’optique d’ouvrir les comics à un plus grand public, Joe Quesada fait appel au réalisateur Kevin Smith pour collaborer à la nouvelle version BD de Daredevil. Le fait qu’un réalisateur s’intéresse à des comics suscite la curiosité. La grande opération de séduction d’Hollywood est lancée. Le premier à se montrer intéressé est Wesley Snipes, qui rêve de devenir la Panthère noire (autre héros de la firme) depuis qu’il est gosse. Il sera finalement le chasseur de vampire de Blade. La première production Marvel et son premier succès, aussi. 130 millions de dollars de recettes pour un budget de 45 millions. Mais il en faudra plus pour convaincre l’industrie que les supers héros sont l’avenir du cinéma.

X-Men : premier film à prendre les comics au sérieux

Avi Arad dégaine la carte X-Men. Pour convaincre 20th Century Fox de l’intérêt financier d’en faire un film, il présente l’excellente audience de sa série TV animée. Le film de Bryan Singer va changer à jamais le regard du monde sur les comics. X-Men est le premier film à prendre les comics au sérieux, à les inscrire dans un monde réaliste. Ensuite, le film repose sur un budget raisonnable (75 millions), l’absence de superstars et parle à tous les sexes, à toutes les tranches d’âge. Se pourrait-il que les films de supers héros soit le produit miracle qu’Hollywood n’osait espérer ?

PopandupMarvelSpiderManSpider-Man fait entrer Hollywood dans l’ère des supers héros

Les résultats fantastiques de X-Men mettent Sony en appétit, qui signe l’adaptation de Spider-Man. Ouf de soulagement chez Avi Arad dont le héros fétiche a trouvé preneur. Mais tout peut encore s’arrêter. Un seul mauvais résultat et Hollywood aurait jeté l’éponge aussitôt. Il n’en sera rien. L’homme araignée attire dans sa toile 820 millions de dollars de recettes dans le monde. Cette fois, c’est acquis, Hollywood est bel et bien entré dans l’âge d’or des supers héros.

Avi Arad, le visionnaire… trahi

Sony, 20th Century Fox, Lionsgate, New Line, Universal… Tous les studios s’arrachent les justiciers Marvel. Seulement voilà, Marvel n’en retire quasiment rien. Sur les 3 milliards de dollars engendrés par les deux premiers volets de Spider-Man, de Sam Raimi, Marvel n’en retire qu’une part infime, soit 62 « touts petits » millions de dollars.

Avi Arad se dit qu’il est temps de prendre son destin en mains. Avec son nouveau protégé David Maisel, il obtient, en 2004, un prêt de 525 millions de dollars pour produire une dizaine de films. Les deux premiers seront Hulk et Iron Man. Pourquoi ceux-là ? Parce que Arad a déjà en tête une vision à très long terme : présenter les surhommes dans des films individuels afin de mieux les réunir plus tard dans Avengers.

Reste maintenant à reprendre le contrôle des droits d’adaptation des héros cédés à d’autres studios en cours de route. En novembre 2005, Arad deale avec New Line le retour de Iron Man dans l’escarcelle Marvel. En 2006, il récupère les droits d’exploitation du personnage de Hulk auprès d’Universal, libère Black Widow des griffes de Lions Gate. Plus tard, il déleste Thor de la Paramount… Dernier deal en date, celui passé avec Sony pour récupérer, à terme, Spider-Man. Ne reste plus désormais en cavale que X-Men et Les 4 fantastiques toujours chez Fox.

La suite de l’histoire ne rendra pas justice au sauvetage héroïque de Avi Arad. Fin 2006, il quitte Marvel Studios, en évoquant un « divorce à l’amiable ». C’est son protégé David Maisel, qui avait depuis peu la préférence du big boss Marvel, qui se glisse dans le siège de président de Marvel Studios. Les contours du départ de Arad demeurent brumeux. Les héros Marvel lui doivent d’être toujours en vie. L’ultime coup bas arrive au moment du rachat de Disney. La paternité de la fameuse stratégie de sorties est alors attribuée à Kevin Feige, nouvellement promu PDG de Marvel Studios. Pas très classe.

PopandupMarvelGardiensDeLaGalaxieLe super héros, unique espoir pour Hollywood ?

Kevin Feige, le président de Marvel Studios a annoncé qu’il avait du travail pour ses hommes en collants jusqu’en 2028. Spécialiste en super-héros, Philippe Guedj constate la santé de fer des films Marvel. « Chacun nouveau film est un succès. Aucun signe d’essoufflement. On pensait que ça pourrait arriver avec Les gardiens de la galaxie, qui était un énorme risque pour Marvel, et le film a été un carton. »

Et ce ne sera pas le dernier. En l’espace de seulement un week-end, Deadpool dépasse les 130 millions de dollars de recette sur le sol américain, établissant un nouveau record. Le printemps annonce un choc des titans des rivaux historiques : Marvel contre DC Comics. Le 23 mars 2016, DC sonne le gong du match de l’homme d’acier contre le chevalier noir de Gotham, dans Batman V Superman : l’aube de la justice. De son côté, Marvel attendra patiemment le 27 avril pour le clash de leurs champions : Captain America contre Iron Man, dans Civil War.

PopandupMarvelDuel2016

Aussi savamment pensé soit-il, ce planning de sorties – découpé en phases dans un langage stratégique que comprennent aussi bien les actionnaires que les spectateurs –, ne risque-t-il pas de lasser ? Trop de super-héros ne nuiraient-il pas aux super-héros ? Cette bataille à mort ne finira-t-elle pas par tuer la poule aux œufs d’or ? On sera aux premières loges pour le voir.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Suivre Christophe Chadefaud:

Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

Articles récents de

2 Responses

  1. […] est allé voir Deadpool, de Tim Miller, dernier rejeton des Studios Marvel. On s’en parle autour d’un verre. C’est la tournée critique de […]

  2. […] comme le super héros le plus atypique de la galaxie Marvel, Deadpool est attendu au tournant. Après les (semi)déceptions de Ant Man et des 4 fantastiques, […]

Laissez un commentaire