On n’est pas sérieux quand on a 17 ans – Les meilleurs films sur l’adolescence

Classé dans : Cinéma, Top 5 Records | 3
La sortie du précieux This is not a love story replonge la rédaction de Pop’Up dans ces films sur l’adolescence touchés par la grâce. Et parce qu’on n’est pas sérieux quand on a 17 ans, on a fait le tri de dix-sept de ces merveilles à (re)découvrir encore et encore.
Par Marine Bienvenot et Christophe Chadefaud

1.Le monde de Charlie

Le Monde de Charlie

De Stephen Chbosky (2013)

 

Ado type : Charlie, adolescent largué, mystérieux mais éminemment touchant.

Son histoire : Weirdo lunaire, Charlie n’attire pas les foules dans son nouveau lycée. Précoce pour les plus bienveillants, taré pour les bas du front, son expérience lycéenne est compliquée. Jusqu’au jour où deux terminales, eux aussi en marge, le prennent sous leurs ailes. Mais pour profiter pleinement de sa jeunesse, Charlie doit se délester du poids de son passé.

Sortie de crise : On ne l’avait pas vu arriver, cette petite bulle d’adolescence vouée à toucher une génération entière. Le Monde de Charlie, délicat, dur, pudique et respirant les plus belles expérimentations de la jeunesse, est un petit bout de bienveillance. L’adolescence ne se vit pleinement qu’entourée d’une bande d’amis avec qui tout découvrir, tout supporter. C’est cet âge d’or qui est particulièrement bien dépeint dans le film de Stephen Chbosky : celui où l’on accepte de renoncer à ses peurs et à ses douleurs d’enfant pour, enfin, devenir un adulte épanoui. Et immortel.

2.Breakfast Club

Breakfast Club

De John Hughes (1985)

 

Ados types : Le sportif, le cerveau, le rebelle, la reine du bal et la détraquée. Vous et moi quoi.

Leurs histoires : Cinq adolescents aux personnalités de prime abord fort éloignées, se retrouvent en retenue ensemble tout un samedi avec un sujet de dissertation commun : « Qui pensez-vous être ? ». L’occasion, en tuant le temps, de se rendre compte qu’ils ne sont peut-être pas si différents les uns des autres.

Sortie de crise : Sur l’arbre généalogique des « coming of age movies » (ces films sur le passage à l’âge adulte), Breakfast Club serait tout en haut, celui dont les autres découlent. Comédie étendard d’une jeunesse qui souhaite être prise pour ce qu’elle est, à savoir des adultes en devenir, Breakfast Club est devenu un objet culte. Le film de John Hughes fait claquer la rage et la remise en question inhérentes à cet âge que l’on appelle ingrat, où les apparences sont souvent plus que ce qu’elles laissent paraître. On ne peut plus moderne, intemporel, Breakfast Club prône le connais-toi toi-même. Mais toujours le poing levé, pour ne jamais oublier d’où l’on vient.

3.Virgin Suicides

Virgin Suicides

De Sofia Coppola (2000)

 

Ados types : Lux, Mary, Therese, Cecilia et Bonnie, les solaires sœurs Lisbon.

Leurs histoires : Cecilia Lisbon tente, un jour, de se suicider. C’est tout le reste de la famille qui est désormais sous les projecteurs. Racontées par quatre voisins énamourés, l’histoire des sœurs Lisbon est presque une odyssée. Une quête sur la fascination et les questions, sans réponses, du pourquoi du mal-être adolescent.

Sortie de crise : Virgin Suicides est le premier film de Sofia Coppola qui, on le sait maintenant, dédie une bonne partie de son œuvre au spleen adolescent en général, et féminin en particulier. Sofia Coppola filme comme jamais la douceur et la mélancolie adolescentes dans ce petit bijou suranné où l’ennui flirte avec la fascination. La découverte d’un pouvoir d’attrait féminin et la peur de celui-ci sont le point d’ancrage de cette ritournelle enchanteresse, portée par la partition tout en légèreté d’Air. Chef-d’œuvre.

4.Boyhood

Boyhood

De Richard Linklater (2014)

 

Ado type : Mason, de A à Z. Du moins de sa plus tendre enfance jusqu’à son entrée dans l’âge adulte, en avance rapide.

Son histoire : De douze ans de vie, Richard Linklater a décidé de faire trois heures de film. Boyhood est un projet hors du commun sorti du cerveau pas tout à fait construit comme le nôtre de Richard Linklater (Before Sunset, Génération Rebelle…). De 6 à 18 ans, il a suivi la vie de jeune homme en construction de Mason, nourrie par les propres expériences de son acteur, Ellar Coltrane. On le voit évoluer, mûrir, expérimenter et traverser la vie d’un enfant, puis d’un ado des années 2000. L’expérience est si saisissante qu’au bout de 2h45, on a l’impression de ne pas l’avoir vu grandir.

Sortie de crise : La réussite de Boyhood réside dans son exploration de la normalité. Mason grandit, mûrit, vieillit, aime, s’émerveille, souffre, se cherche, au fil de la pellicule. Comme vous, comme nous, comme tout un chacun. Le film devient, de ce fait, générationnel, morphing d’une vie et radiographie des années 2000. Un moment suspendu qui vous saisit, vous pousse à vous retourner sur votre passé et à chercher de quoi votre avenir sera fait.

5.States of Grace

States of Grace

De Destin Cretton (2014)

 

Ado type : Marcus, Jayden, Sammy … Des adolescents broyés par la vie qui tentent de se reconstruire dans un foyer, le Short Term 12.

Son histoire : Grace (Brie Larson) est éducatrice pour adolescents en difficultés. Elle même à peine sortie de cet âge perturbant, elle fait face à ses propres démons en s’occupant des leurs. Forcée de revenir sur son passé et les fantômes qui l’habite encore pour donner une chance à son avenir, Grace s’investit, trop peut-être, auprès de Jayden, nouvelle venue en qui elle se retrouve.

Sortie de crise : States of Grace est un film rare. Cette chronique pavée de tranches de vies où la simplicité côtoie le sublime, évite le pathos tout en sachant conserver une extrême sensibilité. Passant du rire aux larmes, les portraits de Destin Cretton, lui-même ancien éducateur, semblent si sincères que la frontière entre documentaire et fiction est parfois fine. Il porte ses personnages cabossés par la vie dans la lumière, enveloppés d’une bienveillante délicatesse. Savoir reconnaître que la beauté peut émerger derrière les moments les plus durs de la vie, fait de States of Grace un plaidoyer saisissant sur l’adolescence. Un film précieux qui te broie et te réchauffe le cœur dans la même minute.

6.Elephant

Elephant

De Gus Van Sant (2003)

 

Ado type : L’ado flingué.

Son histoire : C’est celle d’ados ordinaires, bientôt marqués à jamais par l’horreur. La fusillade du lycée de Columbine est dans tous les esprits, et certainement dans celui de Gus Van Sant, lorsqu’il réalise Elephant.

Sortie de crise : Protecteur, Gus Van Sant prend des archétypes de jeunes (l’angélique, l’artiste, le sportif…) pour les envelopper dans sa lumière, et leur offrir un dernier paradis que l’on sait bientôt perdu. Un film en apesanteur, bouleversant.

7.Juno

Juno

De Jason Reitman (2008)

 

Ado type : Juno MacGuff, teen mom cynique.

Son histoire : Juno, jeune fille bien dans ses boots d’adolescente, tombe enceinte, à 16 ans, du mec dont on n’ose jamais vraiment dire qu’on est amoureuse. Le grand geek qui préfère la course de fond que le football américain, jouer de la guitare sur un perron plutôt que se vriller les tympans au rap US dans un SUV. Juno doit basculer dans une autre adolescence, celle où elle se doit de faire des choix pour elle, mais aussi pour son futur enfant.

Sortie de crise : Signé Jason Reitman, Juno sort en 2008, au moment où la comédie indé, mise sous les projecteurs grâce à Sundance, retrouve une place de choix dans le cinéma américain. Sous les ressorts d’une petite sucrerie pop et dans l’ère du temps, le scénario, signé Diablo Cody, aborde avec justesse les blocages d’adolescence et ces accidents de la vie qui font grandir un peu plus vite que prévu. Sans entrer dans le débat pro-life ou pro-choice, Juno évoque avec justesse, tendresse et aplomb les différents stades de l’acceptation d’une grossesse autant que ceux de l’acceptation de soi.

8.La fureur de vivre

La Fureur de vivre 

De Nicholas Ray (1956)

Ado type : Le rebelle, le vrai.

Son histoire : A 17 ans, Jim Stark est le petit nouveau de son lycée de Los Angeles. Il traverse son adolescence comme il peut, avec une mère castratrice, une figure paternelle en toc et sous l’œil hostile des institutions. Son intégration à la Dawson High School va être rock’n’roll.

Sortie de crise : Fini les années 1930-40 et ses ados idéaux façon Mickey Rooney et Judy Garland ! James Dean est l’incarnation de la rébellion qui va secouer la jeunesse des années 1950-60. Les démons personnels de Dean, sa dualité, sont une véritable tornade de sentiments inhérents à l’adolescence, que La Fureur de vivre parvient parfaitement à catalyser.

9.This is not a love story

This is not a love story

D’Alfonso Gomez Rejon (2015)

 

Ado type : Greg Gaines, l’ado caméléon qui copine avec tout le monde pour n’avoir de problèmes avec personne.

Son histoire : Greg n’attend qu’une chose de ces années lycée : leur fin. Alors quand sa mère lui ordonne de reprendre contact avec la fille d’une amie, atteinte d’une leucémie, ça contrecarre légèrement les plans de celui qui a décidé de ne s’attacher à personne. Ben oui, on évite ainsi bien des problèmes, à l’âge où un regard de travers à la cantine peut changer à tout jamais ta destinée d’être humain en devenir.

Sortie de crise : La maladie chez l’adolescent, Hollywood l’avait déjà abordée de manière ultra-pompière avec le lacrymal Nos étoiles contraires. C’est tout l’opposé que propose ici Alfonso Gomez Rejon. Avec This is not a love story, il déploie des trésors d’imagination et de sensibilité pour lutter contre la perte, qu’elle soit d’un être cher ou de son innocence. Ce chemin de croix, marqué par la tragédie, est pourtant d’une douceur enveloppante où la peur finit par laisser place à une confiance en soi, et en l’autre, touchante.

10.Le cercle des poètes disparus

Le Cercle des poètes disparus

De Peter Weir (1990)

 

Ados types : Neil Perry, Todd Anderson, Knox Overstreet et tous les autres élèves de l’académie huppée et ultra compétitrice de Welton.

Leurs histoires : Envoyé par ses parents dans le Vermont pour suivre les traces de son illustre grand-frère, Todd (Ethan Hawke) intègre la Welton Academy, école préparatoire de luxe pour qui souhaite devenir ministre. Ou avocat de ministre. Ou médecin de ministre. Au milieu de professeurs vantant l’excellence à tout prix, John Keating, professeur de lettres, détonne. Les encourageant à embrasser leur liberté au son du Carpe Diem, il les pousse à recréer le Cercle des poètes disparus.

Sortie de crise : Oh captain, my captain ! Porté par l’élégance, la malice et l’intelligence de Robin Williams, Le Cercle des poètes disparus met en lumière cette jeunesse certes aisée, mais aussi enfermée dans le carcan d’une obligation de réussite. En mentor d’esprits libres, John Keating marqua des générations d’adolescents, plus ou moins rebelles. Mais le film de Weir aborde aussi la noirceur et l’impression, chez certains adolescents, de ne jamais pouvoir être quelqu’un d’autre que ceux qu’ils sont amenés à devenir dans l’imaginaire de leurs parents. Sombre et lumineux, porteur d’espoir et de limites, Le cercle des poètes disparus a marqué des générations de rêveurs.

11.Donnie Darko

Donnie Darko

De Richard Kelly (2001)

 

Ado type : L’insaisissable.

Son histoire : Donnie est bien des choses. Schizophrène à tendance paranoïaque pour sa psy, asocial pour ses profs, Donnie est traversé de visions d’un monde qui s’écroule.

Sortie de crise : Au-delà des projections qu’on lui renvoie de lui-même comme autant de sentences définitives sur qui il est vraiment, le personnage de Donnie fascine. Ce premier long métrage de Richard Kelly est une chronique de l’adolescence troublante, mâtinée de fantastique, un jeu de miroirs dans un monde définitivement gangrené. Un petit prodige.

12.Cet été là

Cet été là

De Nat Faxon & Jim Rash (2013)

 

Ado type : Le doux timide.

Son histoire : Les vacances d’été des 14 ans de Duncan promettent d’être interminables. Autour de lui : une demi-sœur superficielle, une maman aimante mais carpette et un beau-père en forme de mâle dominant de pacotille qui prend un plaisir malsain à le rabaisser. Heureusement, il va se trouver un modèle masculin plus inspirant au parc de loisir du coin.

Sortie de crise : L’heure est à l’affirmation de soi. Hors du carcan des teenages élevés en batterie à Hollywood, le jeune Liam James (le fils de John Cusack dans 2012) est la révélation de ce premier long-métrage tout en finesse, réalisé par les deux scénaristes de The Descendants.

13.The we and the i

The We & The I

De Michel Gondry (2012)

Ados types : Les nouveaux comédiens.

Leurs histoires : Ils s’appellent Michael, Teresa, Big T, Alex, Chen ou Kenny. Ils sont bruyants, bourreaux, victimes, amoureux et impitoyables, et s’embraquent dans le bus qui traverse le Bronx à la sortie de leur lycée.

Sortie de crise : Une jolie brochette de comédiens non professionnels mélangent leur vie à cette fiction auquel Michel Gondry donne un ton délibérément proche du docu aux couleurs vibrantes. On n’a jamais autant joué la comédie qu’au moment du lycée, où quand se dévoiler à l’autre, c’est prendre un risque fou, celui d’être jugé par ses pairs.

14.Saved

Saved !

De Brian Dannelly (2004)

 

Ado type : La bigote repentante.

Son histoire : La vierge Mary a pêché. Bon ok, Jésus avait fait le déplacement en personne pour qu’elle couche avec son boyfriend afin de le sauver de son homosexualité. Morale de l’histoire : Mary est en cloque. Quant à sa réputation sur son campus ultra catho, c’est la chute libre…

Sortie de crise : Sous ses airs de campus movie endimanché, cette comédie pétillante cache une critique de l’éducation religieuse diablement finaude et un chapelet entier de jeunes comédiens touchés par la grâce (Jena Malone, Mandy Moore, Eva Amurri, Macaulay Culkin…)

15.Génération rebelle

Génération rebelle

De Richard Linklater (1993)

 

Ado type : Randall « Pink » Floyd, l’adolescent force tranquille.

Son histoire : Fin d’année scolaire dans une petite ville du Texas à la fin des années 1970. Les lycéens du coin fêtent le début de trois mois de glande suprême à coups de bizutages des futurs élèves, de roulage de joints en pagaille et de musique à fond la caisse.

Sortie de crise : Il n’est pas étonnant de voir Richard Linklater être le seul réalisateur, avec John Hughes, à figurer deux fois dans ce classement. Peu ont réussi aussi bien qu’eux à mettre des mots et des images sur ce qu’est l’adolescence. Ce sont probablement les seuls à avoir réalisé leurs films comme des ados et non des adultes-anciens ados. Génération rebelle, c’est l’adolescence insouciante. Celle qui ne pense ni à hier, ni à demain, mais seulement à ce qu’elle peut faire pour rendre aujourd’hui inoubliable. Après tout, n’ont-ils pas la vie devant eux ?

16.Pump up the volume

Pump up the volume

D’Allan Moyle (1990)

 

Ado type : Le pirate masqué.

Son histoire : Débarqué contre son gré dans un patelin paumé de l’Arizona, Mark monte une radio clandestine dans sa chambre. Ado réservé au lycée, il se libère derrière son micro, en devenant Harry La Trique, libre penseur (un brin) obsédé et bientôt voix de sa génération désabusée.

Sortie de crise : Mark se pose les grandes questions. Si tout a été fait, tout a été dit, que la planète est flinguée et nos politiques corrompus, que peut-on encore attendre de la vie quand on l’a justement devant soi ? Sexy et rebelle à l’image de Christian Slater, idole des 90’s.

17.Ferris Bueller

La folle journée de Ferris Bueller

De John Hughes (1986)

 

Ado type : L’hédoniste.

Son histoire : Ferris Bueller est un formidable cancre qui décide de s’accorder une journée de congés plutôt qu’aller au lycée, histoire de profiter de la vraie vie avec sa copine et son meilleur ami.

Sortie de crise : Nouvel incontournable des films d’adolescence signé par John Hughes, le maître en la matière. Matthew Broderick y incarne l’ado-héros de ses pairs, le défi à l’autorité du lycée et aux établies sans son consentement. Une belle ballade.

 

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

3 Responses

  1. […] trouvé entre la fragilité de ces êtres en construction et leur incroyable force de vie, alors, l’adolescence offre au cinéma des chroniques en apesanteur aussi rayonnantes que Le monde de Char… This Is Not a Love Story rejoint illico ces miraculés, en même temps que la liste des meilleurs […]

  2. […] L’adolescence dans ce qu’elle a de plus beau au cinéma, c’est ici. […]

  3. […] peut compter les oeuvres traitant du périlleux passage de l’enfance à l’âge adulte sur les doigts d’environ 40 000 mains. Sleeping Giant, le premier film d’Andrew […]

Laissez un commentaire