Miss Peregrine : Tim Burton a-t-il perdu sa magie ?

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Miss Peregrine et les enfants particuliers, de Tim Burton (2016)


Si vous avez manqué le début : Jacob découvre un refuge pour enfants aux pouvoirs défiants l’imagination. Poursuivis pour leurs dons par des démons mangeurs d’yeux, ces jeunes prodiges sont les protégés de la non moins particulière Miss Peregrine.


Il fut un temps où Tim Burton était un réalisateur particulier. Un délice de bizarreries surmonté d’un improbable nid d’oiseaux en guise de tignasse, biberonné aux créatures de Ray Harryhausen et aux films de monstres qu’il aimait d’un amour pur.

Il faisait virevolter Winona Ryder telle une ballerine de nacre et d’innocence sous les éclats de glace de son alter-égo Johnny Depp (le féerique Edward aux mains d’argent), grimait Michael Keaton en impayable bouffon mort-vivant (Beetlejuice), tirait un justicier chauve-souris hors des pages des comics (Batman) et faisait cavaler Johnny Depp, un chevalier sans tête sur ses talons (Sleepy Hollow).

Toute son œuvre était une cathédrale gothique majestueusement tordue, écrin-sanctuaire pour anti-héros incompris et autres freaks qui prenaient leur revanche sur la norme bien pensante. Mais ça, c’était avant.

Du cœur battant au métronome…

Avec Miss Peregrine et les enfants particuliers, Tim Burton trouve un nouveau miroir à ses propres obsessions dans l’adaptation des romans de Ransom Riggs. Une matière en or, composée de jeunes mutants mis au ban de la société, traqués pour leurs différences, le tout enchanté par un zest de magie et la figure protectrice d’une sorte de Mary Poppins version sorcière (la fameuse Miss Peregrine, incarnée par Eva Green).

Qu’on ne se méprenne pas sur nos intentions : Miss Peregrine assure le cahier des charges d’un conte pour enfants respectable, suffisamment riche en étrangetés pour filer la chair de poule à nos chères têtes blondes. Mais, si on peut pardonner à l’aventure quelques bugs rayon tempo, on ne peut que constater avec tristesse que le cœur de Burton, qui battait jadis la chamade et savait si bien emballer le nôtre, n’y est plus. Il s’est changé en métronome, balayant de droite à gauche ses sempiternelles marottes : forêt, sorcière, créatures de la nuit, belle diaphane aux yeux clairs, innocent redresseur de tords et j’en passe.

Des personnages oubliés

On ne s’est pas lassé de l’univers de Tim Burton (ça, non). C’est le réalisateur qui a abandonné l’idée même d’aller chercher plus loin que le bout de son nez. Pourquoi déployer toute une galerie d’enfants dits particuliers s’ils sont là uniquement pour faire jolis dans le décor ? Miss Peregrine souffre du même mal que Dark Shadows : une flemme carabinée. Après une présentation dans les règles d’une famille incroyablement riche d’histoires sur le papier, Dark Shadows préférait tout miser sur la confrontation de son vampire (Johnny Depp) et de sa sorcière revêche (Eva Green). Coucou les gamins oubliés et le frère campé par Jonny Lee Miller, carrément écartés en milieu de film parce qu’on ne savait plus trop quoi en faire.

Rebelote avec Miss Peregrine qui resserre son histoire sur le crush du jeune héros, en reléguant les autres minots au second plan et gardant l’histoire intime de Miss Peregrine à une portion congrue. L’effet est immédiat. Comme Dark Shadows, Miss Peregrine est un film qui présente TOUT d’un grand classique mais ne franchit jamais la barre du conte décemment regardable. Puisque le coeur n’y est pas… Cher Tim Burton, il serait peut-être temps de se remettre un brin en question. Avec tout notre amour déçu.


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Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

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