Réparer les vivants : Le choix des larmes

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Reparer les vivants


Si vous avez manqué le début : Plongé dans le coma suite à un accident de la route, un adolescent voit son cœur faire l’objet d’une transplantation vers une femme mûre.



Pleurer durant quarante minutes d’un film qui en compte cent, est-ce possible ? Savoir que tout ceci relève de la technique et de la fiction, et se laisser malgré tout submerger par une émotion inédite, éruptive, presque incontrôlable ? Il y a quelque chose d’irrationnel dans l’impact de Réparer les vivants. Là où d’autres mélodrames mettent tout en œuvre pour vaporiser du jus d’oignon dans les yeux du spectateur afin de remplir son contrat lacrymal, c’est avec une dignité, un élan de cinéma, un amour et un respect immodérés pour son sujet que la réalisatrice Katell Quillévéré réussit ce qu’il convient d’appeler un miracle.

La mort dans la peau

Sur le papier, c’était pourtant loin d’être gagné d’avance. La mort d’un adolescent, la dévastation qui s’abat sur ses proches, le dilemme moral sur le don d’organes, la course médicale contre la montre, l’attente insupportable de la receveuse… La barque est comme on dit « chargée ». Oui, mais voilà. Avec une intuition de médium, le scénario, prodige d’écriture chorale, passe d’un personnage à l’autre et multiplie les changements de décors comme s’il effectuait un authentique voyage. Mieux encore : portée par une inspiration visuelle tenue de la première à la dernière séquence, la mise en scène imprime des images indélébiles, entre lyrisme de requiem et indispensable frontalité, où les effets spéciaux se font les messagers d’une poésie et d’une humanité que tous les Star Wars du monde n’atteindront jamais.

Les liens du sanglot

Alors oui, on pleure parce qu’on ne peut pas faire autrement, sans honte ni retenue, bouleversé par des hommes, des femmes et des jeunes gens qui suscitent une empathie immédiate, percuté de plein fouet par des enjeux dont la nature pourtant terrible se pare d’une sérénité magnifiquement apaisante que véhiculent des comédiens unanimement transcendés par leurs rôles.

À l’heure des bilans, cet accomplissement majeur qu’est Réparer les vivants ne se contente pas de dominer une année cinéma sur le point de s’achever. C’est un de ces rares films qui recommencent en chacun de nous pour nous accompagner très, très longtemps après le mot « Fin ».


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