Pentagon Papers, laissez parler les p’tits papiers

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Si vous avez manqué le début : Alors qu’en 1971, le New York Times publie une série de documents confidentiels, les Pentagon Papers, liés à la gestion gouvernementale de la guerre du Vietnam, le Washington Post, premier journal à être dirigé par une femme, doit faire un choix : suivre l’exemple de son concurrent et publier à son tour des révélations, au risque de se faire attaquer par la justice, ou se taire.

Deux films en deux mois. C’est ce que nous offre sur un plateau d’argent Steven Spielberg en ce début d’année. Avant de pouvoir découvrir fin mars son nouveau film de science-fiction adapté d’un roman d’Ernest Cline, Ready Player One, le réalisateur propose avec Pentagon Papers un film politique inspiré d’une histoire vraie, dans la lignée des grands films de journalisme, tels que Les Hommes du Président et Spotlight.

L’autre scandale

Nous sommes en 1971, trois ans avant le Watergate, mais c’est d’un autre scandale d’Etat dont il s’agit ici, celui des Pentagon Papers. Ces quelque 7000 pages de documents confidentiels, commandés par le secrétaire à la Défense Robert McNamara, analysent la façon dont les gouvernements américains successifs ont, par pur orgueil, préféré s’enliser au Vietnam dans une guerre que tout indiquait comme perdue d’avance, plutôt que de renoncer face à un ennemi communiste.

Le film de Spielberg aurait pu prendre le parti de s’intéresser à l’enquête journalistique du New York Times, qui révèle d’abord l’affaire. Pourtant, les scénaristes (Liz Hannah, qui signe ici premier scénario, et Josh Singer, récemment oscarisé pour un autre grand film de journalisme, Spotlight) ont fait le choix d’adopter le point de vue du concurrent direct du quotidien new-yorkais, le Washington Post, au moment même où celui-ci, dont la direction vient d’échoir pour la toute première fois entre les mains d’une femme, Katharine Graham, va faire son entrée en bourse.

Profession reporter

Pentagon Papers ne s’attache donc pas tant aux arcanes de la révélation d’un scandale politique, puisque celle-ci a déjà commencé dans les colonnes du New York Times, mais plutôt au dilemme auquel la nouvelle directrice de publication du Washington Post (Meryl Streep) va devoir faire face.
En collaboration avec son rédacteur en chef (Tom Hanks), il va lui falloir décider si oui ou non il faut poursuivre la publication des documents classés secret défense au nom de la liberté d’expression et du devoir d’informer, au risque d’être poursuivi par la justice mais aussi d’effrayer les éventuels nouveaux investisseurs. D’autant que Katharine Graham compte dans son cercle d’amis proches ceux-là mêmes qui se retrouvent mis en cause par les révélations, en premier lieu Robert McNamara (Bruce Greenwood), secrétaire à la Défense des présidences successives de John F. Kennedy et Lyndon Johnson.

Si cet angle narratif légèrement décalé sur un moment de l’histoire politique américaine peu connu (tant il a été submergé par celui du Watergate quelques années après) fait toute l’originalité du scénario, sa richesse provient également des enjeux multiples qui se superposent.
Plus habituée aux mondanités qu’aux prises de décisions, Katharine Graham va devoir se faire une place au sein d’un conseil d’administration exclusivement composé d’hommes. Dans ce rôle, Meryl Streep (qui, elle, à l’inverse, n’a plus grand-chose à prouver de son talent), étonne avec une interprétation toute en retenue avant que son personnage s’affirme, allant jusqu’à créer un précédent historique.

Un cinquième pouvoir nécessaire

Ecrit avant l’élection présidentielle américaine, ce récit historique résonne directement avec notre actualité immédiate. Pour ne rien perdre de sa pertinence, Spielberg a réalisé ce film en urgence, en à peine un an. A l’heure où Donald Trump a fait de la presse son ennemi, où il dénonce des « fake news » à tour de bras et où les lanceurs d’alerte sont poursuivis par la justice, Spielberg, avec ce film, vient réaffirmer la nécessité d’un cinquième pouvoir au bon fonctionnement de la vie démocratique, tout en dénonçant à travers le parcours de Katharine Graham l’absurdité du patriarcat occidental.
Ainsi, la silhouette de Nixon que l’on aperçoit toujours de dos dans l’encadrement d’une fenêtre de la Maison Blanche, pourrait tout autant être celle de Donald Trump…

 


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Bandit des grands chemins, monteur de meubles IKEA à ses heures perdues, ayant un penchant pour les dames d’un certain âge (Meryl, Susan, Maggie, Julianne, je vous aime). Le ciné, la photo et l’art, voilà les trois choses qui font tourner mon monde, sans lesquelles j’aurais quelques difficultés à me lever le matin. « Les meilleurs films sont comme des rêves qu’on n’est pas sûr d’avoir faits ». À bon entendeur.

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