Mumford & Sons, la folk en moins

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140 mumford and sons

Trois après Babel qui les avait consacrés rois du mouvement néo-folk et leur avait permis de décrocher le Grammy du meilleur album, les Mumford & Sons reviennent avec Wilder Mind. Virage à 180° pour le groupe britannique qui remplace ici l’acoustique par l’électrique.

Tout était dans le titre. Wilder Mind … Les Mumford & Sons voulaient donc se la jouer plus sauvage. A l’écoute de l’album, sauvage n’est pourtant pas l’adjectif qui semble convenir. Electrique peut-être, rock sûrement, mais surtout inabouti, malheureusement.
Epuisés par sept années de scène non-stop et la promotion de deux albums les ayant propulsés au sommet, Marcus Mumford et sa bande de troubadours prennent un break, songent à la séparation et décident finalement de repartir, bille en tête mais nouveaux instruments dans les mains. Exit le banjo, la contrebasse, les cuivres et l’accordéon, ces instruments folks qui rendait leur musique si particulière. Ici, la guitare électrique a remplacé l’acoustique et la batterie a pris du galon.

Into the wild

Plus sombres, les morceaux de ce troisième album tâtent de la caisse claire, prolongent la voix en reverb et abusent du riff distendu. Pas étonnant quand on sait qu’ils ont été produit par James Ford, ancien collaborateur d’Arctic Monkeys. Et c’est là que le bas blesse, quand on connait l’inventivité déployée musicalement par Mumford & Sons sur Sigh No More et Babel en terme de musicalité, il est un peu rude de les voir redescendre à un trio pop guitare-batterie-clavier. Leurs utilisations donne l’impression de morceaux qui se suivent et se ressemblent, peinant à démarrer. L’enchainement « Wilder Mind », « Just Smoke » et « Monster » servant de ventre mou de chansons photocopiées. Une peur nous saisit alors, celle que les londoniens plongent la tête la première dans le rock taillé pour les stades. Peur qu’à la manière des Kings of Leon avec le rock sudiste ou même Coldplay avec la britpop, ils aient abandonné un style qu’ils avaient redéfini et avaient fait leur, pour succomber aux sirènes mainstream d’une pop-rock consensuelle.

I want to believe

Oui mais voilà, même si moins enjouée, la voix de Marcus Mumford soulève toujours autant, entre enthousiasme et désillusion. L’un des thèmes les plus abordés dans Wilder Mind est celui de la perte amoureuse et du doute. Il n’y a qu’à écouter « Believe » (qui porte mal son nom) pour que l’analogie entre ce changement de cap musical et les changements dans la vie personnelle de plusieurs membres du groupe, saute aux oreilles. Nouveau départ, besoin de changement, comme lorsqu’une femme se coupe les cheveux après une rupture, les Mumford ont branché les guitares. Mais derrière l’apparat restent les balades mélancoliques et les montées en puissance. L’identité folk du groupe est bel est bien là, juste tapie sous les oripeaux électriques. « Cold Arms » nous fait frissonner comme au bon vieux temps d’ « After The Storm », « Broad-Shouldered Beasts » évoque le crescendo de « Below My Feet » et « Hot Gates » referme doucement cet opus en nous laissant nous demander s’il s’agit finalement là pas plus d’une évolution que d’une rupture.

Wilder Mind est un album intime et presque chuchoté, une sorte de mot d’excuse pour avoir eu envie d’aller voir ailleurs. En annihilant tout ce qui avait fait l’identité musicale de leurs précédents albums, le groupe semble avoir perdu ce petit supplément d’âme qui fait le succès. Plus classiques, moins audacieux, les douze morceaux du disque font au mieux penser à du sous-Springsteen influencé par le début des Strokes, et au pire à ce que le rock FM nous a fourni de plus mauvais. Si l’on ne peut malheureusement pas saluer la prise de risque, on peut comprendre l’envie de changement tout en rêvant secrètement que le prochain album sera celui du retour aux sources.

 

Top Twe3ts

 

https://open.spotify.com/album/4trTvSZSfcCSzeH8kJeCbD
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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

2 Responses

  1. […] sur « Love Like Mine » des Miami Horror. On vous disait le mois dernier que Mumford & Sons avait lâché la folk pour l’électrique, les troubadours de The Kopecky Family Band (raccourcis pour l’occasion en Kopecky) ont suivi […]

  2. […] couleur générale de l’album s’avère plus douce mais aussi plus sombre. Cependant, à l’inverse des Mumford & Sons sur leur dernier opus, la transition s’effectue sans renier l’identité originelle du groupe. Les voix […]

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