Neill Blomkamp, que ton règne vienne

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Cher Neill,

Je me souviens de cette publicité qui montrait une voiture se transformer en robot dans un ballet gracieux aux mouvements presque humains. C’était irréaliste et magnifique… et l’un de tes premiers jobs. Aujourd’hui, tu es un des réalisateurs de science fiction les plus prometteurs de ta génération.

Quand District 9 arrive en France, en 2009, certains disent que tu es le chouchou de Peter Jackson, qu’il t’a repéré alors que tu réalisais des courts métrages adapté du jeu vidéo Halo. Non pas que j’aime vraiment Peter (ses adaptations du Seigneur des anneaux me déçoivent régulièrement) mais je respecte ses choix et j’aime Halo. Je me prends District 9 en pleine poire, comme une gifle ultra-violente. Mon cœur s’emballe. Qui est donc ce type qui vient de mettre le feu à dix ans d’une SF pantouflarde ? Est-il d’une autre planète ? Pas loin. D’Afrique du sud.

Avec District 9, tu offres des effets de « shaky cam » justifiés, clairs, dynamiques. Ta narration est prenante. Sur-prenante, même. L’avenir que tu dépeins réécrit l’apartheid, si loin mais pourtant toujours présent dans ton cœur. Et tu as l’audace de sortir Sharlto Copley de son trou. Rien que pour ça : merci ! Pour nous, c’est l’une des plus belles découvertes de la décennie.

Frayeur lorsque tu signes en 2013 ta première collaboration avec Hollywood : Elysium. Autant te le dire fissa, j’aimais que tu ne sois pas formaté au cinéma américain. Tu avais cette liberté que beaucoup t’enviaient. Ce regard novateur… Le risque était que tu tombes dans le piège de réaliser un énième film qui se termine en « man ». Mais rien de tout ça. J’ai aimé Elysium. Certes, un certain conformisme dans ton scénario l’avait emporté, mais ton univers était là : poisseux, biomécanique, malade de corps et d’esprit, avec toujours cette notion d’injustice dans la stratification de notre espèce. Dans l’échelle des castes, mon ami, tu es à part. N’as-tu pas raison dans le fond ? Ne se voile-t-on pas la face avec nos films de science-fiction à l’avenir doré ? Toi, au moins, dans ton manichéisme, le bien se demande si le mal n’a pas un peu raison. Il est le reflet de nos doutes et de nos incertitudes envers l’avenir.

Arrive ton petit dernier, Chappie, l’histoire d’un robot qui va grandir comme un enfant, avec ses peurs, ses appréhensions… À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore vu le film. Pourtant, tes réalisations ont toujours été montrées en avance à la presse française. Qu’est-ce qui se passe ? Redoutes-tu les mauvais retours ? Tes producteurs n’ont-ils pas confiance en toi ? Peut-être n’aimes-tu pas la campagne publicitaire qui a envahi les rues ? Peut-être qu’à l’heure où j’écris ces lignes, Chappie n’est déjà plus ton film. J’imagine que, pour toi, les androïdes rêvent de moutons électriques en attendant de prendre le nom de Byerley et de diriger l’humanité d’une main plus juste. Tu reconnaitras sans doute ici Philip K. Dick et Isaac Asimov. S’ils étaient encore là, ils t’appelleraient « Junior » ou encore « le bleu » et te donneraient une tape amicale dans le dos.

Et puis voilà que tu te mets à affoler la toile avec trois concepts arts d’un nouvel Alien publiés sur ton compte Instagram. Le tapage est tellement énorme que la Fox te confie le projet. Ce n’est pas pour me vanter, mais j’avais flairé le coup à des kilomètres avant tout le monde. Il me tarde maintenant de voir le résultat.

Pour terminer, je te dirais simplement, mon cher Neill, qu’il y a dans ton cinéma une anticipation qui sonne plus vraie à mes oreilles (et à mes yeux). Tu es le seul à faire de la SF en sachant regarder derrière toi pour mieux avancer.

En espérant qu’il en soit toujours ainsi. Amicalement.

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J’aime regarder les choses, j’aime encore plus les sentir. Une histoire doit transporter, faire vibrer en bien ou en mal. Quelque soit le but, c’est le voyage qui reste le plus intéressant.

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One Response

  1. […] que, Neill, on était plutôt contents (voire extatiques pour certains, suivez mon regard vers Clément Sautet), que tu reprennes en main la saga Alien mais là… c’est plutôt panique à […]

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