Rétro 2014, les 10 meilleurs films (1è partie)

Classé dans : Cinéma, Top 5 Records | 2

Comme je vous le disais juste ici, 150 films vus en 2014. Et voilà l’heure d’aborder le haut du panier : celles qui pour moi sont les cinq oeuvres à retenir d’une année finalement assez riche. Si l’on excepte Gone Girl, brillante études des apparence et du couple, les quatre autres films de ce top 5 traitent de la difficulté de grandir. Grandir tout court pour Boyhood, grandir vers l’excellence dans Whiplash, aider les autres à grandir tout en essayant de dépasser ses propres traumatismes pour States Of Grace, et grandir malgré soi dans Mommy.
Quand je vous disais que la jeunesse et la solitude étaient des thèmes qui me touchaient particulièrement, cela me saute encore plus aux yeux en relisant cette liste de films. A croire que cette jeunesse, qu’elle soit symbolisée Xavier Dolan, Destin Cretton, Damien Chazelle, Antoine Olivier Pilon, Brie Larson ou Ellar Coltrane, a bien plus de choses à raconter et de talent qu’on veut bien lui prêter. Et je serai là pour les voir grandir, eux aussi.

Mommy

Exercice on ne peut plus difficile que d’écrire sur ce qui vous a bouleversé. Et encore plus d’expliquer pourquoi. Avoir vu (et parfois revu et revu encore) Mommy cette année relève pour beaucoup de l’expérience cinématographique. Le film de Xavier Dolan se respire par tous les pores, s’insinue sous la chair, squatte votre psyché et devient très vite le compagnon préféré de vos souvenirs. Steve et son Oedipe ont de sacrés problèmes d’hyperactivité et de pulsions violentes, Die sa mère le gère en idéalisant le futur tant qu’elle le peut et Kyla, la voisine mutique, s’impose comme l’équilibre au chaos ambiant. Après seulement cinq films et à un âge que l’on n’ose plus asséner, Xavier Dolan effectue déjà avec Mommy un retour aux sources de son cinéma. Après avoir tué sa mère dans son premier long métrage, ici, il la sublime, toujours grâce à Anne Dorval. Si l’on a cru voir dans Tom à la ferme, sorti quelques mois plus tôt, le début d’une nouvelle ère dans son cinéma, Dolan revient ici à ce qu’il fait de mieux : un cinéma pop mais pas pompeux, référencé mais émouvant. Osant tout (c’est même à ça qu’on le reconnait), Dolan utilise un format carré pour symboliser l’enfermement de ses personnages, il suffit alors d’un semblant d’humanité pour qu’ils puissent, à leur guise, l’étirer. Temporairement. Avec un naturel qui lui manquait peut-être jusqu’à maintenant, Dolan réalise une oeuvre profondément humaine et éminemment bouleversante qui vous fera réécouter du Céline Dion, la larme à l’oeil. Pas le moindre de ses exploits.

States of Grace

Inspiré par son expérience d’éducateur pour adolescents broyés par la vie, Destin Cretton livre avec States of Grace l’un des grands films de l’année. Car sans virer au pathos, sa chronique sur des enfants en souffrance s’éloigne des clichés pour ne garder qu’une extrême sensibilité. Des tranches de vie ou la simplicité côtoie le sublime. Passant du rire aux larmes, ses portraits semblent si sincères que l’on se demande parfois si l’on est dans un documentaire ou dans une fiction. La plus grande force de son film est de savoir reconnaître que la beauté peut émerger derrière les moments les plus durs de la vie. Destin Cretton, bien aidé par la puissante interprétation de Brie Larson, dont la Grace cache ses failles derrière des murs de tendresse, porte ses personnages cabossés dans la lumière, enveloppés d’une bienveillante délicatesse. Grâce à ce Destin définitivement à suivre, States Of Grace est un film rare. De ceux qui te broie et te réchauffe le coeur dans la même minute.

Whiplash

Whiplash est un phénomène à bien des égards. Resté longtemps sur la liste des meilleurs scénarios ne trouvant pas de financement, Damien Chazelle (pas encore trentenaire) s’oblige à le raccourcir. Bingo, un prix à Sundance lui permet de passer du court au long-métrage. Largement inspirée par sa propre expérience de batteur au conservatoire, le scénario de Chazelle accentue la relation malsaine que peuvent avoir un élève souhaitant plus que tout devenir le prochain Buddy Rich et un professeur prêt à tout pour le pousser vers la perfection. Quitte à le manipuler, l’humilier et à lui balancer des cymbales à la figure. Il est aisé de faire une analogie avec Black Swan tant cette satire de la recherche de l’excellence se rapproche du film d’Aronofsky, notamment dans sa séquence finale que l’on ne peut vivre qu’en apnée. Tendu, toxique et transcendant grâce aux interprétations saisissantes de Miles Teller et J.K Simmons, Whiplash enflamme grâce à une rythmique infernale. Bien aidé par un montage énergique, ce duo/duel sauvage vous laisse exsangue, des fourmis dans les bras et un sourire sur les lèvres : qui, finalement, a mené l’autre à la baguette ?

Gone girl

David Fincher n’a plus rien à prouver. Depuis un petit moment déjà. Mais au lieu de s’ennuyer (et nous avec), il préfère s’amuser (et nous avec). Pas en faisant une comédie potache, mais en se jouant des codes du thriller, du couple, des médias et de notre époque au travers d’une étude de cas, somme de tout son cinéma. Le jour de son 5è anniversaire de mariage Amy disparait, laissant son mari en proie aux doutes, à la culpabilité et aux regards douteux de toute une communauté. Dans un jeu de piste où les faux semblants se heurtent aux apparences, Fincher semble vouloir lever le voile sur une certaine vision idéalisée du couple de banlieue. Sous le vernis craquelé d’un mariage parfait et du personnage d’Amazing Amy se joue un jeu bien plus pervers. L’intrigue à tiroirs de Gone Girl donne une impression de puzzle à l’envers, que l’on déconstruirait afin d’en mélanger les pièces. Si le réalisateur en manipulateur omniscient des névroses de ses personnages impressionne, Rosamund Pike est une révélation glaçante, réminiscence moderne et tordue des icônes Hitchcockiennes. David Fincher nous entraîne dans des culs-de-sac pour mieux analyser nos réactions face à un mur et en cela il se joue autant des spectateurs qu’il s’amuse avec eux.

Boyhood

S’il avait fallu donner un sous-titre à Boyhood, cela aurait pu être « une merveilleuse histoire du temps ». Car Richard Linklater, tel un Stephen Hawking du 7è art, a passé une bonne partie de son oeuvre à dompter l’unité de temps. Sa trilogie des Before (Sunrise, Sunset et Midnight), qui montrait l’évolution d’un couple à travers 24h de leur vie sur trois époques distinctes, en était jusqu’à aujourd’hui le fer de lance. Mais il a réussit à faire encore plus fort avec le projet fou de suivre l’enfance, l’adolescence puis l’entrée dans l’âge adulte d’un garçon ordinaire. Le procédé a cela d’extraordinaire, lui, que le tournage s’est déroulé sur 12 ans et que donc Mason grandit, mûrit, vieillit, aime, s’émerveille, souffre, se cherche, au fil de la pellicule. Le temps impose ainsi sa marque sur les visages (Ellar Coltrane évidemment mais aussi les charismatiques Patricia Arquette et Ethan Hawke) et, comme dans la vie, impossible de faire machine arrière. Film générationnel en mode shuffle, morphing d’une vie et radiographie des années 2000, Boyhood nous rappelle d’où l’on vient et nous pousse furtivement à chercher où l’on va. Un moment suspendu qui vous saisit.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Suivre Marine Bienvenot:

Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

2 Responses

  1. […] folk dont il a le secret. Pour la Bonus Track, on revient sur le duo/duel passionnant qu’est Whiplash. Duel mental, parfois physique mais surtout musical. C’est ainsi que l’acte de bravoure […]

Laissez un commentaire