Si on aime Damien Rice, est-ce qu’on aime Ben Howard ?

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Damien Rice vs Ben Howard

© Damien Rice/East West UK & Roddy Bow

Un nouvel album de Damien Rice après huit ans d’attente, ça devrait être un événement. Mais comme tout ce qui te concerne Damien, l’arrivée de My Favourite Faded Fantasy s’est faite dans la discrétion. Huit ans qu’on attendait que nos hivers soient un peu plus doux. Peut-être un peu trop mélancoliques pour certains, mais définitivement plus doux. Alors bien sûr les premières années on t’a attendu Damien, fébrilement, en passant par toutes les étapes du deuil : le déni, impossible que tu nous abandonnes à nos O et nos 9 rayés à force de passer sur la platine ; la colère et le marchandage, on échangerait tous les Coldplay et même tous les U2 s’il fallait rester irlandais pour des nouvelles de toi ; la tristesse et la résignation, au bout de 4 ans (le temps que tu avais mis pour nous offrir 9 après O) on apprend que tu préfères écrire pour Mélanie Laurent alors on écoute l’album, quand même, et on se dit quel gâchis ; puis vint l’acceptation et la reconstruction, grandement facilitée par la découverte en 2011 d’un anglais qui pourrait être ton petit frère, Ben Howard.

Même air lunaire, mêmes cheveux savamment indisciplinés, mêmes barbes négligées, mêmes voix tremblotantes, mêmes mélancolies latentes, mêmes guitares frissonnantes, même charme de ceux qui doutent… On l’avoue, on se laisse assez vite conquérir. Comme un dérivatif à ton absence. Plus on y pense plus vous êtes les revers d’une même pièce, les deux faces de la mélancolie. L’une nostalgique, battue par les vents irlandais qui rendent les yeux humides, l’autre doucereuse, de celle qui vous chope la gorge à la fin d’un été passé à surfer les plus belles vagues du monde. Si je te dis qu’en plus vous avez les mêmes références, Joni Mitchell et Simon & Garfunkel, je suis sûre que ça te donne envie d’écouter le garçon. Et moi de me dire que vous feriez un chouette duo. Et puis en 2014, presque sans crier gare, j’apprends que vous allez tous les deux sortir un album le même mois. Coïncidence ? Je ne crois pas.

Ecoute fébrile, Ben et son I Forget Where We Were d’abord, et un constat qui me saute immédiatement aux oreilles : il te ressemble de plus en plus. Plus longs, plus amples, plus mélodiques, ses morceaux comme « All Is Now Harmed » et ses cuivres en crescendo, s’envolent dans leurs dernières minutes. De la même manière que tu faisais s’envoler les cordes dans les dernières secondes de « Amie ». A la première écoute de ce deuxième album, Ben Howard perd peut-être en entrain mais c’est pour gagner en profondeur. S’il continue à faire un album tous les 4 ans quelque chose me dit qu’il ira loin. Et même s’il nous laisse en plan pendant 8 ans tu me diras, parce qu’après le sien c’est ton album que j’écoute. Une chanson par année d’absence, 8 petits précis de poésie folk sur ton My Favourite Faded Fantasy. C’est ton premier album sans la voix de Lisa Hannigan se mêlant à tes paroles presque chuchotés. On avait souvent comparé votre collaboration à celle de Glen Hansard et Markéta Irglová, bienheureux hasard d’entendre ses chuchotements à elle sur tes paroles dans « Long Long Way », le dernier titre de l’albumTu l’as enregistré à une lettre de l’Irlande ce disque, sur cette terre volcanique et pleine de contrastes qu’est l’Islande. Elle est âpre, pas facile à appréhender et pourtant si impressionnante et magnifique cette terre. Un peu comme toi qui t’inflige un jugement si dur dans les paroles de « The Greatest Bastard », morceau à la douceur pourtant toute symphonique dans sa mélodie. Ta musique demande toujours un peu de temps avant de se révéler enchanteresse, la voici désormais inoubliable.

Vos jeux de guitare m’affolent, vos paroles me bouleversent, vos mélodies me font frissonner, pour moi il n’y a qu’un léger doute sur le fait qu’on aime Ben Howard si on t’aime toi : celui de trouver que ça te ressemble trop. Alors oui j’ai mal vécu tes 8 ans d’absence Damien, mais après avoir écouté ton nouvel album je serais prête à attendre 20 ans le prochain si c’est pour avoir 20 morceaux de cette qualité. Et à condition d’avoir Ben Howard pour porter haut ton héritage et pallier ton absence.

Bisous.

taux de kiffance ben howard

 

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Se dit souvent que la vie c'est comme une boîte de chocolat. A comme tonton Bill Murray, comme BFF Rachel McAdams et Seth Cohen, comme grands frères les Black Keys, comme sista Angela Chase, comme cousin chelou Thom Yorke, comme mamie gâteau Maggie Smith, comme famille les Braverman, comme prof de guitare Nick Drake, comme grand-père castor raconte nouuus une histoire Steven Spielberg... Oui dans mes rêves, oui. Clear eyes, full hearts, can't lose ! Comme le dit si bien le Coach Taylor.

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