Rencontre avec le réalisateur de Dofus

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PopandupRealDofusIntroIl est l’homme par quoi tout a commencé. Derrière le pseudo « TOT » il y a le maître d’œuvre du studio Ankama. Dofus – Livre 1 : Julith est sa dernière création. Son nom : Anthony Roux. Sa profession : maître du monde dans Dofus… et réalisateur dans la vraie vie. Il répond à nos questions.

Avec la réussite du jeu Dofus, de la bande dessinée, puis de la série, quel a été l’élément déclencheur pour lancer la réalisation du film ? Avec qui est née l’idée ? Etait-elle déjà présente il y a 13 ans au lancement du jeu ?

Alors non, l’idée n’est pas née il y a 13 ans. Ankama a commencé tout petit et tout doucement et les idées et projets sont venus progressivement. Nous avons commencé à réfléchir au film Dofus en 2009 avec Xavier Houssin et Jean-Jacques Denis. C’est parti d’un délire et le projet a pris vie.

Pour créer l’univers de Dofus, vous vous êtes servis de supports extensibles comme le jeu vidéo ou la série qui permettent de laisser libre cours à son imagination. Passer au support cinéma, avec ses règles, son format réduit, n’a-t-il pas bridé certaines facettes de l’histoire et de vos envies ? Quelles étaient les limites à se fixer pour être cohérent avec la mythologie de Dofus ?

Je ne me suis jamais senti bridé dans aucun support ou média. En réalité, les techniques et rythmes narratifs sont différents, mais je suis convaincu que l’essentiel repose toujours sur les épaules des personnages. Du coup, même si l’univers est vaste, même si les médias sont différents, nous essayons toujours de nous accrocher à de bons personnages. Et à force de passer du temps avec Joris, Yugo et leurs amis, ils finissent par exister et piloter leurs propres histoires (si on les confronte à de bons méchants). Pour moi comme pour les fans, ces personnages finissent par exister et faire partie de la famille.

PopandupRealDofus1On dit souvent qu’il est plus facile de faire pleurer que de faire rire. Comment avez-vous créé cette ambiance « épico-burlesque » ? Comment avez-vous procédé pour l’écriture des gags ?

J’imagine que cela dépend des sensibilités. Pour ma part, lorsque j’écris, je mets beaucoup de moi, comme tous les auteurs, je pense. Je me retrouve dans chacun des personnages et je complète en observant les gens qui m’entourent. Après, je ne sais pas s’il s’agit d’une technique répandue, mais lorsque j’écrivais une scène, j’avais toujours besoin d’être rassuré et je passais mon temps à la raconter à ma femme, mes amis et mon co-réal. En fonction de leurs réactions, j’affinais ou revoyais ma copie. Lorsqu’on aime déconner dans la vie, on aime raconter des anecdotes à ses proches. Des choses qui nous sont arrivées et en générale, dont on a été la victime. J’adore raconter des conneries et les meilleures, sont celles que je raconte plusieurs fois. Elles évoluent et gagnent en délire progressivement, même si à la fin la fiction et la réalité s’emmêlent. Pour les scènes comiques du film, j’ai beaucoup travaillé comme ça. Il y a même certaines scènes que je racontais à JJ (le co-réalisateur Jean-Jacques Denis, NDLR) sans les avoir écrites… Et puis d’autres gags que je disais comme ça, pour déconner, qui se sont retrouvés dans le film.

PopandupRealDofus2Dans les scènes bonus qui se situent à la fin du générique, vous avez Bakara qui enregistre un message dans son Tofu. Cette scène n’était pas prévue du tout. Lorsque nous avons enregistré les voix témoins il y a deux ans, la comédienne s’est retournée vers moi pour me demander comment Bakara pouvait enregistrer son message. Je lui ai dit « C’est simple, elle lui plante une paille dans le c… et chuchote sa phrase ». La comédienne était choquée mais JJ s’est retourné vers moi, satisfait. Il avait dans les yeux cette petite lueur perverse qui fait son charme. La semaine d’après j’arrive dans la salle de montage et je découvre des post-it sur lesquels il avait dessiné la scène et forcément je me suis choppé une barre… Impossible de ne pas la mettre après ça.

Le jeu vidéo, la BD, la série et maintenant le film, Dofus, c’est une grande aventure dans laquelle vous et vos équipes d’Ankama êtes les héros. Le transmédia permet un large champ d’exploration. Avez-vous déjà imaginé ce que pourrait être votre prochaine aventure ?

Oh oui… La prochaine aventure, c’est une plateforme de divertissement online qui regroupe tout ça. J’ai également énormément d’envies orientées « participation communautaire ». Je me rends compte progressivement que nos fans et joueurs sont beaucoup plus à la pointe que nous sur de nombreux sujets et j’aimerais les mettre à contribution.

Faut-il être un public particulier pour voir et apprécier Dofus ? Quel serait l’argument qui permettrait à ceux qui ne connaissent pas votre univers de venir voir le film en salle ?

Hum… Très bonne question. Nous avons travaillé le film pour qu’il s’adresse aux initiés et aux non-initiés de l’univers Dofus. Et sur ce point je sais aujourd’hui que nous avons réussi notre coup. Au final, ce n’est pas le fait que le film soit tiré de l’univers d’un jeu vidéo qui le rend atypique mais bel et bien l’approche très particulière que nous avons eu dans sa création. Nous voulions faire quelque chose de spécial. Jouer avec les codes pour mieux les détourner, voilà ce que nous voulions faire. Et forcément, à ce petit jeu là, ça passe ou ça casse.

PopandupRealDofus3Nous avons énormément de personnes qui ont adoré le film et un tiers des critiques qui n’ont absolument rien compris. Dès qu’on sort les gens de leur zone de confort, il y a un risque de les perdre. J’ai lu des centaines de critiques sur le film et ce qui m’afflige, c’est que les spectateurs ont mieux analysé et compris le film que certains critiques dont c’est le métier.

Quelles étaient vos références ?

Nous avons beaucoup travaillé sur le projet et personnellement, en termes d’écriture, je me suis plongé dans les livres de Joseph Campbell, l’anatomie du scénario de Truby… Nos références allaient des séries d’animation Japonaises aux incroyables films d’action de Tsui Hark (The Blade et Time and Tide, par-dessus tout). Nous avons une quantité incroyable d’influences et ce que nous voulions faire, c’était de créer quelque chose d’assez classique dans la structure tout en détournant les codes. Nous voulions créer les « montagnes russes de l’émotion ». J’adore particulièrement les films de Wes Anderson qui est pour moi un génie sur ce registre. Dans Dofus, si vous rentrez dans le film, vous allez rire, pleurer et vibrer pendant les scènes d’action. Nous voulions tenter ce mélange improbable. A cela s’ajoutait l’envie de créer un méchant que l’on puisse comprendre… La méchante donne son nom au film et il fallait qu’elle soit le plus beau personnage du film. Donc oui, c’est un film grand public, mais son style peut rebuter les casaniers…

PopandupRealDofus4Question bonus : quel rapport entretenez-vous avec les slips… et surtout avec ceux en laine ?

Ha ha ha ! Le coup du slip est intéressant. Nous avons divisé le public avec ce passage. Nous savions à quoi nous nous exposions car déjà en interne, au sein des équipes, certaines personnes avaient vraiment du mal avec le concept. Je ne sais pas, je pars juste du principe qu’à partir du moment où ça n’a jamais été fait, ça doit être fait. Et lorsque je réfléchissais à un artefact,  je me suis rapidement dit que je ne voulais pas un anneau, un cheveu, une goutte de sang ou un truc classique. Mince, il faut bien s’amuser un peu de temps en temps non? Ca a quand même été assez loin car le designer qui devait s’en occuper n’aimait pas l’idée et ne trouvait pas l’inspiration. La semaine d’après, ma femme m’a tricoté un slip en laine, je l’ai porté, on a pris une photo et mon designer avait le modèle idéal. Il a dessiné en se cachant à moitié les yeux, mais j’ai eu exactement ce que je voulais. Faut savoir donner de sa personne parfois.

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J’aime regarder les choses, j’aime encore plus les sentir. Une histoire doit transporter, faire vibrer en bien ou en mal. Quelque soit le but, c’est le voyage qui reste le plus intéressant.

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2 Responses

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