Moonlight, l’éducation sentimentale

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Si vous avez manqué le début : Entre enfance, adolescence et âge adulte, le parcours initiatique de Chiron, un jeune afro-américain qui grandit dans les quartiers difficiles de Miami et doit faire face à son propre milieu pour vivre son homosexualité.


C’est un illustre inconnu dans notre pays mais Barry Jenkins est pourtant à l’origine d’un des films les plus attendus de ce début d’année. En adaptant la pièce de théâtre autobiographique de Tarell McCraney, In Moonlight Black Boys Look Blue, le réalisateur américain signe un « coming of age movie » bouleversant, acclamé dans les festivals (à Telluride et Toronto notamment), lauréat du Golden Globes du meilleur film dramatique et nommé à huit reprises aux Oscars.

Dark side of the moon

Récit initiatique en trois chapitres, Moonlight s’attarde sur trois moments-clés de la construction de son personnage principal, Chiron, jeune afro-américain qui grandit dans les quartiers défavorisés de Miami gangrénés par le trafic de drogue. Sur trois décennies, chacun des chapitres – qui tirent leurs noms de ceux dont on affuble Chiron – s’attache à décrypter un aspect particulier de sa personnalité.
Dans le premier chapitre, « Little », Chiron est un gamin pris pour cible par ses camarades de classe qui en font leur souffre-douleur. Alors qu’il se réfugie dans le silence et la solitude, Juan (fascinant Mahershala Ali), un dealer respecté du quartier, le prend sous son aile. Figure paternelle rassurante, il l’aide à prendre confiance en lui malgré une « différence » sur laquelle il n’arrive pas encore à mettre de mots.
Dans le deuxième, « Chiron », adolescent gringalet, doit faire avec les sautes d’humeur de sa mère (remarquable Naomie Harris), ravagée par la drogue et aussi possessive qu’autodestructrice. Un baiser échangé avec Kevin, un camarade de classe, lui fera prendre conscience d’une homosexualité qu’il lui reste encore à assumer.
Enfin, « Black » place Chiron à la tête du trafic de drogues d’Atlanta. L’image de colosse viril et bling-bling qu’il s’est construite se fissure lorsqu’un coup de téléphone inopiné fait remonter le souvenir de ses premiers émois adolescents.

Magic in the moonlight

Chiron et Kevin ont emprunté des trajectoires si différentes et si inattendues que leurs retrouvailles sont emplies d’hésitation, de non-dits, de sentiments refoulés. Pourtant, derrière une virilité assurée, Chiron se révèle le même être sensible et pudique, marqué depuis l’enfance par une profonde solitude et prisonnier des tabous liés au milieu dans lequel il a grandi.
Évitant les clichés, Barry Jenkins réussit le pari de décrire le milieu noir-américain défavorisé dans lequel grandit son personnage en échappant au misérabilisme ou à la grandiloquence (coucou Precious !). C’est au contraire avec une grande précision qu’il construit des personnages tout en nuances et qu’il les met face à leurs propres contradictions. La subtilité et la délicatesse avec lesquelles il explore les relations humaines, marque les esprits.
La mise en scène fait par moments place à quelques envolées lyriques grandioses, tandis que la construction dramatique en trois parties, héritée de la structure de la pièce de théâtre, fait la part belle à l’ellipse narrative et au flot d’inconnu qui l’accompagne. Moonlight se lit alors comme une succession d’indices, autant liés les uns aux autres qu’à compléter.
C’est là l’occasion pour trois acteurs quasiment inconnus (Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes) d’incarner tour à tour une facette de ce personnage complexe au cœur d’un drame intimiste à la portée universelle. Ils dessinent par bribes le portrait d’un gamin qui accepte les sentiments qui le tiraillent avant de pouvoir, vraiment, devenir un homme.


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Bandit des grands chemins, monteur de meubles IKEA à ses heures perdues, ayant un penchant pour les dames d’un certain âge (Meryl, Susan, Maggie, Julianne, je vous aime). Le ciné, la photo et l’art, voilà les trois choses qui font tourner mon monde, sans lesquelles j’aurais quelques difficultés à me lever le matin. « Les meilleurs films sont comme des rêves qu’on n’est pas sûr d’avoir faits ». À bon entendeur.

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