Of Monsters & Men, le volcan sous la glace

Classé dans : Le 140, Musique | 1

140 of monsters

C’est en 2012 à la faveur d’un tube à la ritournelle implacable, « Little Talks », que nous avions fait connaissance avec le quintette islandais d’Of Monsters & Men. Grâce à leur indie folk généreuse et enthousiaste, ils avaient remporté l’adhésion à travers le monde. Trois ans plus tard, réussissent-ils à passer le cap du si difficile deuxième album ?

Björk et Sigur Rós ne seront plus les seuls noms à vous venir en tête lorsque l’on vous parlera de « sensation musicale venue d’Islande ». De cette contrée décidément musicalement fertile, il y aura désormais Of Monsters & Men. Pourtant composés sur cette terre humide peuplée de légendes, les douze bombes de leur premier album My Head Is An Animal (2012) avaient déjà une bonne dose de légèreté et de candeur. Accessible et accrocheur, l’album redonnait ses lettres de noblesse à une indie folk qui, entre les mains de certains, virait plutôt à la pop FM de bas étage. Of Monsters & Men fait sien l’attirail remis au goût du jour par Arcade Fire et suivi scrupuleusement par tout ce que ce monde compte de groupes ambitieux et prometteurs (Mumford & Sons, I’m From Barcelona, Noah & The Whale, The Lumineers…) : cuivres en cascade, échos de « hey-oh », accordéon en embuscade, choeurs habités…
Qu’il est bon de savoir faire simple.

Simply the best

Et puis nous voilà avec Beneath The Skin dans les oreilles. Trois ans, 27 pays et 231 dates plus tard, Of Monsters & Men a tout de même trouvé le temps de peaufiner treize nouveaux morceaux. Moins festifs, plus rock, ils forment une transition en douceur vers la maturité. Sans s’éloigner du tubesque (« Crystals » ou bien « Winter Sounds » remplissent amplement le contrat), la couleur générale de l’album s’avère plus douce mais aussi plus sombre. Cependant, à l’inverse du dernier né de Mumford & Sons, la transition s’effectue sans renier l’identité originelle du groupe. Les voix de Ragnar Þórhallsson (vous pouvez l’appelez Raggi) et Nanna Bryndís Hilmarsdóttir (là je ne peux rien faire pour vous) s’entremêlent toujours dans d’imposantes montées en puissance incroyablement orchestrées, allant de la balade « I Of The Storm » au pur rock « We Sink ».

Mais Beneath The Skin est avant tout sensible, mélancolique parfois. Si l’on peut regretter que l’album n’explore pas autant qu’il avait su le faire par le passé le côté festif de la folk, il en ressort une douceur et une maîtrise telles que l’on ne peut qu’être emporté. « Thousand Eyes » et le déchainement musical de son final est épique dans un sens que connait bien Woodkid. Impossible de ne pas se sentir dresser les poils des avant-bras sur l’électrique « Hunger ». Si l’on s’évade toujours à l’écoute des histoires inspirées des mythes nordiques et des créatures de légendes dont ils ont fait leur signature (« Empire », « Wolves Without Teeth »), les compositions s’avèrent également plus introspectives, plus personnelles (« Human »).

Musi-magiciens venus du froid

Of Monsters & Men déjoue de manière impressionnante le piège du deuxième album. Mieux, l’ambition et le talent affichés sont tels qu’on ne peut que parier sur leur réussite future. L’identité qu’ils se sont forgés et en laquelle ils continuent de croire devrait les mener bien plus loin que leur île natale. Magiciens aussi mystérieux que leur terre, le quintette a le pouvoir d’arrêter le temps et de transporter quiconque prête une oreille attentive à leur musique sur un glacier, le regard à l’affût de la moindre créature onirique qui pourrait pointer le bout de son nez. Musi-magiciens, Of Monsters & Men c’est le feu qui dort sous la glace, un peu comme l’Islande.

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

One Response

  1. […] Relire notre critique de l’album ici.  […]

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