Scrat : Histoire du fondu de L’âge de glace

Classé dans : Be kind, rewind, Cinéma, Home | 0
Scrat
Mascotte et chouchou des studios Blue Sky, Scrat est la vedette de L’âge de glace 5 : les lois de l’univers.
Héros malgré lui de la saga L’âge de glace, Scrat est la mascotte des studios d’animation Blue Sky. Voici le fabuleux destin de l’écureuil préhystérique le plus célèbre du cinéma raconté par son créateur, William H. Frake, que l’on avait rencontré en 2012.

Si, sur la Côte Ouest des États-Unis, Pixar a érigé une petite lampe de bureau en emblème de son studio (en hommage à Luxo Jr., son tout premier court métrage), côté est, c’est un écureuil préhistorique qui fait désormais office de mascotte absolue des studios Blue Sky. Son nom : Scrat. Un regard exorbité, rivé sur une histoire d’amour un brin contrariée avec un gland (sans jeu de mot), qui a survécu aux dinosaures, à la fonte des glaces, à la dérive des continents et aujourd’hui aux pluies de météorites.

Le petit rongeur poissard est désormais indissociable du studio d’animation new-yorkais. Pourtant, il n’aurait jamais dû pointer le bout de son museau. « Comme son personnage dans les films, Scrat n’a jamais été très désiré. » William H. Frake en sait quelque chose. Après tout, Scrat, c’est ce vénérable animateur de Blue Sky qui l’a créé depuis le premier coup de crayon. « Au moment du premier Âge de glace, la technologie ne nous permettait pas de réaliser la séquence inaugurale que nous avions en tête. Ou plutôt si, mais cela nous aurait demandé un an de travail pour seulement trois minutes de film. On a donc laissé tomber très vite. On nous a alors demandé : « Si jamais quelqu’un a une idée pour une nouvelle introduction, surtout, n’hésitez pas ! » » C’est le moment que choisit Scrat pour faire son entrée.

Scrat
Scrat, la poisse élevée au rang de grand art, que ce soit dans L’âge de glace 2 (2006) ou L’âge de glace 3 : Le temps des dinosaures (2009).

Comment est né le sauveur de L’âge de glace

Chez Blue Sky, on est bien conscient que les premières minutes d’un film sont primordiales. D’autant que L’âge de glace est leur tout premier long métrage d’animation. Mieux vaut ne pas se rater. « Il ne fallait surtout pas que le public ait envie d’aller retourner chercher du popcorn !, se souvient William H. Frake. Quand j’ai imaginé Scrat, je suis parti du fait que la glace était la grande menace du film pour Manny, Sid, Diego et tous les personnages. J’ai donc pensé à des montagnes et des montagnes de glace, puis à la plus petite créature que je puisse imaginer, pour plus de contraste, pour que cette menace soit encore plus grande. »

Ainsi naît Scrat, créature insignifiante en forme d’écureuil préhistorique à dents de sabre, pas forcément très fute-fute. Normal, ça aussi, c’était l’idée de William H. Frake. « Je pensais que si, par chance, Scrat avait deux neurones et que ces deux neurones venaient à se rencontrer, ça pourrait créer une étincelle, une idée. C’est ce qui a conditionné son attitude. Il commencerait quelque chose puis s’arrêterait subitement comme s’il se demandait : ‘Mais, pourquoi est-ce que je fais ça, déjà ?’ »

Scrat
Dans L’âge de glace 3 : Le temps des dinosaures (2009).

Les métamophoses de Scrat

Le look de Scrat a bien évolué depuis les premiers croquis de William H. Frake. À l’origine, l’écureuil était d’une maigreur à faire peur et quasiment dépourvu de fourrure. « Mes premiers dessins étaient ceux d’un animal malade, affamé. Il a ensuite été indispensable de le rendre plus attirant d’un point de vue marketing. Il est alors devenu plus pelucheux. »

L’un des atouts majeurs du bestiau, ce qui le rend si attachant dans son adorable bêtise, est son hyper expressivité, empruntée directement aux acteurs du cinéma muet. Tout se passe dans le regard. C’est l’une des leçons qu’a retenu William H. Frake au cours de ses années chez Walt Disney, alors qu’il rejoignait Tim Burton, John Lasseter, Rick Heinrichs et Brad Bird pour une formation dispensée par les grands animateurs du studio de Mickey Mouse dans les années 80. « L’animation fonctionne mieux lorsque vous exagérez vos idées. Il faut toujours étirer les expressions. Scrat est un bonheur à animer car, plus on l’écrase et on l’étire dans tous les sens, plus l’effet comique fonctionne. C’est très drôle de comprendre, avant même qu’il ait fait quoi que ce soit, qu’il va faire des erreurs… Comme un enfant. »

Scrat
Dans L’âge de glace 4 : La dérive des continents (2012).

Le chaînon manquant

Scrat a donc réussi l’impossible : devenir l’acteur vedette de la séquence inaugurale de L’âge de glace. Pour un personnage qui ne devait même pas exister à l’origine, c’est déjà un exploit assez remarquable. Le réalisateur Chris Wedge et les responsables de Blue Sky sont même tellement emballés par sa séquence qu’ils décident de l’utiliser comme teaser du film toujours en production. Et de calquer toute l’esthétique sur cette même séquence.

Le destin de Scrat aurait dû s’arrêter là. Et pourtant… « Comme L’âge de glace est un film sur le voyage, tout le monde s’appliquait à réaliser de belles séquences. Mais il s’est avéré très délicat de les combiner pour en faire un film cohérent en termes de narration. Nous avons donc utilisé Scrat pour faire des transitions entre les séquences majeures du film. Au final, cela fonctionnait parfaitement bien. »

Un hasard de plus. Tout comme celui qui conduit Chris Wedge à devenir la voix de Scrat. « C’était un après-midi dans l’auditorium de Blue Sky. J’ai émis quelques bruits de bouche pendant que la bobine défilait. Tout le monde s’est marré et c’est comme ça que je me suis retrouvé dans le film. Scrat, c’est un peu mon alter ego. Il a toujours une pression gigantesque sur les épaules, il est toujours en train de faire quelque chose qui n’est pas totalement achevé… »

Scrat
Dans L’âge de glace 5 : Les lois de l’univers (2016). To be continued…

Scrat, bientôt à la retraite ?

De film en film, Scrat a taillé sa route, tranquille et stupide, en prenant de plus en plus part à la narration. Dans le quatrième volet, c’est la dérive des continents qui lui pose problème… et dont il est d’ailleurs à l’origine. « Une idée que nous avions exploitée dans le court-métrage Gone Nutty. » Le réalisateur Mike Thurmeier intervient. « Dans L’âge de glace 4, Scrat est à l’origine de l’aventure en mer que vont vivre Manny, Diego et Sid. »

Mais une question nous taraude encore. Scrat pourrait-il être remplacé par une nouvelle mascotte? « Difficile de surpasser Scrat, rigole William H. Frake. Et puis, si je me mettais à chercher une nouvelle mascotte, j’aurais l’impression de trahir mon premier enfant pour préférer le suivant. Pour moi, Scrat nous représente tous. Rien n’est jamais constant dans la vie. Même quand tout va bien, il faut souvent tout recommencer à zéro. » Scrat a de beaux jours devant lui.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Suivre Christophe Chadefaud:

Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

Articles récents de

Laissez un commentaire