Mustang, libre et sauvage

Classé dans : Cinéma, Le 140 | 2

140 mustang

Si vous avez manqué le début : Fin d’année scolaire dans un village de montagne turc. Cinq jeunes filles en fleurs, soeurs, fêtent les vacances en jouant sur la plage avec des camarades. Des camarades garçons. Et dans les yeux de certains adultes, l’innocence a plutôt la couleur de la honte.

Il y a des jours comme ça où l’on se demande ce qui amène le public dans les salles de cinéma. Des jours où l’on apprend que Les Profs 2 réalise le meilleur démarrage pour un film français depuis 2008 et Bienvenue chez les Ch’tis. Des jours où l’on a la chance de découvrir des perles rares comme Mustang, et où l’on se dit que c’est quand même injuste que ce ne soit pas ce film là qui affole le box office. Des jours où même presque trois semaines après sa sortie, on décide que l’on va écrire sur un film. Car féministe, joyeux et jamais victimisant, c’est l’un des plus beaux de l’année.

Mustang c’est le premier film de Deniz Gamze Ergüven, jeune franco-turque passée par le FEMIS, présenté en mai dernier à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes. Déjà un gage de qualité. Cinq soeurs se retrouvent séquestrées par leur famille après que le regard biaisé d’adultes sur leurs jeux d’enfants les fassent passer de la liberté à la répression. Finis le libre arbitre et l’insouciance, après l’humiliation d’un test de pureté on les entraîne à devenir de parfaites femmes d’intérieur et leurs mariages sont arrangés en coulisses. Le titre du film, obscur de prime abord, s’avère être la métaphore parfaite au tempérament fougueux de ces filles à la crinière indomptable. Clairement divisé en deux parties, Mustang convoque à la fois les jeux d’une enfance insouciante et la prise de conscience que la post-adolescence leur coûtera leur liberté.

Le film suit d’abord Sonay, Selma, Ece, Nur et Lale, cheveux au vent dans une dernière rebellion, se repaître dans la chaleur d’un soleil d’été qui semble ne jamais vouloir les quitter. Complice ultime, il leur permet d’exposer encore leur corps et de jouer dans la lumière, tandis que les murs de ce qui est désormais leur prison se dotent de barbelés. Comment alors ne pas penser aux soeurs Lisbon, cinq elles aussi, que Sofia Coppola entouraient d’une lueur bienveillante dans son Virgin Suicides ? Comme Coppola, Ergüven filme les corps qui s’entremêlent dans la candeur d’une fin d’enfance, jusqu’à ce que le jeu devienne un combat pour la vie libre. Mais d’un corps à cinq têtes, les soeurs deviennent alors cinq individus qui doivent décider pour elles-mêmes de leurs vies futures. Accepter la voie tracée par leur famille ou refuser la soumission et fuir pour être libre. Lale, la petite dernière par qui nous suivons l’histoire, refuse catégoriquement de se plier à la condition féminine turque qu’on lui impose et dont elle voit l’effet dévastateur sur ses soeurs. D’un charisme incroyable, son interprète, Güneş Nezihe Şensoy, a un regard frondeur qui vous interpelle jusqu’au dernier plan.

Deniz Gamze Ergüven, tout comme Abderrahmane Sissako avec Timbuktu, a compris que pour contrer l’obscurantisme religieux, éblouir de fraîcheur et de joie était le meilleur moyen d’interpeller. Portrait délicat et enragé d’une société cependant liberticide, Mustang possède une qualité rare et pourtant précieuse en temps de rebellion : l’insoumission.

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

2 Responses

  1. […] en tête des nominations 2016. Mais rien n’est encore joué. Il faudra compter sur le fougueux Mustang, de Deniz Gamze Ergüven, Fatima, de Philippe Faucon, La loi du marché, de Stéphane Brizé, Mon […]

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