Seul sur Mars : film ou roman, lequel choisir ?

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Impressionnant de voir à quel point le roman d’Andy Weir et l’épopée spatiale de Ridley Scott font jeu égal. Preuve est faite que nous sommes face à un livre aussi haletant et bien pensé que le film est malin et fascinant. Et vice versa.

Par Christophe Chadefaud et Clément Sautet

Un héros en sursis

Dans le roman : Mark Watney est, pour le romancier Andy Weir, ce que Robinson Crusoé est pour Daniel Defoe, ou Chuck Noland pour Robert Zemeckis : un génie de l’adaptation en milieu hostile. C’est le genre de mec qui creuse un tronc d’arbre à mains nues pour se faire un canoë et qui en profite pour y installer la stéréo. Rien ne l’arrête parce qu’il garde toujours en tête qu’avec un peu d’imagination, et beaucoup de science, tout est possible. Mark Watney ne se repose jamais sur ses lauriers. En plus, il est plutôt cool, comme type. On l’inviterait bien à un barbecue le week-end prochain.

Dans le film : Matt Damon, c’est un peu l’acteur tout terrain, à l’aise dans chaque rôle, suffisamment athlétique pour être présentable en toute occasion, droit dans ses bottes, jamais menaçant, complexe ce qu’il faut, tout en restant toujours intelligible du grand public… Son aura rassurante fait de lui la relève naturelle de Tom Hanks. Il met, plus que jamais, toutes ces qualités en avant pour l’incroyable adaptation de Ridley Scott qu’est Seul sur Mars, et devenir ce héros en terrain hostile qui déploie des trésors d’intellect et de ténacité pour ne pas céder à la panique. Bref, Matt aussi, on l’inviterait bien à un barbecue.

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Trucs et astuces pour survivre (et se mettre bien) sur Mars

Dans le roman : La survie est inscrite dans chaque page, dans chaque mot. Comme le dit Mark Watney dans son journal de bord, il va devoir « chier de la science » pour survivre. Chacune de ses actions sera accomplie avec cet objectif en tête. Comme tout rescapé en territoire hostile, rien ne doit être laissé au hasard. Une erreur sera payée au centuple. C’est le maître mot du livre. Les lecteurs qui aiment être tenus en haleine jusqu’à la dernière page apprécieront.

Dans le film : Survivre sur Mars n’est pas à la portée du premier clampin venu. Heureusement, en plus d’être un astronaute multitâche, Mark Watney est un botaniste qui a de la ressource. In fine, c’est la science qui ressort victorieuse de cette odyssée. Ça, et le sang froid de Watney pour qui c’est en solutionnant les problèmes les uns à la suite des autres, que l’on avance. La panique, elle, ne sert à rien. En matière de science, Ridley Scott trouve le bon dosage entre vulgarisation et respect du langage alambiqué de la NASA sans que cela ne freine la compréhension du spectateur.

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L’humour pour tenir la mort à distance

Dans le roman : Contre l’adversité, quoi de mieux qu’une bonne dose d’humour ? Andy Weir ne laisse jamais son personnage sombrer dans la dépression. Pourtant, il aurait de quoi. Mark Watney a toujours en réserve une bonne répartie à sortir (exemple page 245, en parlant du toit du Rover qu’il faut commencer à percer, Watney dit : « C’est ce qu’elles me disent toutes. »), qui donne un ton décalé au drame qu’il est en train de vivre. L’auteur enrichit également son récit d’une quantité de références geeks et loufoques. Ces piqures d’humour aident souvent à faire passer la quantité de jargon scientifique difficile à comprendre pour les non-initiés.

Dans le film : C’est le contre-point idéal au dialecte scientifique, une façon parfaitement maligne d’alléger l’atmosphère dans un contexte anxiogène (notre héros mourra ou pas ?). De la même façon qu’il parvient à doser vulgarisation et respect du jargon des astronautes, Ridley Scott trouve le point d’équilibre entre l’humour nécessaire pour relâcher la pression, l’usage ponctuel du disco et les déraillements brutaux dans cet environnement qui ne pardonne rien.

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Le style de l’auteur

Celui du romancier Andy Weir : Il vulgarise les actions scientifiques du héros pour les rendre compréhensibles par le commun des mortels. Il est plus facile d’appréhender la dangerosité d’un générateur thermoélectrique à radio-isotope quand on le compare directement à une grosse boîte de plutonium, ou encore comprendre comment Watney parvient à faire pousser des pommes de terre sur une planète stérile grâce à ses excréments. Comment tenir la curiosité du lecteur lorsque le récit s’étale sur plusieurs années ? Weir y répond par une utilisation ingénieuse de l’ellipse. Les journées dispensables sont résumées en une phrase et l’auteur ne conserve que les moments essentiels à la survie de son personnage.

Celui du réalisateur Ridley Scott : Seul sur Mars est un film d’équilibriste. Ridley Scott avance sur un fil avec une grâce qui frise la désinvolture. Ses panoramiques de la planète rouge sont aussi envoutant que terrifiant de par leur immensité. Il manie l’humour sans lâcher la tension et les enjeux, respecte le langage scientifique et la capacité de son public à le comprendre. Seul sur Mars tient en haleine comme il tient du miracle. Assurément, une épopée spatiale immense. Autant que son talent.

Seul sur Mars, d’Andy Weir.▪Edité au format poche chez Milady.▪480 pages.
Seul sur Mars, de Ridley Scott.▪Avec Matt Damon, Jessica Chastain, Jeff Daniels…▪Durée :  2 h 24.

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Collectionneur d’images qui aime l’amour et les zombies. GPS vivant. Regarde généralement où il met les pieds, même s'il a souvent la tête dans les nuages. Cinélover adorateur de merveilleux. Aime aussi ranger sa chambre, les feux d’artifice, Woodstock et grimper le Machu Picchu. Et pas nécessairement dans cet ordre.

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2 Responses

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