Peter Peter, mélancolie éthylique

Classé dans : Introducing, Musique | 3

Peter Peter

© John Londono

Peter Peter, un doublon qui prend tout son sens dès que l’on se penche un peu sur la personnalité de ce Québécois qui nous a fourni cette année un album toujours en équilibre entre tube générationnel et mélancolie sourde. Il est de ceux qui crache leur hargne et les peurs d’une génération sacrifiée à coup de micro.

Double et trouble, Peter Peter. Cette bipolarité on la retrouve à peu près dans tout ce qui touche le jeune homme : ses textes, sa vie, sa musique. Tout a commencé durant cette période floue entre l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte. Ce moment parfois frustrant où l’on a l’impression de se sentir seul au milieu de gens que l’on a toujours connu. A cette époque, il noie ses peurs et ses incertitudes dans des verres qui se vident inexorablement. En attendant mieux. En attendant la vie.
Ces angoisses latentes on les ressent dans des textes comme Une version améliorée de la tristesse, mais là où toute la dualité du canadien fait mouche, c’est qu’il y exprime au même moment l’espoir. Musicalement, sa pop teintée d’électro est à la fois radicalement moderne et teintée d’un rétro symbolisé par des nappes éthyliques au synthétiseur et le son embrumé d’un saxophone.

Symbole de cette génération 2.0 qui s’auto-analyse et se scrute sans cesse à coup de tweet ou de filtre instagram, Peter Peter se retourne sur ses expériences en musique et y projette tout ce qu’il espère de ses fuites en avant (Carrousel). Ce qui semble être alors le reflet de la vulnérabilité d’un être, devient le cri sourd d’une génération. Car le jeune homme avoue volontiers ne pas « vouloir rendre les gens tristes mais les réconforter », et il y parvient en s’inspirant d’artistes comme José González, Elliott Smith ou The Radio Dept. Anxieux et excessif comme il se décrit lui-même, il a réussi à trouver le parfait alliage entre lyrisme et énergie, entre contemplation et explosion, à faire pleurer et danser en même temps (Tergiverse).

Je ne peux m’empêcher de penser aux images d’un autre québécois, Xavier Dolan, en écoutant certains morceaux de Peter Peter. Je retrouve chez ces deux compatriotes cette urgence à vivre et ce portrait sans faux-semblant de la jeunesse d’aujourd’hui, dont ils sont d’ailleurs deux beaux étendards. De là à dire qu’un morceau du premier trouverait parfaitement sa place dans un film du second… À bon entendeur !

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

3 Responses

  1. Françoise D'Inca

    Merci Marine pour cette découverte ! Pop ‘up et Peter Peter , Ton article est chouette je partage Baci !

    • Marine Bienvenot

      Merci Francesca, ça me fait bien plaisir que tu sois venue jeter un coup d’oeil et qu’en plus tu aies découvert et aimé Peter Peter ! A très vite ! Bises

  2. […] Peter Peter et son nom doublon qui méritait un reboot. Le québécois, borderline, a préféré se faire la voix d’une génération un peu bancale plutôt que de se perdre dans les volutes d’alcool. Les vapeurs éthyliques, il préfère donc les mettre sur ses morceaux à cheval entre la mélancolie et la rage, entre espoir et désespoir. Le saxophone eighties côtoie l’électro et des textes d’une modernité sans faux-semblants sur la jeunesse d’aujourd’hui. Plus José Gonzalez que Coeur de Pirate (avec qui il collabore pourtant), sa « Version améliorée de la tristesse » a trouvé le parfait alliage entre contemplation et énergie. Le don de faire pleurer et danser à la fois. […]

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